Le portrait de Camille Claudel peint par Aurélie Salvaing interroge sur la place des femmes artistes dans notre société

Dans l’atelier d'Aurélie situé à Pérols près de Montpellier, il y a plusieurs portraits de Camille Claudel. Grâce à une technique mixte collage de textes et peinture, l'artiste glisse dans ses oeuvres des messages en filigrane qui laissent resurgir le passé sur les toiles du présent.

L'artiste peintre Aurélie Salvaing dans son atelier à Pérols près de Montpellier.
L'artiste peintre Aurélie Salvaing dans son atelier à Pérols près de Montpellier. © F. Molinier/ FTV

En 2012, Aurélie a choisi d’abandonner son métier de documentaliste au barreau des avocats de Montpellier au profit d’une carrière d’artiste peintre. Symboliquement, elle a déchiré ses livres de droit pour les encoller sur ses toiles. C’est « l’écho des mots », le titre d’un de ses tableaux.
De façon accidentelle ou parfois préméditée, apparaissent en filigrane des messages comme par exemple « Panthéon de la légion d’honneur » sur ses portraits de Camille Claudel. Tout en arrachant les pages d'un vieux journal illustré, Aurélie Salvaing explique : « Je trouvais que c’était une façon de combler un manque de reconnaissance de son vivant ». Maintenant, elle tamponne de l'encre sur le papier jauni par le temps et nous précise « Quand j’essaie de peindre sur une feuille blanche, ce n’est pas pareil. C’est comme si le visage ne s’animait jamais ».

Dans mon travail, c’est important le poids de l’histoire, il y a comme un fil d’Ariane qui se tisse.

Aurélie Salvaing

Quand on interroge Aurélie Salvaing sur la résurgence du passé dans ses oeuvres, elle dit ceci : « Je pense qu’on porte le poids de ce qui n’a pas été expliqué, pas dit, ce dont on n’a pas fait le deuil. Dans mon travail, c’est important le poids de l’histoire, il y a comme un fil d’Ariane qui se tisse. J’essaie de tirer le fil et de remonter aussi loin que je peux ». Dans la mythologie grecque, « Le fil d'Ariane » est un guide qui permet de trouver la sortie du labyrinthe où se trouve le Minotaure et plus métaphoriquement, un lien avec la liberté. 
La liberté de créer que le grand-père d'Aurélie a assouvie tard dans sa vie comme elle le raconte : « Il était très artiste et très malheureux car il avait travaillé toute sa vie pour les impôts. Ce n’est qu’à la retraite qu’il a pu exercer sa passion ». Il avait, se souvient Aurélie, un atelier qui sentait bon la térébenthine.

Figer le temps qui passe

Dans ses portraits et fragments d’âmes, l’artiste parvient à fixer une émotion. Au départ, il y a le papier et les mots. Ensuite vient le visage en transparence, donnant à ses portraits un fragment d’âme et une impression de flottement. « Ce qui m’intéresse » dit-elle, « c’est que soit toujours apparent ce qu’il y avait au départ : la trame, les fissures, les craquelures, l’ouvrage du temps ».

L'artiste peintre Aurélie Salvaing travaille avec des collages de textes issus de vieux journaux.
L'artiste peintre Aurélie Salvaing travaille avec des collages de textes issus de vieux journaux. © F.Molinier/FTV

 

Le fantôme de Camille Claudel

Rencontrer Aurélie Salvaing, s'apparente à entrer en contact avec le fantôme de la sculptrice Camille Claudel. C’est évoquer le poids de sa mémoire dans notre inconscient collectif. Camille Claudel, ce sont trente ans d’internement injustifié et une mort sans sépulture. Personne n’est venu réclamer le corps de Camille à son décès en 1943. Elle a été placée dans une fosse commune.

Le poids du génie est lourd à porter pour une femme.

Paul Claudel après la disparition de sa sœur Camille

La petite-fille du poète et dramaturge Paul Claudel, Reine-Marie Paris, a raconté des années plus tard que son grand-père avait culpabilisé toute sa vie d'avoir avec sa mère, fait interner sa soeur Camille en 1913. Pour les descendants de Paul Claudel, l'absence de sépulture de leur aïeule a empêché leur deuil. Donc, on peut considérer que le fantôme de Camille a hanté cette famille comme il continue de hanter l’histoire de l’art au féminin. Le destin tragique de Camille Claudel incarne l’injustice faite aux femmes artistes.

Le portrait de Camille Claudel peint par Aurélie Salvaing dans son atelier à Pérols.
Le portrait de Camille Claudel peint par Aurélie Salvaing dans son atelier à Pérols. © FTV

La place de la femme artiste 

Sur la question du statut de la femme artiste, Aurélie Salvaing dit ceci : « Je pense que c’est toujours compliqué d’être dans l’art tout court, homme ou femme déjà. Et ensuite, je pense que c’est encore plus compliqué pour les femmes ». Elle poursuit : « Quand je rencontre des gens et que j’annonce que je suis peintre, on me dit : Ah oui ! mais tu as un mari qui travaille. Voilà, je trouve que cela résume la situation ».

Regagner sa place, être décideuse, vouloir s’imposer, c’est de toutes façons une petite bataille rangée en soi.

Aurélie Salvaing

Alexandre Joannidès et Frédéric Molinier poussent la porte de l'atelier d'Aurélie Salvaing au moment où elle travaille sur le portrait de Camille Claudel.

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Rencontre de l'artiste peintre Aurélie Salvaing dans son atelier à Pérols près de Montpellier

Dès que la situation sanitaire le permettra, Aurélie Salvaing nous conseille d’aller voir l’exposition au Palais du Luxembourg à Paris : « Peintres femmes de 1780 à 1830 - Naissance d’un combat ».

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