Soirée d'information en hommage à Mohamed Gabsi, mort après une interpellation policière à Béziers

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Écrit par Cassuto Karen

Ce vendredi 6 mai 2022 une soirée d'information et d'hommage à Mohamed Gabsi a été organisée à la Cimade de Béziers. Un point a été fait sur l'avancée de l'enquête autour de l'interpellation policière suite à laquelle l'homme est décédé en 2020.

L'enquête avance dans l'affaire de la mort de Mohamed Gabsi. Il en était question lors d'une soirée d'information en hommage à cet homme décédé après une interpellation policière à Béziers le 8 avril 2020. L'avocat de la famille, maître Jean-Marc Darrigade explique que les éléments à l'issue des confrontations entre les témoins et les policiers mis en examen permettent d'orienter la suite de cette affaire vers un procès. 

La seule issue qui ferait qu'on aille pas en audience publique c'est que les policiers bénéficient d'un non-lieu mais il me semble qu'à l'heure actuelle les éléments sont suffisamment nombreux, suffisamment concrets, suffisamment concordants pour qu'on puisse les appeler des charges, suffisantes à les renvoyer vers une juridiction pénale et qu'ensuite un débat public soit offert à la famille de la victime, qu'elle ait le droit à ce débat public.

Maitre Jean-Marc Darrigade.

Deux ans après la mort de Mohamed Gabsi, le dossier semble avancer à une vitesse raisonnable. 

Deux ans d'enquête

La date d'un éventuel procès n'est donc toujours pas annoncée. "Deux ans pour une famille qui est plongée dans la douleur c'est extrêmement long" reconnait l'avocat de la partie civile, "mais par rapport à la justice et aux nombre d'expertises c'est un dossier mené à une cadence soutenue et traité avec le plus grand des sérieux" ajoute-t-il. Et de terminer : "ce n'est pas étonnant c'est même plutôt rassurant que ça prenne du temps car c'est un gage de sérieux".

Au cours de ces deux années, le juge d'instruction qui travaillait sur cette affaire a été muté et remplacé par un autre juge d'instruction, apprécié de la partie civile. "Il prend cette affaire très à cœur" souligne maître Jean-Marc Darrigade. "Je me suis sentie entendue et libérée après avoir rencontré le juge d'instruction, j'en suis sortie soulagée" ajoute Houda, la sœur de Mohamed Gabsi. 

Rôle majeure des vidéos

L'arrestation de Mohamed Gabsi a été filmée par des voisins, des témoins. L'homme était allé acheter des cigarettes, en plein confinement, sans attestation de déplacement. Les policiers l'ont arrêté et allongé sur la banquette arrière de leur voiture pour l'amener au commissariat qui se trouvait à 200 mètres. Ils mettront dix minutes pour arriver à destination. Dans cette voiture, on sait que l'un des policiers s'est assis sur Mohamed Gabsi. L'homme est décédé arrivé au poste.

"Quand le policier dit qu'il s'est assis sur ses fesses, que mon frère a ronflé et s'est endormi paisiblement ce n'est pas possible parce que le rapport d'autopsie dit noir sur blanc : fracture de la corne thyroïdienne et du nerf vague, syndrome asphyxique. Ce qu'on voit sur ces vidéos c'est qu'on l'arrête il est debout, on le menotte, on l'allonge sur la banquette arrière de la voiture et il en ressort mort" explique Houda Gabsi.

"Des vidéos ont circulé immédiatement et elles rendent compte de faits. Un homme est mort et on ne voit rien sur ces vidéos qui permettent de comprendre pourquoi" analyse maître Jean-Marc Darrigade. 

Si son meurtre n'avait pas été filmé on était fichu, ça passait à la trappe. C'est la même chose pour George Floyd. Donc je remercie du fond du coeur les témoins qui ont eu le cran d'être auditionnés par la police.

Houda Gabsi.

La sœur de la victime affirme que des policiers se seraient rendus chez des voisins la nuit du décès de son frère "pour aller leur demander leur téléphone ! Si on a rien à se reprocher, on ne fait pas ça."

Soutien de familles d'autres victimes

Une trentaine de personnes s'est réunie lors de cette soirée d'information. Des familles d'autres victimes ont été invitées. Il s'agit principalement de mères qui ont perdu leur enfant lors d'interpellations, en garde-à-vue ou en prison. Elles ont toutes vu l'affaire de la mort de leur fils classée sans suite.

Avant la mort de mon frère je pensais qu'il m'arrivait ce drame qu'à moi mais à Marseille j'ai rencontré des familles de victimes et pour moi c'était important de leur donner la parole à mon petit niveau à moi, comme je suis médiatisée... Essayons de parler de toutes ces affaires pour dire qu'il y a trop de violences policières et de morts dans notre pays.

Houda Gabsi.

Pour Houda, "il faut se servir à bon escient de notre colère, on a plus rien à perdre". Ce genre de soirée permet, pour elle, de "ne pas oublier ce qu'il s'est passé dans notre ville, ne pas oublier qu'il y a eu mort d'homme dans les mains de notre police qui est censée nous protéger."

Le 8 de chaque mois, elle organise un événement, une marche, un rassemblement en hommage à son frère, qu'elle a élevé depuis le décès de leur mère. "Il souffrait de schizophrénie et pour ça il consommait de la drogue c'est vrai. Les policiers nationaux le savaient et m'appelaient avec bienveillance chaque fois qu'ils l'amenaient à l'hôpital par exemple. Alors que la police municipale, elle, savait qu'il était vulnérable mais avec eux il n'y avait que des coups et de la violence" raconte Houda.

Présomption d'innocence

Pour l'heure, l'avocat de la partie civile rappelle que les trois policiers bénéficient de la présomption d'innocence "et on doit la respecter". 

L'un des policiers est mis en examen pour "violence volontaire ayant entraînée la mort sans intention de la donner par une personne dépositaire de l'autorité publique". Les deux autres pour "non assistance à personne en danger". 

Les trois fonctionnaires n'ont pas été suspendus mais ils ont été affectés à d'autres tâches, à la mairie de Béziers.