Rugby et coronavirus : les clubs ont chiffré les pertes et attendent une décision de la LNR

les drapeaux des supporters du Stade Toulousain, au Stade Ernest Wallon. / © PASCAL PAVANI / AFP
les drapeaux des supporters du Stade Toulousain, au Stade Ernest Wallon. / © PASCAL PAVANI / AFP

Face au coronavirus, la Ligue Nationale de Rugby n’a pas encore tranché sur les rencontres à venir : faut-il qu'elles se disputent à huis clos ? Est-il préférable de reporter les matchs ? Les 2 options sont sur la table. Une décision sera prise lundi à Toulouse.
 

Par Benoît Roux

Dimanche 8 mars, le gouvernement a annoncé l’interdiction des rassemblements de plus de 1000 personnes sur tout le territoire. En début de semaine, la ministre des sports Roxana Maracineanu a affirmé que tous les matches de football devraient se plier à la jauge maximale de 1 000 personnes jusqu’au 15 avril. La Ligue de Football Professionnelle a entériné cette décision; la Ligue Nationale de Rugby pas encore.

3 rencontres de Top 14 et un ¼ de finale de Champions Cup concernés

Samedi 14 mars, on devait assister au match France-Irlande. Le Top 14 faisait donc relâche. Pas de compétions prévues hormis des matchs en retard comme Montauban-Provence et Carcassonne-Valence en Pro D2. Depuis, France-Irlande est reporté en octobre pour cause de coronavirus et désormais 3 matchs de Top 14  et de Pro D2 pourraient se dérouler à huis clos, selon les directives du gouvernement qui interdit tout rassemblement de plus de 1 000 personnes jusqu'au 15 avril. Il s'agit de la 18e journée (le week-end des 21-22 mars) avec le choc Toulouse-Lyon et Montpellier-Racing, la 19e (28-29 mars) où Montpellier se rend chez le leader Bègles-Bordeaux  et la 20e (11-12 avril) avec le derby parisien Racing 92-Stade Français.
Et surtout, il y a les 1/4 de finale de la Champions Cup où 2 clubs français sont encore concernés (le Stade Toulousain et Clermont). 2 clubs qui ont bataillé sportivement pour que ces rencontres se jouent... à domicile !

Des matchs à huis clos : pas de recettes et des dépenses

Selon le président du Stade Toulousain Didier Lacroix,

Un match à huis clos, c'est 800.000 euros de pertes pour le club

Pas de recettes liées à la billetterie, aux buvettes, restaurants, loges, partenariat, marchandising… Les clubs pourraient même enregistrer des dépenses supplémentaires car l'intégralité de la billetterie et des dépenses auprès des prestataires devraient être remboursées. Si la date du 15 avril devait être repoussée pour cause de phase 3 de la pandémie, le président champion de France chiffre alors à 3M d’€ les pertes d’activités.

Il y a aussi le fameux quart de finale de Champions Cup prévu le 5 avril. Le Stade Toulousain va recevoir l’Ulster au Stadium qui peut accueillir plus de 33 000 spectateurs (au lieu de 19 000 à Ernest Wallon). Manque à gagner en cas de huis clos : pas loin d' 1M d'€. Des recettes qui d’habitude sont un vrai bonus qui permet parfois de boucler la saison en équilibre.  

Même constat pour Éric de Cromières, président de Clermont : « En tenant compte du remboursement de nos partenaires (abonnés compris), toutes charges déduites, c'est une perte de 850 000 euros par match.» La plupart des présidents –dont Didier Lacroix- ne sont donc pas favorables au huis clos et demandent un report des rencontres ou un aménagement du calendrier.

Reporter des matchs ? Quasi impossible

Le calendrier est déjà très serré. Les deux derniers week-ends libres du 2 mai et du 23 mai sont réservés à la Coupe d’Europe… Pas sûr d’ailleurs que l’épidémie soit passée. Les demi-finales doivent se dérouler à Nice les 19 et 20 juin et la finale une semaine plus tard au stade de France. Pas facile donc de reporter des rencontres. Et terminer la saison au-delà du 30 juin est tout simplement impossible car les contrats de certains joueurs peuvent s’arrêter à cette date et les joueurs ne plus être dans le même club après.

Alors, certains présidents proposent de supprimer les barrages qualificatifs pour les demi-finales. D’autres demandent un gel du championnat jusqu'au 15 avril. Les trois journées de Top 14 prévues seraient rattrapées plus tard, avec des rencontres programmées en semaine. Ce qui se fait au foot mais pas sûr que les organismes soumis à rude épreuve au rugby bien plus qu’au foot supportent 2 matchs par semaine.

Dernier problème : le diffuseur historique Canal +. Il paie chaque saison 93 millions d'euros à la Ligue Nationale de Rugby. Priver ses téléspectateurs de rugby pendant au moins un mois n’est pas envisageable. Selon nos informations, Canal + aurait fait savoir aux clubs qu’il ne les suivrait pas en cas de report.

La LNR tranchera au plus tard lundi

La Ligue de rugby justifie le fait de n'avoir pas encore tranché car elle veut se donner du temps et mesurer l'impact des 2 scénarios : huis clos ou report. Si les huis clos ont été actés dans le foot sans trop de fracas, la décision est plus compliqué pour le rugby. Le foot vit grâce aux droits télés : 728 M d'€. Pour le rugby, ils ne sont que sont de 93 M d'€. L'assise financière n'est pas la même, les clubs sont moins riches et leur trésorerie plus dépendante de la billetterie. Selon le rapport du gendarme financier du rugby (DNACG), lors de la saison 2017-2018, les recettes de billetterie représentaient en moyenne 13 % des recettes totales des clubs de Top 14.

Les 30 clubs de Top 14 et Pro D2 continuent à échanger. Il n’est pas impossible qu’une solution soit trouvée avant la réunion prévue lundi à Toulouse.




 

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