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Vers une machine gardoise à traquer les voix... grâce à leur “empreinte” sonore

Laudun-L'Ardoise (Gard) - analyse de la voix dans le cadre d'enquêtes judiciaires au laboratoire de Lipsadon / © France 3 LR
Laudun-L'Ardoise (Gard) - analyse de la voix dans le cadre d'enquêtes judiciaires au laboratoire de Lipsadon / © France 3 LR

Et si l'identification vocale atteignait la fiabilité d'une empreinte génétique. C'est l'ambition du spécialiste Norbert Pheulpin, qui veut mettre au point, la machine parfaite, dans la traque aux voix, et a reçu un coup de pouce de Jean Reno.

Par Fabrice Dubault avec AFP


"Pour la voix, avec cet appareil, le Saint Graal c'est d'obtenir une fiabilité comparable à celle de l'iris" de l'oeil, souligne Norbert Pheulpin, premier expert assermenté auprès des tribunaux dans le domaine du son (1996) et patron du Laboratoire indépendant de police scientifique et d'analyses de données numériques (Lipsadon) à Laudun L'Ardoise dans le Gard.

En 17 ans de collaboration avec la justice, "l'absence d'ADN" de la voix, comme il le souligne, n'a cependant pas empêché cet ancien directeur technique de la Cinq à l'époque de Silvio Berlusconi, de jouer un rôle clef dans de nombreux dossiers (quelque 350), dont plusieurs célèbres: Youssouf Fofana, le chef du gang des barbares, le meurtre d'Élodie Kulik, cette jeune banquière séquestrée, violée et tuée dans la Somme en 2002, le dossier Abdallah Kallel, ministre de l'intérieur de Ben Ali.

M. Pheulpin a également collaboré avec les médias. Dans l'affaire Jérôme Cahuzac, c'est lui qui avait identifié pour un hebdomadaire la voix enregistrée de celui qui était encore ministre du Budget.
Depuis des années, pour identifier une personne sur une écoute téléphonique ou un enregistrement, les trois experts judiciaires reconnus en France dans le domaine de l'acoustique "utilisent des approches combinatoires", témoigne M. Pheulpin, "avec déjà une marge d'erreur très faible".

Mais aujourd'hui, à ses yeux, il faut aller plus loin. Et mettre au point une machine unique susceptible de s'approcher des capacités de l'homme, qui "a la faculté de reconnaître une voix simplement parce qu'il la connaît", explique le scientifique.

Alain Delon comme cobaye

"On a découvert il y a cinq ans une famille dont tous les membres étaient atteints de phonagnosie, c'est-à-dire privés de la reconnaissance de la voix. On a compris qu'ils étaient privés d'un lien neuronal", poursuit-il.
C'est en partant de ce constat de liens neuronaux que M. Pheulpin a construit son projet. Avec la mise en oeuvre de plusieurs compétences: reconnaissance du locuteur, travaux en électronique (microprocesseurs...), traitement du signal de la parole, études des réseaux de neurones.

En 2001, il avait utilisé Alain Delon comme cobaye pour son travail d'étude d'évolution de la voix. Certes, le comédien ne s'était pas déplacé. Mais avec l'autorisation de l'acteur, on avait pu reprendre ses films et ses interviews sur une période de quarante ans afin de pouvoir analyser les changements de voix au fil des décennies.
Aujourd'hui, la machine regroupe plusieurs milliers de voix. Et dernièrement, M. Pheulpin a contacté Jean Reno, lequel s'est laissé convaincre.

"L'intérêt, c'est que Jean Reno parle cinq langues et qu'il a accepté d'enregistrer dans les conditions identiques à celles de ses films", se félicite l'expert.



De Nikita à Godzilla

Nikita, Le Grand Bleu, Wasabi, Godzilla... à la fin octobre Jean Reno va donc entrer en studio à Paris pour prononcer quelques phrases de ses films cultes.
"Dans les langues des films, on va lui faire répéter les phrases de façon naturelle. Puis, on va lui demander de coller le plus possible avec ce qu'il avait fait à l'époque en italien, en japonais ou en américain".
Avec les études comparatives sur des années, l'idée du scientifique est d'identifier le "corpus" de la voix, en quelque sorte une empreinte vocale même si le terme apparaît inapproprié puisque la voix ne comporte pas "d'invariant reproductif" mais en revanche de nombreux éléments: accent, prosodie (intonation, rythme...), dysphonie, champ lexical..

Au final, l'appareil lorsqu'il sera définitivement au point permettra aux enquêteurs d'asseoir toutes les expertises judiciaires vocales sur n'importe quelle bande-son.
Il pourrait aussi faciliter la biométrie vocale, par exemple sur les smartphones. Il y aurait alors un formidable marché à développer.

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Laudun -L'Ardoise (Gard) - Laboratoire de biométrie vocale pour les enquêtes judiciaires - 2009

 

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