A Cahors, le pilotage de drones s'apprend au lycée

C'est une première en France. Un lycée de Cahors a lancé cette année une formation au pilotage de drones.

© AFP
C'est une formation unique en France. Des lycéens ont entamé cette année à Cahors, en complément de leur bac professionnel de photo, la première formation au pilotage de drones, ces petits aéronefs sans pilote dont les applications se multiplient de jour en jour.
Ils sont neuf élèves du lycée Saint-Etienne en bac pro photographie à avoir choisi cette option et à faire voler pour la première fois un drone sur un champ au bord du Lot. Depuis décembre, ils ont étudié la théorie du vol, la réglementation aérienne, et se sont exercés sur simulateur. A présent, ils prennent enfin en main le boîtier de télécommandes et ses deux minimanches qui évoquent à la fois l'aéromodélisme et les jeux vidéo.

A la clé, un double diplôme

Le projet est né de la rencontre du directeur de cet établissement privé sous contrat, Philippe Jacquet, et de Benoît Lacaze, instructeur sur avion, ULM et drones, un des rares formateurs agréés par la Direction générale de l'aviation civile (DGAC). "La formation au pilotage de drone est en dehors du programme officiel. Mais le rectorat est au courant et après trois ans d'études nos élèves auront leur bac pro de photographie de l'Education nationale et leur diplôme de pilote de drone de la DGAC", dit le directeur. "C'est un plus important pour eux car la photo par drone est au coeur d'énormément d'activités, alors que les photographes en magasins sont en voie de disparition à l'âge de la photo numérique", explique-t-il.

Une formation en grande majorité féminine​

Les filles, ultra-majoritaires dans ce bac pro photo, représentent huit des neuf membres du groupe. Elles se relaient pour faire décoller verticalement leurs trois machines, de grosses sauterelles carrées, soutenues aux angles par quatre hélices d'hélicoptères. Le slalom prévu entre des piquets n'est pas facile pour des novices, même si l'engin pèse deux kilos. "Les manettes sont très sensibles", explique Delphine Harant, 15 ans "c'est difficile de se repérer. Il y a deux traits rouges à l'avant, une petite lumière à l'arrière mais, dans la tête, il faut se mettre dans le drone pour s'orienter, c'est pas donné à tout le monde". Cette Toulousaine est interne comme la grande majorité. Beaucoup viennent de loin pour ce bac pro, tel le garçon, Alexis Tyrel de Poix, 17 ans, originaire de Charente-Maritime.

Des élèves triés sur le volet​

Tous ont été admis sur dossier et lettre de motivation "car on veut des gens passionnés", souligne Philippe Jacquet. Leur professeur de photographie, Stéphane Croizean, a trois ans pour leur enseigner "tous les domaines de la photo". Mais devant le drone, ses élèves et lui sont à égalité: "je suis un peu le dixième élève car je devrai leur apprendre à combiner les deux savoirs", déclare-t-il.
En juin, ils vont passer l'examen théorique de la DGAC commun aux ULM, avions et drones. Ils passeront l'an prochain l'examen théorique spécifique sur les règles du travail aérien, et en 3ème année l'examen pratique pour obtenir la "déclaration de niveau de compétence" reconnue par la DGAC.

Des débouchés exponentiels

"Pour qu'ils deviennent des pros de la photo-video par drone, je leur apprendrai à le faire évoluer sans saccades, pour sortir des images stables de leur minicaméra embarquée, qu'ils contrôleront avec un écran de visualisation au sol", indique Benoît Lacaze. L'instructeur s'enthousiasme en énumérant des débouchés civils et militaires exponentiels: surveillance des lignes électriques, ferroviaires ou téléphériques, relevés topographiques, contrôle des structures de travaux publics, des rendements agricoles, repérages des déperditions thermiques des bâtiments....
L'avenir des drones inspire aussi les élèves. Pour Alexis, ils apportent un "regard inédit en photo aérienne pour la communication et la publicité". Elodie Vergine, fille de gendarmes, se voit déjà "photographier des scènes de crime depuis un drone pour qu'elles ne soient pas polluées".
Le pilotage de drones n'est encore qu'une formation optionnelle. Mais le directeur ne désespère pas qu'elle fasse un jour partie intégrante du bac pro, "même s'il faut un peu de temps à l'Education nationale".
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