Bataille du rail : Railcoop négocie des créneaux de circulation sur des lignes délaissées par la SNCF

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Écrit par Christophe Neidhardt
Basée à Figeac dans le Lot, la coopérative ferroviaire Railcoop, souhaite ressusciter la ligne Bordeaux - Lyon, avec des XTER 72500, achetés d'occasion. (illustration) cc
Basée à Figeac dans le Lot, la coopérative ferroviaire Railcoop, souhaite ressusciter la ligne Bordeaux - Lyon, avec des XTER 72500, achetés d'occasion. (illustration) cc © cc F. Latreille

Railcoop, une coopérative ferroviaire basée dans le Lot, souhaite commercialiser la ligne Bordeaux-Lyon, une liaison abandonnée par la SNCF. Problème, le manque de créneaux de circulation.

"On sent qu'on répond à un besoin. Notre objectif, c'est de venir compléter le service public existant." Nicolas Debaisieux donne le ton. Il est le Directeur général de Railcoop, basée à Figeac dans le Lot. Cette coopérative ferroviaire veut lancer des trains de voyageurs à travers la France en juin prochain, sur des rails délaissés par la SNCF. Problème : elle a du mal à obtenir les créneaux de circulation nécessaires.

Dès le 26 juin, Railcoop souhaite faire rouler deux allers-retours par jour entre Bordeaux, Périgueux, Limoges, Montluçon, Roanne et Lyon. Le tout en 7 heures 30 environ. Elle ressusciterait ainsi une liaison transversale abandonnée. Problème : elle doit obtenir des sillons - des créneaux de circulation -  auprès de SNCF Réseau.

Et c'est là que le bât blesse: "Aujourd'hui, on n'a aucune garantie que SNCF Réseau nous donne nos sillons ", se désole Nicolas Debaisieux, le Directeur général de Railcoop. La coopérative ferroviaire a reçu "des propositions ", mais elles ne répondent que partiellement aux demandes. Par exemple, la société a pour l'instant obtenu un sillon que jusqu'à Roanne, à 70 km de Lyon.

"Et tous ces sillons sont conditionnés à des ouvertures de postes" explique-t-il, car le personnel n'est pas assez nombreux pour occuper les postes d'aiguillage. Des postes qui donnent accès aux voies uniques peu fréquentées que veut emprunter Railcoop. Sans oublier les péages -les droits de circulation—qui sont assez élevés.

Le gestionnaire du réseau ferré, lui, demande d'assumer le coût du recrutement de cheminots supplémentaires, mais, regrette Nicolas Debaisieux,  "la SNCF n’est pas en mesure de nous garantir qu'on pourra vraiment circuler".

Railcoop se demande aujourd’hui s’il ne faut pas retarder le lancement du Bordeaux-Lyon au changement des grilles horaires de décembre 2022. "En deux ans, on a su démontrer qu'on en voulait et on ne va pas lâcher ", enchaîne-t-il. Soulignant - études marketing à la clef - que "la ligne est économiquement viable" avec des billets vendus au prix du covoiturage. Soit environ 40 euros entre Bordeaux et Lyon. Railcoop estime ses coûts 25% inférieurs à ceux de la SNCF.

Ovni du rail 

Créée en 2019, par "des citoyens lambda", elle dépasse aujourd’hui le cap des 10.000 sociétaires -particuliers, entreprises et collectivités- et a déjà collecté 3,9 millions d'euros.  Des discussions sont en cours avec "des financeurs institutionnels " pour compléter. Pour le matériel roulant, Railcoop doit racheter d'occasion et réaménager neuf TER venus d'Auvergne-Rhône-Alpes. "On a réussi à trouver un point d'accord ", se réjouit M. Debaisieux, qui envisage pour la suite l'achat de trains neufs.

Cet ovni des rails vient d'obtenir sa licence d'entreprise ferroviaire et attend dans les semaines qui viennent son certificat de sécurité.

D'autres projets de lignes 

Au-delà du Bordeaux-Lyon, la jeune compagnie a de grandes ambitions, et planche sur huit autres relations transversales à petite vitesse. Railcoop évoque pour la fin 2022 Toulouse-Limoges-Poitiers-Le Mans jusqu'à Caen ou Rennes-Saint-Brieuc; et Thionville-Metz-Nancy-Dijon jusqu'à Grenoble ou Lyon-Saint-Etienne. Elle a aussi notifié à l'Autorité de régulation des transports des liaisons telles que Brest-Nantes-Bordeaux, Nantes-Rennes-Caen-Rouen-Amiens-Lille, Annecy-Chambéry-Grenoble-Aix-Marseille ou la très longue Le Croisic-Nantes-Angers-Tours-Nevers-Dijon-Besançon-Mulhouse-Bâle. "Le problème, c'est les sillons", pointe Nicolas Debaisieux. On y revient.

Pour l'heure, c'est du côté du transport de fret que Railcoop va faire ses premiers tours de roue. La coopérative doit faire circuler des trains de marchandises à partir du 16 novembre entre Viviez-Decazeville, Capdenac (Aveyron) et la plateforme multimodale de Saint-Jory près de Toulouse.

Des trains qui transporteront du chocolat, des fenêtres ou des pièces aéronautiques pour des PME du bassin de Figeac-Decazeville. "Il y a de quoi remplir les trains" qui devraient rapidement devenir quotidiens, assure Nicolas Debaisieux. Et pour ce trajet…les sillons sont disponibles.

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