Procès de la “démembreuse“ de Toulouse : ”Vous n'êtes pas là pour sanctionner”

Sophie Masala et ses deux avocats, maîtres Pierre Dunac et Axelle Chorier. / © Luc Perillat/Drawmyevents
Sophie Masala et ses deux avocats, maîtres Pierre Dunac et Axelle Chorier. / © Luc Perillat/Drawmyevents

Les avocats de Sophie Masala, jugée devant la cour d'assises de la Haute-Garonne depuis lundi, ont eu la délicate tâche de plaider pour leur cliente, poursuivie pour le meurtre de sa collègue Maryline Planche, en mai 2016, à Toulouse.

Par Marie Martin

Sophie Masala est jugée pour avoir asséné des coups mortels à Maryline, pour cela et rien d'autre : ainsi maître Axelle Chorier a débuté sa plaidoirie, répondant aux plaidoiries de la partie adverse et au réquisitoire de l'avocat général. "Un fait, une femme, c'est bien suffisant", dit-elle.

En effet, Sophie Masala n'est pas poursuivie pour avoir découpé le cadavre de sa victime, même si ce fait, bien évidemment, pèse très lourd dans le dossier et à l'audience. Mais maître Chorier insiste : "On ne peut pas parler de torture et de barbarie, nous ne sommes pas dans ce cas de figure".
Pourquoi cet emballement ?, se demande-t-elle. "Pourquoi en rajouter ? Est-ce l'hystérie médiatique ? Est-ce parce que tous les journalistes sont là ?"

Elle est précise, et pèse ses mots. Aucun expert n'a dit que Sophie Masala est dangereuse. "Un constat s'impose dans ce dossier : nous ne savons pas. C'est vrai qu'il y a des zones d'ombre. Mais vous ne pouvez pas condamner en retenant le pire". 

Vous n'êtes pas là pour sanctionner mais pour juger

Son confrère Pierre Dunac prend la suite. "Monsieur l'avocat général vous a demandé la peine la plus lourde. Il va falloir voir si elle est juste". Et de s'indigner de ce que les parties adverses aient qualifié l'accusée de la pire des meurtrières. "Quand l'opinion publique rentre par la grande porte dans les salles d'audience, la justice, elle, sort par la petite". 
Maître Dunac a, dit-il, eu envie de crier "Silence, on juge !", hier et ce matin. C'est justement le titre d'un livre de Georges Catala, l'un de ses contradicteurs. Il en cite quelques passages sur des tueurs en série. Et finit par offrir l'exemplaire à maître Catala : "Lisez ce livre que vous avez écrit".

Pour lui, il y a eu plusieurs adversaires dans cette affaire, parmi lesquels Sophie Masala elle-même. "Sophie, c'est "Je mens donc je suis". Mais cela ne fait pas d'elle le symbole de l'horreur. "Ce qu'elle a fait après le meurtre, c'est dégueulasse mais ce n'est pas l'horreur. Ce n'est tellement pas l'horreur que du point de vue du droit, c'est passible d'une année de prison". 

Elle n'a pas fait ces gestes par plaisir. Elle a voulu effacer les traces de ce qu'elle venait de commettre

"Bien sûr, vous allez la punir, évidemment. Mais elle avance. Moi, je ne sais pas comment elle s'est retrouvée dans le brouillard, dans les ténèbres. Mais elle a fait du chemin. Elle mérite de voir un jour, pas si lointain, un petit coin de ciel bleu. Auprès de ses enfants". 
Pierre Dunac se tourne vers Sophie Masala : "Sophie, vous n'êtes pas un monstre. On le voit dans le regard tendre de vos enfants sur vous. C'est le plus beau jugement qui soit..."

Avant de conclure face aux jurés : "Je ne vous demande pas l'impossible, seulement ce qui est juste et digne". 

Invitée à s'exprimer comme le prévoit le droit, Sophie Masala a prononcé les derniers mots de l'audience : "Je veux dire à tout le monde que je regrette et que je ne voulais pas ôter la vie de Maryline". 

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