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Réduire l'enfouissement des déchets dans le Tarn : la facture à 65 millions d'euros qui fait grincer des dents

Tarn : Trifyl prêt à investir 65 millions d'euro pour sa transformation
La LTE, loi de transition énergétique, va changer totalement la donne dans le traitement des déchets d'ici 2020. Pour y répondre, l'établissement public du Tarn, Trifyl, est prêt à investir 65 millions d'euros dans une nouvelle usine de traitement. Un choix contesté.  - Sylvain Duchampt

La LTE, loi de transition énergétique, va changer totalement la donne dans le traitement des déchets d'ici 2020. Pour y répondre, l'établissement public du Tarn, Trifyl, est prêt à investir 65 millions d'euros dans une nouvelle usine de traitement. Un choix contesté.

Par Sylvain Duchampt

"A partir de 2020, l'objectif de la loi de transition énergétique (LTE) prévoit une réduction de 30 % des quantités de déchets à enfouir. Un chiffre qui passe à 50 % dès 2025 !"  Le président de Trifyl expose lui même les nouvelles régles du jeu. Un coup dur pour Jean-Marc Pastor et pour l'établissement public tarnais spécialisé dans la valorisation des déchets qu'il préside depuis près de 20 ans maintenant. 

Actuellement, Trifyl enfouit, dans son bioréacteur de Labessière Candeil, 98 % des déchets ménagers provenant de 331 communes du Tarn, de l'Hérault et de la Haute-Garonne, soit près de 180 000 tonnes.
Pour atteindre les objectifs fixés par la LTE, d'ici dix ans, l'installation ne sera autorisée à en accueillir que 50 000 tonnes.

Un modèle économique en danger

"Avec de tels chiffres, l'outil bioréacteur ne sera plus viable" se désole-t-on à Trifyl. Car qui dit moins de de déchets à Labessières Candeil dit moins de méthane pour produire de l'électricité vendue par le syndicat mixte  à ERDF.
L'ancien sénateur du Tarn, Jean-Marc Pastor assure avoir anticipé ces évolutions en organisant depuis 2 ans une large concertation avec les acteurs du département sur le sujet. Rien ne serait définitivement arrêté : "les analyses technico-économiques sont en cours avec l'objectif d'un process alternatif performant au coût maitrisé. La recherche de financements extérieurs est engagée, ainsi qu'une réflexion d'un montage juridique garantissant le service public pour l'avenir".

Un investissement de 65 millions d'euros 

En réalité, les grands axes sont déjà connus. Trifyl souhaite créer une société d'économie mixte pour exploiter une nouvelle usine de traitement de déchets d'un montant avoisinant les 65 millions d'euros.
Comme indiqué dans un document interne, même si ce type d'installation n'est pas préconisé par la Loi de Transition Energétique  et que l'agence de l'environnement et de la maitrise d'énergie (ADEME) indique leur déclin, le choix de Trifyl s'est porté sur une usine de tri-méthanisation. Une solution qui permettrait de ne pas trop impacter les contribuables. Aujourd'hui, la valorisation des déchets par Trifyl coûte à un habitant de l'agglomération de Castres-Mazamet, 100 euros. 
Le syndicat mixte du Tarn, Trifyl, a fait le choix de construire une usine de traitement mécano-biologique de déchets et a écarté l'incinération. / © France 3 Midi-Pyrénées
Le syndicat mixte du Tarn, Trifyl, a fait le choix de construire une usine de traitement mécano-biologique de déchets et a écarté l'incinération. / © France 3 Midi-Pyrénées

Création d'une société d'économie mixte 

Avec cette nouvelle usine de traitement, le syndicat espère qu'en 2020 ce montant se situera entre 110 et 120 euros (estimation qui ne prend pas en compte la Taxe générale sur les activités polluantes actuellement de 14,06 euro la tonne et qui pourrait atteindre les 48 euros la tonne en 2025). Le projet a convaincu la communauté d'agglomération de l'Albigeois. Aujourd'hui simple cliente de Trifyil, la collectivité est prête à rentrer au capital de la société d'économie mixte, nommé "Trifyl industries." "Nous travaillons aussi avec la Caisse des dépôts et consignations et la Caisse d'épargne" assure Jean-Marc Pastor. 

L'opposition de Castres-Mazamet

Face à la presse, la présidence de Trifyl entretien volontairement le flou sur l'évolution de ce dossier, très sensible, laissant planer le doute sur l'investissement et la création de la SEM. Car depuis plusieurs mois, un homme s'oppose aux choix du syndicat mixte : le président de la communauté d'agglomération de Castres-Mazamet, Pascal Bugis. Le maire de Castres juge la démarche "précipitée" pouvant faire subir à ses adhérents "des risques techniques et financiers démesuréés au regard des contraintes législatives et réglementaires". Il a d'ailleurs saisi le tribunal administratif et la préfecture du Tarn afin de stopper toutes ces évolutions. Sans succès.
Le président de l'agglomération Castres-Mazamet, Pascal Bugis, s'oppose aux orientations de Trifyl, depuis plusieurs mois. / © France 3 Midi-Pyrénées
Le président de l'agglomération Castres-Mazamet, Pascal Bugis, s'oppose aux orientations de Trifyl, depuis plusieurs mois. / © France 3 Midi-Pyrénées

"Une augmentation de 20 % pour le contribuable" 

Jean-Marc Pastor tente de calmer de jeu : "cela fait parti de la démocratie. Soyons ouvert. Nous le savons tous très bien. Dans la démocratie, chacun à sa lecture des choses. J'ai suffisament d'expérience pour ne pas m'affoler par rapport à ça. Cela reste dans un créneau de la démocratie." Mais le président de Trifyl souligne dans la foulée : "Il y a aussi des réalités ! Est ce qu'en 2020, on sera capable de proposer autre chose que le bioréacteur ? Si l'on ne propose pas autre chose que le bioréacteur, là le contribuable va avoir une augmentation de 20 %!".

Jean-Marc Pastor prêt à tout pour garder son poste ?

"Jean-Marc Pastor n'a plus aucun mandat. S'il veut créer une société d'économie mixte, c'est aussi pour conserver la tête de Trifyl ! "  Sous le manteau et sous le sceau de l'anonymat, beaucoup d'élus tarnais ne cachent pas leur agacement sur la situation au sein du syndicat mixte.
Elu sans discontinuité depuis 1977 dans le Tarn, Jean-Marc Pastor n'est plus élu nulle part depuis maintenant deux ans. Ce qui ne l'empêche pas d'avoir conservé la présidence comme "personne qualifiée" de l'établissement public, qu'il a lui même créé en 1999. La pratique est légale mais à 66 ans et désormais sans mandat, l'ancien sénateur socialiste tarnais est fragilisé et contesté. Ses opposants le soupçonne de vouloir profiter de la loi de transition énergétique pour créer une société d'économie mixte pour conserver son poste. "Dans le même temps, c'est le seul élu compétent et écouté à Paris dans le domaine des déchets" argumente l'un de ses soutiens. 
Sollicité de longue date sur ce sujet, le président de Trifyl a pris le temps de préparer sa réponse dans sa plus belle langue de bois : "Trifyl dès le départ s'est positionné non pas dans une lecture fermée mais d'ouverture au maximum de partenaires. Nous avons des représentants du mouvement écologiste. Nous avons des représentants des sociaux professionels. Nous avons des représentant de la Région. Tous ces partenaires n'interviendraient pas si c'était un syndicat fermé et c'est à ce titre là que je me trouve être président-fondateur. Alors vu mon âge et vu mon expérience, je vous promets. Je ne reste pas 20 ans de plus."

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