Dans l'Hérault, une femme victime de violences conjugales pendant 14 ans brise le silence

Isabelle* a accepté de témoigner pour que son expérience serve aux autres femmes / © Valérie Banabéra / FTV
Isabelle* a accepté de témoigner pour que son expérience serve aux autres femmes / © Valérie Banabéra / FTV

Aujourd'hui, Isabelle* reconstruit sa vie avec ses enfants, mais elle revient de loin. Elle raconte les violences physiques et psychologiques qu'elle a subi pendant ses 14 ans de relation toxique avec son ex-conjoint, désormais incarcéré. Elle a choisi de témoigner pour aider les autres femmes.
 

Par Emma Derome avec Chloé Fabre

Si Isabelle* a accepté aujourd'hui de témoigner, c'est pour que son expérience puisse servir aux autres femmes qui souffrent aussi des violences répétées de leur compagnon. Elle a mis 14 ans avant de mettre des mots sur la torture psychologique qu'elle a subi pendant toutes ces années. 

Des milliers de personnes sont attendues, ce samedi 23 novembre, à Paris, et ailleurs en France, comme à Montpellier et Perpignan, lors d'une marche contre les violences sexistes et sexuelles.

En 2019, 137 femmes sont mortes sous les coups d'un homme. Souvent, ces tragédies ont pour origine des violences conjugales, qui ont lieu de manière répétée dans l'intimité du foyer. 

C'était le cas pour Isabelle. 

C’étaient surtout des violences psychologiques, par ce chaud et ce froid en permanence. Des violences verbales, un rabaissement… Petit à petit on tombe sous son contrôle, sous son emprise. Puis viennent les excuses. C’est de la manipulation, et on tombe dedans à chaque fois. On a toujours l’espoir qu’il va changer. C'est un cycle.

Isabelle raconte des violences psychologiques subies pendant 14 ans
Equipe : Chloé Fabre, Valérie Banabéra, Vanni Sauveur et Ludovic Raynaud

 

Des violences psychologiques destructrices

Des coups, il y en a eu aussi. Sur elle et sur ses parents. Il y a eu aussi les insultes, les intrusions à son domicile à son insu. Mais pour Isabelle, la violence psychologique qu'elle a subi est tout autant dévastatrice.

La douleur morale peut être effectivement très importante, et c’est ce qui fait que l’on peut sombrer dans la dépression, penser au suicide… Ça a un impact sur les enfants, et sur toute la famille. Il n’y a pas que les coups, non. Il me traquait, par téléphone, avec sa voiture… il savait où j’étais, avec qui, à quelle heure, comment j’étais habillée, tout ce que je faisais, tout tout tout. Tout le temps.


Il a fallu beaucoup de courage, de ténacité et de patience à Isabelle pour sortir de cette emprise. Elle le dit elle-même, elle a eu la chance de croiser les bonnes personnes. À commencer par son avocate, Laurence Rudelle, qui l'accompagne depuis le début. Ou encore l'assistante sociale de la gendarmerie, les associations, les services sociaux.

4 mois entre sa plainte et la convocation à la gendarmerie


Mais ce parcours fut long ; il s'est passé deux ans entre sa première plainte et l'incarcération de son ex-conjoint. Isabelle raconte qu'il a été convoqué en gendarmerie 4 mois après cette première plainte. 

Les insuffisances du système judiciaire et le manque d'attention portée parfois par les services de police et de gendarmerie sont de plus en plus pointés du doigt. Pour son avocate, la parole des femmes commence également petit à petit à être mieux entendue.

Je constate que depuis quelques mois, quand une femme dit qu’elle a été agressée par son mari ou son compagnon, sa parole est mieux prise en compte.
- Laurence Rudelle, avocate


Dans le cadre du Grenelle sur les violences faites aux femmes lancé en septembre dernier, et qui se terminera lundi 25 novembre, l'arsenal législatif et judiciaire devrait se renforcer, avec notamment un durcissement des peines de harcèlement moral.

* Le prénom a été changé
 

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