Boulevard de la Seine

Boulevard de la Seine, c'est l'émission qui nous embarque sur la Seine, à bord d'un Bateau-Mouche, chaque samedi, à 11 heures 25.
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Boulevard de la Seine avec Christophe Barbier

© Y. Aboudou
© Y. Aboudou

C'est Christophe Barbier qui embarque avec Wendy cette semaine

Par Magalie Cheveraux

Christophe Barbier l'éditorialiste à l'éternelle écharpe rouge a toujours concilié ses deux passions, le théâtre et la politique. Le théâtre comme acteur, auteur et metteur en scène. La politique comme journaliste et éditorialiste.

Comédien et concepteur de Moâ, Sacha ! il racontera sa passion pour Guitry.

L'histoire
Accusé Guitry, levez-vous ! En août 1944, Sacha Guitry se retrouve dans le bureau d’un juge. Il ne s’agit pas seulement de l’interroger sur sa conduite  pendant la guerre, mais bel et bien de retracer toute son existence. Son père, ses personnages, ses héroïnes... D’ailleurs, elles sont là, ses femmes, toutes ses femmes, côté cour et côté jardin. Et puisque tout est théâtre dans sa vie, cet individu est-il bien ce qu’il prétend être ? Derrière l’auteur Guitry, quel est  l’homme Sacha ?
 

Entretien avec Christophe Barbier

Quel est votre lien avec Sacha Guitry ? Qu’est-ce qui vous attire chez lui ?

J’ai découvert Sacha Guitry assez tard, à l’adolescence, par le biais du cinéma. Les versions filmées de ses pièces, notamment Faisons un rêve, avec Raimu et la divine Jacqueline Delubac, mais aussi Le Roman d’un tricheur ou les grands films historiques. J’étais  fasciné par la force d’un cinéma où les mots ont tant d’importance, mais où aucun des codes de l’image n’est oublié : les travellings, le cadrage, la lumière, le montage, jusqu’au générique, tout était réinventé par Sacha. C’est ensuite que j’ai exploré son oeuvre  purement théâtrale, et admiré la puissance jubilatoire de ses mots d’esprit. Guitry, c’est d’abord cela : l’esprit français, c’est-à-dire le bonheur d’être cruel, séducteur, redoutable ou persuasif par le seul jeu des mots. Guitry, c’est aussi l’art de transformer un dictionnaire en palette de peintre. Car ce qui m’attire le plus chez lui, c’est sa capacité à explorer l’être humain, ses turpitudes, ses secrets, ses états d’âme. Le monde de Sacha Guitry, c’est l’Homme... et surtout la Femme !

Pourquoi avez-vous choisi de l’aborder par le biais d’un procès ? Voulez-vous réhabiliter une image qui vous semble abîmée par l’Histoire ?

Oui. Par l’Histoire et par les poncifs, les idées reçues. Les ennuis de Sacha Guitry en 1944 inaugurent son crépuscule, mais ils sont aussi la mise en accusation de ces années qu’on a appelées Folles. La légèreté, la liberté de moeurs, l’esprit de fête, l’insouciance, le  brillant sont devenus suspects. Après quatre ans d’Occupation, le bonheur est une idée louche en France. Beaucoup de gens, aujourd’hui encore, s’interrogent : Sacha a-t-il été « collabo » ou, au contraire, victime d’une cabale ? Sa mise en accusation était-elle une  affaire de justice ou de jalousie ? Par ailleurs, j’y adjoins le vrai procès de Sacha, celui que lui intentent souvent les femmes : cet homme aux cinq épouses était-il misogyne ? Là aussi, il faut, par son oeuvre, rétablir l’ambivalente vérité...

Comment avez-vous choisi les extraits des oeuvres que vous présentez, et quelle est votre part d’intervention personnelle dans ce spectacle ?

J’ai puisé d’abord dans les pièces que j’aime, j’ai choisi les extraits que j’admire, les scènes que j’ai toujours rêvé de jouer et que parfois, j’ai eu le bonheur de jouer… Une lettre bien tapée, Une paire de Gifles, Quadrille... Je cite aussi les pièces maîtresses de  l’oeuvre de Guitry, celles où sa philosophie de la vie, de l’amour, de la civilisation donne une dimension supplémentaire à son style. Il en est ainsi de N’écoutez pas Mesdames ou de Mon père avait raison. J’ai, enfin, fait une place à des pièces méconnues, parfois  graves, dures, sombres, comme Françoise ou Un sujet de roman, parce que le théâtre de Sacha Guitry ne se résume pas au mari cocu, à l’amant spirituel et à la femme audacieuse. Dans son oeuvre, il y a aussi une morale, celle d’une lucidité implacable, mais qui 
ne doit jamais empêcher d’être heureux. Tous ces extraits sont comme des perles précieuses ; moi, j’ai simplement tissé le fil, l’histoire que raconte la pièce, en puisant aussi dans les innombrables pensées, réflexions et aphorismes de Sacha. Et puisqu’il a mis son  propre personnage dans ses pièces, je me suis permis d’en faire autant...

Comment répondez-vous au procès en désuétude fait aujourd’hui à Guitry ?

La splendeur du style, le brillant de gemme de ses mots d’esprit, l’exploration de la nature humaine - le désir, la passion, la jalousie, la cupidité... - sont indémodables. Et s’il existe, l’éternel féminin, comme son nom l’indique, ne peut se faner. A l’image de l’immarcescible beauté des héroïnes de Guitry.

Quels sont vos personnages préférés de l’oeuvre de Sacha ? Vous reconnaissez-vous en certains d’eux ?

N’y a-t-il pas qu’un seul personnage dans son oeuvre, lui-même ?... Néanmoins, j’ai une affection particulière pour les domestiques, toujours subtils et perspicaces. Désiré, que Sacha a incarné, ou bien le majordome du Nouveau Testament, où encore toutes ces  femmes de chambre culottées et sagaces auxquelles Pauline Carton a prêté son génie. Quant à moi, je pense être définitivement le héros de Faisons un rêve. Qui n’a pas de nom et s’appelle simplement Lui...

(Propos recueillis par Stéphanie Tesson)

Moâ, Sacha ! 
D’après l’oeuvre de Sacha GUITRY
Spectacle conçu par Christophe BARBIER
Avec
Chloé LAMBERT
Christophe BARBIER
Pierre VAL

Assistant à la mise en scène, Arthur CRUSELLS

Du 17 avril au 10 juillet 2019 au théâtre de Poche Montparnasse 



 

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