Montpellier : témoignage de Maurice Joyeux, prêtre en mission à Lesbos pour aider les réfugiés, après l'incendie du camp

Le camp de réfugiés de Moria sur l’île de Lesbos en Grèce a été détruit par un incendie cette semaine. Maurice Joyeux, prêtre jésuite natif de Montpellier, très impliqué dans l’action humanitaire, est abattu. Il a passé ces 5 dernières années au côté des réfugiés du camp de Moria. 
 
Restes d'une école du camp de réfugiés de Moria, sur l'île de Lesbos.
Restes d'une école du camp de réfugiés de Moria, sur l'île de Lesbos. © Maurice Joyeux
Maurice Joyeux a la fibre humanitaire solidement ancrée dans son existence. Missionnaire jésuite depuis 1979, il a officié dans des camps au Rwanda, au Tchad, au Soudan et en Afrique du Sud. Cela fait 11 ans qu’il a posé ses valises en Grèce. Depuis 2015, c’est auprès des réfugiés du camp de Moria, sur l’île de Lesbos qu’il propose son aide. 

Deux écoles pour les enfants de réfugiés détruites

Il a participé à la création de deux écoles au sein du camp. La première était portée par Tolou, une association qui offrait une scolarité à près de 600 enfants. La seconde était à l’initiative de réfugiés afghans. “ 2600 enfants venaient apprendre dans cette école. Je les ai soutenus autant que j’ai pu, on a fait venir des livres, des stylos, des cahiers, et même des ventilateurs ” indique Maurice Joyeux. “L'école était faite par groupes d’une vingtaine de jeunes, sous des bâches. Ca rythmait la vie des enfants et des familles. On appelait des profs qu’on pouvait même commencer à rémunérer ”, ajoute-t-il. 
 
Classe d'une école du camp de réfugiés de Moria avant l'incendie.
Classe d'une école du camp de réfugiés de Moria avant l'incendie. © Maurice Joyeux

Mais tout cela est parti en fumée. Dans la nuit de mardi à mercredi, un important incendie a ravagé la majeure partie du camp, sous le regard impuissant des ONG.
 

“Tous ces efforts sont détruits pour toujours, on est reparti à zéro. Tous les lieux de gestion juridique, des papiers, des documents, tous ça a été brûlé”,

se lamente Maurice Joyeux.


Le prêtre n’était pas sur les lieux lors des incendies, il a quitté le camp le 30 août dernier. “C’est au lendemain de la nuit de la catastrophe que les deux écoles que nous avions créées ont été incendiées. Et ce n'est certainement pas par les mains de réfugiés", précise-t-il.

On prend des risques avec les milices nationalistes qui agissent, intimident, font peur aux réfugiés et aux acteurs humanitaires.

Maurice Joyeux - Prêtre jésuite

Refus des réfugiés et des ONG

“Il y a une immense fatigue des habitants de Lesbos, de la haine même. On prend des risques avec les milices nationalistes qui agissent, intimident, font peur aux réfugiés et aux acteurs humanitaires. Il y a une sorte d’anti-ONG qui s’est installée, parce que pour eux, ça fait trop longtemps que ça dure. Ils n’en peuvent plus de devoir assumer localement des choses impossibles. C’est un peu comme ce qui s’est passé à Calais, en France ”, déplore le prêtre.
“Le camp est foutu, il ne faut pas en reconstruire un autre. La politique des “hotspot” comme celui-ci ne tient pas la route. Elle est violente et ingérable” souligne Maurice joyeux.

Aujourd’hui, les presque 13 000 réfugiés ont quitté les restes du camp le plus sordide d’Europe et sont bloqués par les policiers sur les 8 kilomètres qui séparent le sinistre du port de Mytilène. Avec l’état d’urgence décrété par le gouvernement central à Athènes, l’accès aux réfugiés est difficile. Les petites ONG encore sur place ont du mal à acheminer eau et nourriture.
 

On essaie de se bagarrer pour bricoler de l’aide.

Maurice Joyeux - Prêtre jésuite

Appel à la solidarité

Il est urgent que la solidarité s’organise, “Il y a de nombreux paquebots de croisière disponibles en raison de la crise sanitaire. Il en faut peu pour évacuer ces personnes qui sont désormais dépourvues de tout. À nous, Européens, de les accueillir ” déclare le père Joyeux. 

Le ministre allemand des Affaires étrangères a réclamé mercredi des pays de l'Union européenne qu'ils prennent en charge des migrants en raison de la « catastrophe humanitaire » provoquée par l'incendie du camp de Moria, sur l'île grecque de Lesbos.
Maurice Joyeux continuera longtemps encore à collaborer avec les aides humanitaires, tant que l’Europe n’arrivera pas à coordonner sa politique migratoire et à traiter dignement ceux qui frappent à ses portes.
 
Poursuivre votre lecture sur ces sujets
humanitaire international monde réfugiés société