Insolite : un artisan fabrique des ballons en cuir de poisson dans les Pyrénées-Orientales

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Écrit par Camila Giudice
Didier Cazeilles devant le portant sur lequel sont pendus les différents cuirs de poisson qu'il fabrique.
Didier Cazeilles devant le portant sur lequel sont pendus les différents cuirs de poisson qu'il fabrique. © France 3 Occitanie

A Villemolaque, dans les Pyrénées-Orientales, un artisan tanneur a eu l'idée de se lancer dans la production de cuir de poisson. Il confectionne avec des ballons et des trousses de toilette.

Dans un coin de l’atelier de Didier Cazeilles, des morceaux de cuir sont pendus sur un portant. En s’approchant, on s’aperçoit que la peau tannée n’est pas lisse, on y distinguerait presque des écailles. "Tout le monde croit que c’est du serpent ou de l’alligator au premier coup d’œil !", rit le propriétaire des lieux, qui s’est lancé dans la tannerie personnalisée en 2015.


Mais ces peaux n’appartiennent pas à des reptiles, loin de là. Il s’agit de peaux de poissons. "A l’heure actuelle on travaille la truite, le saumon et le thon ", détaille Didier Cazeilles. Avant d’en faire des ballons de football, de rugby ou de basket, l’artisan doit enlever les écailles. Et s’assurer qu’il n’y a plus de chair non plus.

On utilise quelque chose qui partirait à la poubelle, et on le travaille pour en faire un produit de qualité supérieure.

Didier Cazeilles, tanneur

Etape suivante : teindre le cuir. Le catalogue de la maison propose 17 couleurs, toutes d’origine végétale. Mais les trouver n’a pas été simple : "il a fallu travailler les coloris, c’était compliqué d’avoir un rendu visuel joli sur les peaux de poisson."

Une tradition des pays nordiques

C’est avec la crise sanitaire que l’artisan a voulu diversifier son activité, jusque-là basée sur du cuir de vachette. Avec une volonté : produire le plus localement possible, en circuit court. "Je récupère des peaux d’Arcachon, explique-t-il, mais l’objectif est de récupérer les peaux des poissons d’ici, pour faire rayonner les Pyrénées-Orientales."

Mais quand Didier Cazeilles a commencé à parler de sa nouvelle idée, il est passé pour un fou, il le dit lui-même. Pourtant, argumente-t-il, le cuir de poissons est un produit bien connu plus au Nord.

Dans les pays nordiques ce sont des produits qu’ils utilisent depuis des générations. Donc on s’est formé, on est allé apprendre comment ça se travaillait, ce qu’on pouvait en faire. Eux ils font des vêtements, de l’ameublement avec, et nous on s’est dit "pourquoi pas faire des ballons ?".

Didier Cazeilles, tanneur

Deux fois plus cher à produire que du cuir de vachette

Et selon lui, le pari est réussi. Un an et demi après avoir eu l’idée, il a pu lancer la gamme le 20 octobre dernier. Le nombre de commandes a été multiplié par trois, passant à 150 par jour. Et ses créations se sont mêmes frayées un chemin jusqu’à l’Elysée.

On a réussi à obtenir un résultat équivalent à celui qu’on avait avec le cuir de vachette. Après, au toucher c’est une autre sensation. Mais du point de vue de la qualité le cuir est identique.

Didier Cazeilles, tanneur

Un défi qui a tout de même un coût. Un article en cuir de poisson coûte deux fois plus cher à produire que le même réalisé en cuir classique.

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