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EN VIDEO : Montebourg défend sa politique face aux startups et entrepreneurs du monde entier au Web'13 Paris

Le ministre du redressement productif est venu débattre au Web'13 Paris avec des entrepreneurs loin d’être acquis à sa cause. Au programme : la flexibilité de l’emploi, les véhicules de tourisme avec chauffeur, l’affaire Dailymotion et la loi de programmation militaire. Le replay.
© OC / francetv
Notre ministre du redressement productif Arnaud Montebourg a osé se présenter devant un parterre de jeunes entrepreneurs, et s’exprimer en anglais pendant quasiment toute la conférence. 

>> Revoir la conférence avec Arnaud montebourg en intégralité :
@Montebourg @leweb13 Paris
Le ministre s’est montré agressif et percutant, même si cela ne lui a pas évité d’être chahuté par les questions de la salle et des deux entrepreneurs venus débattre avec lui : Jeff Clavier et Fabrice Grinda. Retour sur les points abordés par Arnaud Montebourg.

Le frein à la flexibilité des start-ups


La remarque est lancée par Fabrice Grinda : « Si jamais je veux monter une start-up, je veux pouvoir engager très vite, mais aussi virer des gens rapidement lorsque je perds de l’argent. Or en France, si je veux virer un employé, ça va prendre 18 mois environ. »

Le reproche est clair : la France n’offre pas assez de flexibilité à ses start-up, qui en ont pourtant le plus besoin. Et la réponse du ministre fuse : « Ici, on n’est pas en Californie ! On a une tradition d’aider les gens et les protéger. Au final, vous [outre Atlantique] avez des solutions différentes que nous, mais pour un même problème ». Pour Arnaud Montebourg, la solution pour plus de flexibilité doit être trouvée « en accord avec les partenaires sociaux », par le dialogue. Autant dire que cela prend du temps, et que réussir à satisfaire tout le monde est plus que compliqué.

Les taxes imposées au start-ups


Selon Arnaud Montebourg, les start-ups sont soumises à approximativement le même pourcentage de taxes en France qu’en Californie. « 25% dans l’hexagone, 23-24% en Californie ». « C’est faux ! » hurle un homme dans le public. Tout le monde l’entend, personne ne le relève. Jeff Clavier et Fabrice Grinda continuent toutefois de titiller le ministre du redressement productif sur les impôts auxquels sont soumises les jeunes entreprises. Bim : le ministre sort sa carte « 6 milliards d’euros » accordés à travers le crédit impôt recherche.

Dans le public, quelqu’un se lève pour expliquer qu’avec son entreprise, il y a 5 ans, il a touché le crédit impôt recherche, mais qu’aujourd’hui on lui demande d’en rembourser une partie. Arnaud Montebourg répond simplement : « Oui, on a des problèmes sérieux concernant ça, on le sait. On travaille dessus. »

Le combat des taxis contre les Véhicules de Tourisme avec Chauffeur


Il y a deux jours, Travis Kalanick, le fondateur de l’application Uber, qui propose des Véhicules de Tourisme avec Chauffeur (VTC) à travers le monde, s’indignait sur scène. Il y expliquait combien la proposition de loi du gouvernement, qui souhaite forcer ses véhicules à attendre 15 minutes avant de prendre en charge un client, était incompréhensible.

Interrogé sur ce sujet aujourd’hui, Arnaud Montebourg a tenté d’expliquer la politique du gouvernement : « Les gens n’arrivent pas à accepter les changements quand ils sont trop rapides. Les taxis sont des professionnels indépendants. Est-ce qu’on les protège trop ? C’est un arbitrage à faire, il faut trouver le bon équilibre. Ces 15 minutes d’attente sont une bonne solution équilibrée. »

Le cas Dailymotion


En mai 2013, on apprenait que le gouvernement s’était opposé au rachat de Dailymotion par Yahoo, qui souhaitait racheter à France Télécom-Orange  au moins 75% du capital de sa filiale Dailymotion.  Arnaud Montebourg avait refusé, poussant certains à se demander ce n’était qu’une décision pour améliorer l’image du gouvernement, dans le but de « garder pour lui » une « pépite française ».

Le ministre s’en défend avec intensité : « c’est notre souveraineté, que de choisir si on veut signer un deal ou pas. Comme le président des Etats-Unis aurait le droit de le faire si, par exemple, Dubai essayait d’acheter ses ports ! » Et Arnaud Montebourg d’avancer des arguments plus économiques pour convaincre un public pas vraiment acquis à sa cause : « On a proposé un deal à 50-50, alors qu’ils voulaient manger complètement Dailymotion. Aujourd’hui, Orange a investi 30 millions dans Dailymotion, et ils se font des nouveaux partenaires. Pas Yahoo, mais des autres partenaires tout aussi intéressants. »

Les lois de programmation militaire


C’est le gros point faible de cette séance. Guillaume Buffet, membre du think tank Rennaissance Numérique, apostrophe le ministre sur la loi de programmation numérique qui a été votée en première lecture par le Parlement il y a quelques jours. Son article 13 permettrait notamment à des ministères, à la police et la gendarmerie à accéder à des données privées sur Internet sans avoir à recourir à un juge, dans le cadre de la lutte contre le terrorisme ou la criminalité.

Arnaud Montebourg, jusque là bilingue en anglais, a choisi de répondre en français, de manière à la fois longue et peu claire. Son argument principal : « Comme nous avons calqué ce nouveau système d’écoute sur le système d’écoutes téléphoniques, passé en 2006, il n’y a pas de problème. Car le conseil constitutionnel a jugé ce système de 2006 légal. Et comme on est calé dessus, c’est également légal ». Et le ministre de préciser que « ce n’est pas un policier lambda qui pourrait déclencher ces écoutes mais une autorité attachée au premier ministre ».

Toujours est-il que ce système inquiète. Pour Renaissance Numérique, « cette loi réduit Internet à une zone où sont foulés aux pieds les principes démocratiques et la vie privée de chacun. »
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