Montpellier : le raisin et le vin pour lutter contre le Covid, "c'est faux" explique un professeur de pharmacognosie

2 études scientifiques préliminaires, sorties ces dernières semaines, ont mis le monde viticole et médical en surchauffe. Selon elles, le tanin du vin aurait des vertus immunisantes contre le Covid. Un raccourci plus que rapide en a conclu que le vin protégeait du virus SARS-CoV-2. Mais c'est faux.

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illustration © maxppp Michel Clementz

C'était trop beau pour être vrai. L'affirmation simpliste : "le vin protège du Covid" reprise sur tous les réseaux sociaux est une fake news.
A l'origine de ces informations, 2 études scientifiques. L’une de chercheurs de Californie, l’autre de l’Université de Taïwan. Ils se sont intéressés aux polyphénols présents dans le vin.

Mais leurs études portent sur des essais in vitro sur des cellules de culture, intransposables sur l'Homme notamment à cause des doses qui seraient mortelles. Et ce n'est pas le vin qui a une action sur les enzymes du virus mais les acides tanniques. Des polyphénols de la famille des tanins présents dans de nombreuses plantes, en particulier l'écorce du chêne, le Séquoia à feuilles d'if ou dans des fruits comme le raisin, la framboise ou la banane. D'ailleurs, dans l'étude, des tanins provenant de cacao ou de fruits ont été utlisés.

Or l'étude du Professeur Mien-Chie Hung, président de l’université de médecine de Taïwan mais aussi professeur d’oncologie aux Etats-Unis n'a pas été réalisée avec du vin mais bien avec une seule molécule isolée, et in vitro, c'est-à-dire dans des conditions de laboratoire.

Boire du vin ne protège donc pas contre le Covid-19.

Les études in vitro ne sont pas des vérités in vivo

Pour Joseph Vercauteren, professeur de pharmacognosie* à l’université de Montpellier et expert en polyphénols, les essais préliminaires en laboratoire sont scientifiquements intéressants. Mais il ne faut pas faire d'amalgames et de transpositions rapides et hasardeuses. "Le vin ne peut être un médicament".

Ce qui est possible et observé en laboratoire ne vaut pas pour un organisme complexe comme un Etre humain. Si les acides tanniques ont des résultats sur des cellules in vitro, dans le corps, ils sont digérés et transformés, cassés chimiquement dans l'estomac et ils perdent donc leur efficacité première.

Joseph Vercauteren, professeur de pharmacognosie* à l’université de Montpellier.

Toujours selon le pharmacologue, dans l'étude du Professeur Mien-Chie Hung, validée et publiée en décembre dans l’American Journal of Council Research : "il y a des données étranges, très élevées voire impossibles, ou alors il s'agit d'une erreur survenue dans la rédaction de l'article. De toute façon, in vivo, l'utilisation de ces acides tanniques à hautes doses pour inhiber des protéases et rendre les cellules résistantes au Covid serait fatale au cobaye".

*La pharmacognosie est la science des substances biologiques à vertu ou potentiel médicamenteux.

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