“Bon anniversaire camarade” : les soutiens de Georges Abdallah réunis devant sa prison pour ses 72 ans

Condamné dans les années 80 à la réclusion criminelle à perpétuité après l’assassinat de diplomates, Georges Abdallah fête ses 72 ans derrière les barreaux. Le plus ancien détenu d’Europe est incarcéré à la prison de Lannemezan (Hautes-Pyrénées). Les soutiens de cet activiste pro Palestine réclament sa libération, effective depuis 1999.

George Ibrahim Abdallah sortira-t-il de prison un jour ? C’est une question que posent sans relâche ses soutiens, d’année en année. Ce dimanche 2 avril, jour de son anniversaire, plusieurs d’entre eux ont fait le déplacement devant la prison de Lannemezan, dans les Hautes-Pyrénées. C’est dans cet établissement pénitentiaire que le militant communiste libanais purge sa peine de prison à vie. 

Ses conditions de détention sont, comme on l’imagine : difficiles. D’autant plus quand on a passé plus de la moitié de sa vie dans une cellule de prison. Pour autant, il reste debout”, assure Tom Martin, porte-parole du collectif toulousain Palestine vaincra. 

Et à l’aube de ses 72 ans, dont 38 passés derrière les barreaux, ses soutiens assurent que Georges Ibrahim Abdallah n’a rien perdu de ses convictions radicalement communistes, anticapitalistes et anticolonialistes. Ils le décrivent à l’envi comme “toujours déterminé, avec une pensée et une conviction politique inchangées”. Selon Tom Martin, “il est toujours militant communiste et toujours profondément engagé aux côtés de la Palestine et dans une perspective anti-impérialiste”. 

Attentats et assassinats de diplomates

C’est à partir des années 80 que Georges Ibrahim Abdallah fait parler de lui en France. Ce ressortissant libanais est né dans une famille de Kobayat, au nord du pays. La famille quitte la province au bout de quelques années et s'installe à la capitale. Durant son adolescence à Beyrouth, il se lie d’amitié avec des nationalistes arabes et se rapproche déjà des mouvances pro-palestiniennes. 

Arrivé en France, il poursuit son engagement aux côtés du peuple palestinien qui dénonce l’occupation des terres par l’État d’Israël. Convaincu, Georges Abdallah décide de prendre les armes. Après avoir activement participé à la création des FARL, les fractions armées révolutionnaires libanaises, il commet des attentats sur le sol français. Ses cibles : des agents du service de renseignement israélien (MOSSAD) et des officiels américains de la CIA. En 1984, il se rend à Paris et participe à l’exécution de deux diplomates rattachés aux ambassades des États-Unis et d’Israël. 

Interpellé à Lyon la même année, Georges Ibrahim Abdallah va passer trois ans derrière les barreaux. Dès février 1987, date de l’ouverture de son procès pour complicité d’assassinat , le cas de l’activiste libanais prend une ampleur géopolitique et diplomatique sans précédents. Washington se constitue partie civile au procès, les relations entre la France, Isräel et les États-Unis se tendent. Au terme de son procès, Georges Abdallah écope d’une peine de réclusion criminelle à perpétuité. 

On sait qu’il reste en prison à cause de pressions politiques.

Daniel Larigola, collectif 65 pour la libération de Georges Abdallah

“Un scandale d’État”

Mais malgré cette lourde peine, si ses soutiens ne faiblissent pas, c’est parce que le militant est considéré comme libérable depuis 1999. Pourtant, chacune de ses demandes de libération conditionnelle a été rejetée par la justice française. “On ne lâche rien parce qu’on sait qu’il reste en prison à cause de pressions politiques”, explique Daniel Larigola. Selon ce membre très actif du collectif 65 pour la libération Georges Abdallah, “c’est désormais au peuple de s’emparer du sujet. Il faut une prise de conscience du plus grand nombre". 

À l’instar de ses soutiens qui considèrent que le maintien en détention de l’activiste est un “scandale d’État”, des ONG tentent régulièrement d’obtenir sa libération en alertant les autorités françaises et l’opinion publique. À l’image de la Ligue des droits de l’Homme. Fin 2022, son président Patrick Baudouin a interpellé la Première ministre Elisabeth Borne dans une lettre ouverte. Rappelant que “mourir en prison n’est pas une solution”, la LDH assure que le maintien en détention de Georges Abdallah après plus trente ans passés en prison est “une situation choquante”, qui “résulte du seul fait d’un refus du ministère de l'Intérieur de prendre un arrêté d'expulsion vers le Liban, condition exigée pour que sa mise en liberté soit effective”. 

Nous n’ignorons pas que ce refus doit beaucoup aux pressions des autorités américaines et israéliennes qui n’ont pas caché leur souhait de voir Monsieur Abdallah mourir en prison.

Patrick Baudouin, président de la Ligue des droits de l’Homme

Conscients des réticences des autorités, les soutiens de Georges Abdallah assurent qu’ils ne sont pas pour autant découragés ni désabusés. Tous gardent espoir, assurent-ils devant la prison de Lannemezan. “Sa seule chance de sortir de prison un jour, c’est nous. Il le sait, on le lui dit, on lui a promis qu’on continuerait les démarches”, maintient le Tarbais Daniel Larigola. “Aujourd’hui plus que d’habitude, parce qu’on souhaite un bon anniversaire à notre camarade, on lui souhaite aussi de le fêter dehors, un jour”.