Une ex-compagne d'un haut dirigeant ivoirien jugée pour “traite d'êtres humains”

Trois mois de prison avec sursis et 5.000 euros d'amende ont été requis lundi à Nanterre à l'encontre d'une ex-compagne de Guillaume Soro, président de l'Assemblée nationale de Côte d'Ivoire, qui comparaissait notamment pour "traite d'êtres humains".

Par ET/AFP

Mme S., Burkinabè de 34 ans, était jugée par la 17e chambre du tribunal correctionnel pour avoir employé deux gardes d'enfants en région parisienne avec des horaires éreintants et contre une rémunération misérable, lors de plusieurs séjours entre 2007 et 2010.

Le procureur, Sébastien De La Touanne, n'a pas suivi les demandes du conseil des deux parties civiles, qui avait cité cette femme à comparaître pour "traite d'êtres humains" et demandé une condamnation en conséquence. Il a dénoncé en revanche une "atteinte à la dignité humaine", des "conditions de travail indignes" et "une rétribution insuffisante", et requis une contravention de 300 euros pour "emploi d'étranger sans titre".

Aujourd'hui domiciliée à Courbevoie, dans les Hauts-de-Seine, Mme S. venait à l'époque en France pour soigner son petit garçon atteint d'hémophilie, né en 2006 de son union avec Guillaume Soro, alors Premier ministre ivoirien. Deux jeunes femmes burkinabè resteront respectivement six mois (d'avril 2007 à août 2008) et treize mois (d'octobre 2008 à mars 2010) aux côtés de l'enfant à l'occasion de différents séjours.

Mais au lieu de ne s'occuper que du jeune malade, les jeunes filles ont raconté à la barre avoir dû faire le ménage, les courses, les repas, de l'aube à 22 ou 23 heures, parfois sous les "insultes". Les deux femmes - l'une assistée d'un traducteur - ont expliqué n'avoir eu aucun jour de congé, vu leurs passeports mis de côté par leur exployeuse et n'avoir été rétribuées, en moyenne, que 45 euros par mois, auxquels s'ajoutaient parfois des primes.

Elles avaient finalement pris la fuite, en 2008 et 2010, et s'étaient adressées au Comité contre l'esclavage moderne qui avait signalé leur cas à la justice. "Elle a voyagé en business-class, comment peut-on dire qu'une esclave voyage en business-class?", a ironisé Mme S. à la barre, en allusion à ses voyages réguliers entre le Burkina Faso et la France réalisés en compagnie des deux "employées".

"C'était certes un travail lourd, mais ce n'était pas de l'esclavage", a plaidé Me Jean-Paul Benoît, avocat de la prévenue, demandant un simple rappel à la loi et assurant que l'argent dû à l'Urssaff lui serait versé. Le tribunal a mis sa décision en délibéré au 6 octobre.

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