C'est un épisode particulièrement gênant pour le maire de Gaillac (Tarn) Patrice Gausserand : selon nos révélations, le maire a fait pression sur les gérants d'un établissement de la commune pour les inciter à quitter les lieux, rachetés par une société... dont il est actionnaire !

En conférence de presse cette semaine, le maire de Gaillac a reconnu que "Le Comptoirs des Bastides", dont il est l'un des actionnaires, a bien racheté La Bodega en avril 2017.

Une conversation enregistrée

Maire ou actionnaire ? Malgré l'assurance de Patrice Gausserand sur ce point, la situation n'est pas aussi claire que veut bien le laisser paraître l'élu tarnais. Selon nos informations, après la vente des locaux de La Bodega au "Le Comptoir des Bastides", Patrice Gausserand a accompagné son associé, Pierre-Yves Olivier, lors d'un rendez-vous avec les gérants du bar, le 9 mai 2017 à 20h30. Le but : convaincre les locataires, dont le bail court jusqu'en 2021, de quitter les lieux le plus rapidement possible. Cette rencontre a été enregistrée à l'insu des nouveaux propriétaires. Un document sonore que nous avons pu consulter. 

Dès les premiers instants de cette conversation, Pierre-Yves Olivier présente sa démarche : "Comme vous le savez j’ai racheté le bâtiment, pour en faire un restaurant. Patrice (Gausserand) peut vous l'expliquer. On ne va pas revenir dessus. Moi, je dois faire mon truc. Vous vous devez faire le votre. Moi ce que je vous propose, c’est que vous terminiez votre saison. A la limite je vous fais cadeau du loyer. Par contre, il vous faut partir en septembre pour que je puisse commencer mes travaux. (...) Que cela vous laisse le temps de trouver un autre local."

"Si j’avais voulu fermer l’établissement, cela fait longtemps qu’il serait fermé" menace le maire-actionnnaire

Les trois gérants de La Bodega présents refusent le cadeau des loyers et demandent à prendre le temps de la réflexion pour donner une réponse. Patrice Gausserand prend alors la parole "Si j’avais voulu fermer l’établissement, cela fait longtemps qu’il serait fermé. (…) Entre les plaintes que j’ai reçu, la préfecture, la gendarmerie, entre le bruit, le coup de la licence, cela me prend 3 minutes pour vous fermer." Le maire se fait alors conciliant. "Je ne l’ai pas fait, non pas parce que je vous apprécie ou quoi que ce soit, on ne se connait pas. Je ne l’ai pas fait parce c’est bon dans la ville si vous étiez les seuls hors la loi, il y en a beaucoup qui fermeraient."


"La décision, on la veut maintenant"

Les échanges s'orientent alors sur la possibilité de trouver de nouveaux locaux pour l'établissement sur Gaillac. Les patrons de La Bodega expriment les difficultées dans leurs recherches notamment en raison de prix jugés trop élevés.  
Patrice Gausserand avance deux trois solutions puis s'engagent  "Je vais vous dire quelquechose. Pierre-Yves Olivier est mon ami. On se connait depuis longtemps. Le problème n’est pas là. Moi je vous aiderais pour trouver quelquechose. Je ne sais pas où. Je ne sais pas comment. Je commence à chercher à droite et à gauche.(...) Vous cassez le bail au 1er septembre. En contre partie vous avez la gratuité des loyers. Moi, je m’engage à trouver une solution dans cette affaire. On prend un peu de temps, on prend la bagnole, on tourne dans Gaillac, on regarde, on part tous les quatre, on note et après moi derrière j’essaie de voir. Il (Pierre-Yves Olivier) n’engage pas de procédure. Ça passe sous huissier, etc, et basta ! (…) Si vous dites non, qu’est ce qu’il va faire ? Il va demander la résiliation du bail, parce que le titre n’y est pas. Il va se retourner contre la mairie, en disant que vous avez un locataire qui exploite un bar sans autorisation et cela va partir en jus de chaussette. (…) La décision, on la veut maintenant."

Pierre-Yves Olivier s'adresse à lui : "- Tu n’as pas des locaux municipaux qui sont vides ? - Patrice Gausserand lui répond : Je cherche, non, non, non, Y en a des locaux mais c’est compliqué…"

Face à ces éléments, Patrice Gausserand s'emmêle dans ses explications (vidéo ci-dessus) : 

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Un élément de plus dans le dossier des contradictions de Patrice Gausserand. Le maire de Gaillac est en affaires avec des investisseurs chinois. Une proximité qui pose questions au moment où la commune investit de l'argent public dans des évènements liés à la Chine, notamment le Festival des Lumières qui aura lieu à l'automne. 

Preuve supplémentaire du malaise. Le conseil municipal de Gaillac devait voter mardi 19 septembre une délibération permettant la vente des réserves du musée de la commune, situées dans les caves du batîment de La Bodega, à Pierre-Yves Olivier et son épouse, amis et associés du maire dans la société "Le Comptoir des Bastides". Une délibération qui a été retirée au dernier moment, suite aux révélations de la Dépêche du Midi. Dans l'après-midi Patrice Gausserand avait avoué que si cette délibération avait été maintenue, il n'aurait pas pris part au vote. S'il l'avait fait, l'élu de Gaillac s'exposait à des poursuites pour prise illégale d'intérêts