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Le botaniste Francis Hallé expose ses dessins au zoo du Lunaret à Montpellier

Le botaniste Francis Hallé à Montpellier, le 10 avril 2017. / © Pascal Guyot / AFP
Le botaniste Francis Hallé à Montpellier, le 10 avril 2017. / © Pascal Guyot / AFP

50 ans d'explorations en forêt tropicale, le travail du professeur émérite de l'université de Montpellier est résumé dans une exposition gratuite ouverte au public à partir de ce samedi 29 avril. L'occasion de revenir sur la vie et la carrière du botaniste, inventeur du "radeau des cimes" en 1986.

Par C.A. avec AFP

Composée de 26 dessins de Francis Hallé, reproduits sur de grandes bâches, l'exposition invite les visiteurs du parc à " une plongée dans le monde extraordinaire de la botanique grâce à des dessins précis, méticuleux et empreints d'une réelle poésie", comme l'indique la métropole de Montpellier, organisatrice de cette exposition.

Cette exposition vient faire écho au livre du même nom publié par l'éditeur Muséo Editions, livre qui a par ailleurs remporté le prix du plus beau livre de l'année, catégorie Responsable, lors de la Nuit du Livre, le 13 mars 2017.

Extrait d'une planche dessinée par Francis Hallé / © Francis Hallé
Extrait d'une planche dessinée par Francis Hallé / © Francis Hallé


L'exposition en chiffres

- 50 ans d'exploration
- 30 000 dessins réalisés et 26 000 pages scannées pour la réalisation du livre
- Des dessins issus d'une quinzaine de pays

Informations pratiques

" FRANCIS HALLE - 50 ANS D'EXPLORATION EN FORET TROPICALE", UNE EXPOSITION A DECOUVRIR AU PARC DU LUNARET DU 29 AVRIL AU 31 AOUT 2017
Parc zoologique du Lunaret
50 avenue Agropolis, Montpellier
Exposition présentée le long d'une allée, près de l'entrée du zoo
Entrée gratuite
Ouvert tous les jours, du 1er avril au 30 septembre, de 9h30 à 18h30
Fermé le lundi, excepté les lundis fériés et les lundis des vacances scolaires de la zone

Extrait d'un dessin du botaniste Francis Hallé / © Francis Hallé
Extrait d'un dessin du botaniste Francis Hallé / © Francis Hallé



Portrait de Francis Hallé, par Isabelle Ligner (AFP) :

Alternant coups de gueule, pédagogie et traits d'humour, le botaniste Francis Hallé poursuit depuis des décennies un ardent plaidoyer en faveur des forêts tropicales primaires, quasiment anéanties par l'homme en un quart de siècle.

Ce professeur émérite de l'université de Montpellier se décrit comme "un médecin devant un malade en phase terminale". "Je ne vais pas le laisser tomber tant qu'il y a encore un espoir de vie", lance-t-il depuis son bureau où s'empilent des dizaines de livres et rapports sur ses missions à travers le monde - Java, Sumatra, Guyane, Cameroun, Gabon, Pérou, Madagascar...

 A 79 ans, Francis Hallé éprouve "un sentiment d'urgence". Car "la destruction des forêts primaires tropicales par les grandes multinationales est beaucoup plus rapide que l'effort de connaissance".

Dès sa naissance à Seine-Port (Seine-et-Marne) dans une fratrie de sept enfants, son père agronome et sa mère qui "adorait les plantes" lui ont "mis cette passion dans la tête".

Sa vocation ne viendra pourtant qu'à l'âge de 20 ans: étudiant à la Sorbonne, il voit se développer sur son balcon une petite plante dont "l'autonomie totale" et "l'altérité fondamentale" le fascinent.
 
En Côte d'Ivoire, où il vit de 1960 à 1968, Francis Hallé rencontre sa première forêt tropicale primaire, non modifiée par l'homme, celle du Banco, près d'Abidjan.

Grâce à une discussion avec un chef Baoulé, il développe ce qui deviendra sa spécialité, "l'architecture des arbres", permettant d'identifier les géants sans avoir accès à leurs fleurs.
           
A cette époque, se souvient-il, ces forêts "paraissaient invincibles". Le botaniste arpente les sous-bois denses en Afrique, en Amérique, en Asie ou en Mélanésie, dessinant longuement pour "prendre le temps de faire connaissance avec les arbres, objets complexes en trois dimensions qui ont parfois des centaines d'années".

Le Moabi d'Afrique, dont la vaste cime est perchée à 70 mètres, au bout d'un tronc rectiligne, l'a profondément marqué.
            

Jamais je n'aurais imaginé que ces forêts disparaîtraient sous mes yeux. La prise de conscience de la menace est venue bien plus tard, dans les années 1980.


Devant le rugissement des tronçonneuses, le botaniste est d'abord "effrayé", puis se dit "il faut agir".

En 1986, en Guyane, Francis Hallé lance, notamment avec un pilote de montgolfière et un jeune architecte, la grande aventure du "Radeau des cimes".

Ce dispositif ingénieux permet enfin aux botanistes de travailler au sommet des arbres, où se trouve la biodiversité la plus riche.

Aujourd'hui, ce grand défenseur du monde végétal se dit "étonné du niveau de conscience du public" lors de ses multiples conférences mais assure que "comme le montre la campagne électorale actuelle, les politiciens s'en foutent".

La déforestation massive vient selon lui d'une "addiction au fric", de politiciens et de multinationales à la démarche "coloniale" qui considèrent les forêts tropicales comme "de simples réservoirs de marchandises". Et de dénoncer le rôle de "la Françafrique" dans ce carnage.

Aimer les arbres n'implique pas de pratiquer la langue de bois.

Les arbres sont apparus bien avant l'homme et lui "donnent l'air qu'il respire",  rappelle inlassablement le botaniste qui trouve l'espèce humaine "d'une stupidité et d'une prétention incroyables".

Conscient de "partir perdant", Francis Hallé continue avec détermination à la fois son travail d'alerte dans les pays riches et de botaniste des tropiques: il sera en juillet au Gabon et prépare une mission en Birmanie pour 2018.
           
Ce grand lecteur de poésie, qui déteste le jargon scientifique, a été à l'origine et au centre du film de Luc Jacquet "Il était une forêt" (2013).

Marié et père de quatre enfants nés sous les tropiques, il a publié en 2016 trois livres, dont un magnifique "Atlas de botanique poétique" et prépare un nouvel ouvrage pour l'été.

En ces temps de pollution planétaire, Francis Hallé cherche à faire passer un message essentiel:

L'arbre permet la vie, il est le meilleur allié de l'homme, sa matière ne vient pas du sol mais du ciel: c'est de l'épuration atmosphérique gratuite.

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