Ouverture d'une information judiciaire

4 jours après l'explosion du four de la Centraco, une information judiciaire a été ouverte pour "homicide et blessures"

Par Fabrice DUBAULT

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Marcoule : place à l'enquête scientifique

Sur le site de Marcoule, dans le Gard, les différentes enquêtes se poursuivent pour tenter de comprendre les raisons de l'explosion d'un four qui a fait 1 mort et 4 blessés. Dans une usine pointée du doigt pour ses lacunes en matière de sûreté.

Une information judiciaire pour "homicide et blessures involontaires" après l'explosion du four de la Socodei, filiale d'EDF, près du site nucléaire de Marcoule, qui a fait lundi un mort et quatre blessés, a été ouverte vendredi, a-t-on appris de source judiciaire. Les enquêtes scientifiques et techniques se poursuivent, elles seront longues.

Selon les premières auditions, la déflagration a suivi de quelques secondes une intervention humaine sur le four qui avait été remis le matin même en fonctionnement après plusieurs pannes et avait atteint 1.500 degrés, une température normale.

Pour une raison qui doit aussi être déterminée, la fusion du métal ne s'est pas faite, ce qui aurait conduit un fondeur à intervenir à l'aide d'une "barre à mine" sur le métal chauffé. C'est après cette intervention que l'explosion, comme "un geyser de métal en fusion", s'est produite.

Les premières investigations mercredi :

Les constatations sur le four de l'installation Centraco à Codolet (Gard), près du site nucléaire de Marcoule, qui a explosé lundi entraînant la mort d'un ouvrier et en blessant quatre autres, ont commencé, a indiqué mercredi le procureur de la République de Nîmes Robert Gelli.

Jusqu'à présent, les enquêteurs n'avaient pas accès au local où se trouve le four, en raison de la température. Seuls les pompiers y étaient entrés lundi pour sortir un ouvrier grièvement brûlé.

Le corps de l'ouvrier décédé a lui été examiné mercredi par les médecins légistes avant d'être évacué du local. Il devait faire l'objet de nouveaux examens, mais pas forcément d'une autopsie, a encore indiqué M. Gelli.

Trois enquêtes sont en cours sur cet accident industriel en milieu nucléaire:

Une judiciaire, une de l'inspection du travail et une de l'Autorité de la sûreté nucléaire (ASN) qui a débuté, une inspection qui pourrait se dérouler sur plusieurs jours.

Aucune hypothèse n'est écartée dans cette affaire mais, selon les auditions des témoins, la déflagration a suivi de quelques secondes une intervention humaine sur le four. Ce dernier avait été remis le matin même en fonctionnement après plusieurs pannes la semaine passée.

Pour une raison qui reste à déterminer, "la fusion du métal ne s'est pas faite, ce qui aurait conduit un fondeur à intervenir à l'aide d'une barre à mine" sur le métal chauffé. C'est après cette intervention que l'explosion comme "un geyser de métal en fusion" s'est produite.

Le procureur de Nîmes a annoncé mardi qu'il allait ouvrir une information judiciaire contre X pour homicide et blessures involontaires", mais mercredi il a indiqué ne l'avoir pas encore fait.

L'explosion de ce four n'a entraîné aucune pollution radiologique, d'après l'analyse d'échantillons d'herbe prélevés près du site, selon l'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN).

Des lacunes constatées par l'ASN :

L'enquête montrera si l'accident survenu lundi dans le four de fusion de l'installation Centraco à Codolet (Gard), près du site nucléaire de Marcoule, est en lien avec les lacunes de sûreté relevées dès 2008, a déclaré mercredi le directeur général de l'ASN Jean-Christophe Niel.

Suite à cet accident qui a causé la mort d'un salarié et fait trois blessés, dont l'un grièvement brûlé, trois enquêtes sont en cours, a précisé devant la presse M. Niel, qui n'a pas voulu formuler "d'hypothèses"

Outre l'enquête judiciaire, dans le cadre de laquelle l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN) a été "réquisitionnée" par le parquet, se déroulent une enquête de l'inspection du travail et une enquête de l'ASN. La division de l'ASN de Marseille a ainsi débuté mardi une inspection qui pourrait se dérouler sur plusieurs jours, a rappelé M. Niel.

En 2008, l'ASN avait constaté des lacunes et demandé à la Socodei, filiale d'EDF exploitant le Centre de traitement et de conditionnement des déchets de faible activité (Centraco), de mettre en place un plan d'amélioration de la sûreté de son installation.

Il y avait, selon M. Niel, "un manque d'engagement de la direction générale sur la sûreté". L'installation "ayant de la très faible radioactivité, la sûreté n'était pas traitée au niveau où elle devait l'être", a-t-il indiqué.

Il s'agit d'une "question de comportement au quotidien" de "l'ensemble des gens qui interviennent sur l'installation, du plus haut au plus bas niveau", "ce qu'on appelle la culture de sûreté, ce n'est pas juste le respect d'un règlement", a-t-il précisé.

Neuf inspections ont été menées sur le site en 2009, cinq en 2010 et déjà cinq en 2011, dont la dernière dans la nuit du 31 mai au 1er juin.

"Nous avons eu la conviction que les choses s'amélioraient", a souligné M. Niel.

"L'enquête montrera si l'accident est lié aux lacunes qu'on avait identifiées ou si c'est indépendant", a-t-il poursuivi, estimant qu'il était "trop tôt" pour le dire.

"Il faut faire attention à ne pas minimiser l'accident parce qu'il est peu radiologique, c'est quand même un accident avec un mort et un blessé grave", a par ailleurs relevé M. Niel, sans pouvoir dire à ce stade si l'ASN le classera sur l'échelle internationale des événements nucléaires (Ines).

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