"Je ne comprenais rien, je prenais des coups", deux salariés d'une association d'aide aux prostitués violemment agressés

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Alors qu'ils pensaient venir en aide à une jeune prostituée, deux salariés de l'association toulousaine de santé communautaire Grisélidis qui suit les travailleuses et travailleurs du sexe, ont été agressés, le 17 mai, à Albi (Tarn) par des adolescents. June Charlot, l'une des victimes, témoigne.

"Je ne comprenais rien, je prenais les coups". June Charlot, responsable de projet pour Grisélidis, association toulousaine de santé communautaire venant en aide aux travailleuses et travailleurs du sexe, se remémore l'agression dont il a été victime. Elle a eu lieu le 17 mai, à Albi (Tarn), dans l'après-midi. Alors qu'il pensait rendre visite à une jeune travailleuse du sexe, accompagné de sa collègue infirmière Anna Lehmann, c'est en réalité un petit groupe de cinq ou six jeunes garçons qui les attendaient dans une impasse résidentielle. 

Un piège tendu

"Notre but, c'est de toucher des personnes éloignées des structures de soin" explique June Charlot. Ce mercredi après-midi, personne ne se présente à la permanence de l'association au CeGIDD (Centre gratuit de dépistage) d'Albi. June Charlot décide donc de procéder autrement, en allant chercher directement sur internet les personnes que l'association pourrait aider. Pour cela, il se connecte à un chat en ligne, sur lequel des travailleuses et travailleurs du sexe proposent leurs services.

Il rentre rapidement en contact avec une travailleuse du sexe de 18 ans. "Je lui présente l'association et lui propose de lui fournir des préservatifs". La jeune femme semble continuer de penser que June peut être un client potentiel. Les deux salariés décident tout de même de prendre la route pour rejoindre l'escort girl au point de rendez-vous qu'elle leur a indiqué. 

En arrivant, pas de jeune femme, mais un groupe d'adolescents, "entre quinze et dix-sept ans", à vu d'oeil. L'un d'entre eux ouvre la portière de June, qui conduisait, et dit : "C'est toi June ? C'est toi qui voulait me baiser ?". Sans attendre de réponse, les jeunes commencent à le frapper à l'intérieur de la voiture. "On a même pas eu le temps de comprendre ce qu'il se passait" explique June. Bloquée par le reste du groupe, alors qu'elle est au téléphone avec une de leur collègue avocate, Anna Lehmann tente pourtant de protéger son collègue et répète: "Je suis infirmière, on est une association, arrêtez"

Trois plaintes ont été déposées

Le passage à tabac se termine et les jeunes s'enfuient en courant, dérobant au passage trois téléphones aux deux salariés de l'association : deux professionnels et un personnel. Dans la foulée, ils en utilisent un pour se connecter sur le compte instagram de Grisélidis et poster une story, consultée par France 3. On peut y lire le message suivant : "vos mère les pute nique les lgbt niker tout".

Sous le choc, June Charlot peine à comprendre ce geste. "Dans leur tête, ils allaient chasser du client, du pédophile." Trois plaintes sont alors déposées, celle de June Charlot, d'Anna Lehman et de Grisélidis.

L'événement bouleverse le travail de l'association. "C'est la première fois depuis 20 ans d'existence que quelque chose comme ça arrive", souligne June Charlot. Résultat, "on ne fera plus de visites à domicile pour les personnes que l'on ne connaît pas". 

Pour June Charlot, cette agression est le fruit d'un manque d'accès à l'éducation sexuelle pour la jeunesse. Selon lui, "il y a un manque de moyens alloués" et cela s'ajoute à la "banalisation des idées réactionnaire et le réinvestissement des idées homophobes"

Cette agression intervient dans un contexte où le planning familial à Bordeaux en février et le centre LGBTI+ à Tours en mai ont été attaqués.

(par Apolline Riou)

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