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La police, actrice de la libération de Paris... et de la rafle du Vel'd'Hiv'

Arrestation de Juifs à Paris par des policiers français pendant la rafle du billet vert du 20 août 194.
Arrestation de Juifs à Paris par des policiers français pendant la rafle du billet vert du 20 août 194.

La commémoration du soulèvement de la police parisienne lors de la libération de Paris, il y a 70 ans, masque son rôle trouble sous l'Occupation, notamment sa participation à la rafle du Vel'd'Hiv'.

Par ET/AFP

Les 16 et 17 juillet 1942, la police française, à la demande des Allemands, arrête 13.000 Juifs dans la capitale. Une page noire qu'elle a, encore aujourd'hui, "bien du mal à affronter", selon un haut fonctionnaire policier. Pour autant, le rôle moteur de la police dans la libération de Paris est indéniable.

Le 19 août 1944, au lendemain d'une réunion entre les trois mouvements de résistance au sein de la police, près de 3.000 policiers en civil, en grève depuis quatre jours, se positionnent devant la caserne de la Cité vers 6h du matin. Ils investissent les lieux après avoir négocié avec les gendarmes mobiles qui occupent la préfecture depuis le 15 août, séquestrent le préfet de police et hissent le drapeau français.

"Les policiers ont pris tout le monde de vitesse, y compris le Comité de Libération de Paris, qui a dû s'adapter", assure l'historien Jean-Marc Berlière, auteur notamment de 'Policiers français sous l'Occupation'.

Pendant une semaine, des combats acharnés contre les Allemands dans la capitale vont coûter la vie à 167 policiers. Une des salles de réception de la préfecture de police (PP) a été baptisée 'salle des 167' en leur mémoire. Cet épisode est chaque année célébré, une commémoration qui fonctionne "un peu comme une mémoire écran, une manière d'occulter la rafle du Vel'd'Hiv'", estime Jean-Marc Berlière.

Schizophrénie de la mémoire policière

L'armistice signé en 1940 oblige la police française à exécuter les ordonnances de la puissance occupante. La police du gouvernement de Vichy devient ainsi un bras armée des Allemands. Quand les Allemands ordonnent le recensement des Juifs, Vichy charge la police de les enregistrer. La PP va constituer un fichier juif "qui fait l'admiration des Allemands" par sa précision, explique-t-il.

Lors de la rafle du Vélodrome d'Hiver, le nombre des personnes arrêtées est cependant bien inférieur aux attentes des Allemands "qui tablaient sur 22.000", note l'historien. Des fuites dans la police ont permis à beaucoup d'y échapper. Et si la police française a collaboré, de confidentiels mouvements de résistants ont su émerger en son sein, et de nombreux policiers ont adhéré à des réseaux en dehors de la police, une démarche a priori moins risquée.

Mais l'institution a là-encore eu du mal à célébrer ces policiers résistants. "Le problème d'un policier résistant, c'est qu'il représente quelqu'un qui désobéit, et dans une telle institution, régie par l'ordre et l'obéissance, il est difficile de le mettre à l'honneur", résume Jean-Marc Berlière.

Cette schizophrénie de la mémoire policière apparaît clairement dans la cour du 19 août de la PP, où deux monuments aux morts se côtoient. L'un liste les noms de policiers morts lors des combats de la Libération, l'autre certains noms de policiers tués par des résistants pendant la collaboration.

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