Cambriolages dans les pharmacies de Montpellier : l'épineuse question des mineurs isolés

Au total, une vingtaine de pharmacies ont été cambriolées à Montpellier entre décembre 2019 et mars 2020. / © MAXPPP - Alex Baillaud
Au total, une vingtaine de pharmacies ont été cambriolées à Montpellier entre décembre 2019 et mars 2020. / © MAXPPP - Alex Baillaud

Depuis les fêtes de fin d’années, les pharmaciens de Montpellier doivent faire face à une recrudescence du nombre de cambriolages dans leurs officines. Plusieurs interpellations ont eu lieu, souvent de mineurs isolés, ce qui ravive la polémique autour de la gestion de ces jeunes.

Par Camille Nowak

Le 26 février dernier, cinq mineurs isolés ont été interpellés pour des vols dans des pharmacies de Montpellier. Au total, depuis la fin du mois de décembre, une vingtaine d’officines ont été cambriolées selon le président du syndicat des pharmaciens de l’Hérault, Frédéric Abecassis.  

En quête d’argent mais pas seulement, ces jeunes mineurs isolés volent également du rivotril, un médicament antiépileptique, que certains consomment comme stupéfiant. 
 

Depuis un an environ, nous sommes de plus en plus confrontés à cette violence des mineurs isolés à Montpellier, constate Christelle Cabot, responsable de la communication de la DDSP 34.


Le problème, c'est la gestion des mineurs isolés dans le département de l’Hérault.
Arrivés en France seuls, ils sont entre 650 et 700 dans l’Hérault à être pris en charge par l’aide sociale à l’enfance (ASE). Mais quels sont les dispositifs pour prendre en charge ces jeunes ?
 

Failles du département ?


Selon Sophie Mazas, avocate et présidente de la Ligue des Droits de l'Homme de l'Hérault, ces jeunes mineurs isolés seraient logés dans des hôtels de Montpellier avant d’être pris en charge par les services compétents, c’est-à-dire le conseil départemental. En effet, la prise en charge de ces jeunes ne relève pas de l'Etat mais du département.
 

La première chose que le conseil départemental fait c’est qu’il les place dans des hôtels pour les mettre à l’abri. Mais le vrai problème c’est que ces jeunes peuvent y rester pendant plusieurs mois voire des années avant d’être pris en charge dans des foyers adaptés", se désole Sophie Mazas.


Ces jeunes auraient entre 15 et 18 ans, comme il est difficile de confirmer leur âge au premier abord, ils sont placés avant qu’une décision soit prise par le procureur. Selon l'avocate, un éducateur viendrait à raison d’une fois tous les quinze jours rendre visite à ces jeunes mineurs isolés.
 

651 mineurs isolés à Montpellier


Le conseil départemental contacté par France 3 Occitanie nous a communiqué un seul chiffre. Celui du nombre de mineurs isolés pris en charge par l'ASE, Ils étaient 651 fin décembre 2019. Mais pour l’heure nous n'avons pas plus de détails sur le dispositif qui permet de les accueillir.

Livrés à eux-mêmes, il semblerait que la justice et les services de l'enfance peinent à trouver les réponses pénales et éducatives adaptées à ces migrants.

"Sans encadrement ni même scolarité il ne faut pas attendre à ce que tout se passe bien, poursuit Sophie Mazas. Ce genre de phénomènes c’est ultra-violent pour les citoyens, les pharmaciens mais aussi pour ces jeunes qui ont eux-mêmes souvent été victimes de violences dans leur jeunesse".
 

Ping pong politique


Cette problématique du traitement des mineurs isolés fait débat depuis maintenant plusieurs mois à Montpellier. En novembre dernier, le maire de Montpellier, Philippe Saurel, avait alerté Kléber Mesquida  le président du conseil départemental de l'Hérault, pour qu'il "assume la prise en charge de ces jeunes au titre de l'aide social à l'enfance".
Le président Kléber Mesquida, avait alors répondu dans un communiqué en rappelant que "ce sujet fait intervenir plusieurs acteurs institutionnels, ce qui mérite de porter une attention précise sur les responsabilités qui incombent à chacun". 
 

Réponse des pharmaciens


En attendant, les pharmaciens eux s’organisent. "Il y a des pharmaciens qui ont été victimes trois fois de cambriolages en peu de temps. Ils sont remontés mais aussi inquiets", explique le président du syndicat des pharmaciens de l’Hérault.

Ainsi dans les jours qui suivent, différentes mesures doivent être mises en place :

  • Communiquer sur le fait qu’il n’y a pas d’argent liquide dans les pharmacies.
  • Ouverture d’une ligne directe dédiée aux pharmaciens pour répondre à leurs questions. 
  • Détacher des policiers de l’état major pour se déplacer dans les officines afin de sensibiliser sur la sécurité et trouver des solutions.
 

J’ai envoyé un mail aux pharmaciens de Montpellier pour faire remonter les demandes de passage ou appel téléphonique d’un officier de police dans leur officine pour discuter de ces problématiques de sécurité et essayer de trouver des solutions, j’ai déjà eu une quarantaine de retours en 24 heures, ajoute Frédéric Abecassis.


Du côté des associations qui prennent en charge ces mineurs isolés, des mesures sont également réclamées.
"On demande une réunion entre les associations, le préfet et le département pour traiter de cette problématique", explique Sophie Mazas.

Pour l’heure, aucune date n’a été fixée.
 

A lire aussi

Sur le même sujet

Les + Lus