Eau : le projet de Sivens toujours au point mort, les acteurs du dossier pointent du doigt le silence de l'Etat

A Sivens (Tarn), un an après l'annonce d'une solution "consensuelle", le projet d'alimentation en eau de la vallée du Tescou est toujours au point mort. Les besoins sont connus mais interprétés différemment par les différents acteurs de ce dossier. Tous attendent désormais une décision de l'Etat.
Les anti-barrage souhaitent que la zone humide située à Sivens (Lisle-sur-Tarn) soit préservée.
Les anti-barrage souhaitent que la zone humide située à Sivens (Lisle-sur-Tarn) soit préservée. © Emilie Cayre - MaxPPP
"Consensus !".  Septembre 2019, à la sortie d’une réunion du projet de territoire de la vallée du Tescou (Tarn), le mot était lâché voulant laisser croire au plus grand nombre à l’adoption rapide d’une solution dans ce dossier empoisonnant la vie de tout un territoire depuis de nombreuses années. Plus d’un an plus tard, le constat est sans appel : le projet n’a pas avancé.
 
Après s’être réjoui d’une prise de décision commune, Laurent Viguier, agriculteur et représentant de la Fdsea 81 au sein de l'instance, ne cache pas son amertume : "Le projet suit son cours. On continue la parlotte. Cela fait 6 ans que l’on discute et on n’a rien de plus". 
 
La réunion de septembre 2019 a abouti 8 mois plus tard à la publication d’un rapport d’étude évaluant les besoins en eau sur le bassin versant du Tescou dont les résultats n’ont pas été interprétés de la même façon par les environnementalistes et les agriculteurs. A la fin de l’été, 7 organisations écologistes proposent un scénario, aussitôt rejeté par Maryline Lherm, coprésidente du projet de territoire et représentante du conseil départemental du Tarn. Dans la Dépêche du Midi, datée du 17 septembre 2020, la maire de Lisle-sur-Tarn considère cette proposition "hors délai" et "non prévu par la charte".

L'Etat pointé du doigt

"La conseillère départementale estime que le temps des propositions est passé. Il y a urgence à travailler sur la faisabilité du projet. Et selon elle, le projet est celui qui a fait consensus en septembre 2019. Et notamment "la création d’un ouvrage sur le haut bassin du Tescou pouvant aller jusqu’à 1 million de m3". Pour l’élue départementale, les associations avaient réclamé une étude sur les besoins en eau, elle a été faite. "Maintenant, il faut que la préfecture valide le travail qui a été effectué. Le silence de l’Etat est dérangeant. Il faut maintenant se soucier de la vallée. Il ne faut plus perdre de temps" rapporte alors le quotidien local. Contactée à plusieurs reprises, Maryline Lherm n’a jamais répondu aux sollicitations de France 3 Occitanie.
 
Le président du conseil département du Tarn, Christophe Ramond, se fait quant à lui aussi très discret sur le sujet. A quelques semaines des élections départementales, le socialiste tente de gérer tant bien que mal ce dossier encombrant hérité de son prédécesseur, Thierry Carcenac. Le 2 octobre, dans un communiqué de presse, l’élu tarnais enjoint l’Etat à "ne pas demeurer éternellement dans le silence" et à prendre ses responsabilités : "Ne rien faire n’est pas la solution. On ne peut pas continuer à voir la vallée dépérir. Tous les habitants attendent une validation du projet de territoire. (…) le département du Tarn, acteur parmi les autres, a le sentiment que tout ce qui a pu être entrepris l’a été. Il est à présent temps de valider le contenu et les travaux de l’instance de co-construction".

Un accord sous conditions

Le message pourrait avoir été entendu. "Depuis deux semaines des discussions ont été engagées au sein du projet de territoire par l’intermédiaire de l’Etat, révèle Christian Pince du collectif du Testet. Il y a un point d’achoppement sur la question des besoins mais nous reconnaissons qu’il y a un problème de répartition. Il y a eu des interprétations et des analyses différentes ayant provoqué des incompréhensions. Il s’agit désormais de se comprendre". Le membre de l’association assure qu’un "pas a été fait" en direction des agriculteurs "Nous avons mis les choses au clair. Il peut y avoir un accord sur des volumes d’eau stockés supérieurs à 200 000 m3 mais cette solution mis en œuvre devra respecter deux conditions : ne pas impacter les zones humides, dont celle du Testet et qu’il n’y ait pas de construction d’un barrage sur le site mais des retenues latérales."
 
Des propos qui font écho à ceux tenus dans la Dépêche du Midi par Philippe Jougla président de la fédération départementale des syndicats d’exploitants agricoles (FDSEA 81) du 26 octobre : "Nous n’avons aucun a priori ni idéologie sur le volume d’eau retenu. Mais il doit être respectueux des besoins et de la capacité du site". 
 
Etrangement, Laurent Viguier, du même syndicat agricole, affirme "ne pas être au courant de ces avancées" soulignant que les études réalisées "vont toujours dans le même sens : il y a de véritables besoins en eau". L’agriculteur retient surtout avoir "été condamné" pour avoir organisé une manifestation à Sivens le 3 octobre dernier afin de dénoncer l’absence de décision de l’Etat. L'Etat qui pour l'heure persiste dans son mutisme.
 
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