Essonne : un jeune homme de 19 ans porte plainte pour "actes de tortures" au commissariat de Juvisy

Publié le Mis à jour le
Écrit par Elie Saïkali et France-Info

Une plainte pour "actes de torture" commis par des policiers a été déposée au tribunal judiciaire d'Evry dans l'affaire des accusations de violences policières au commissariat de Juvisy-sur-Orge.

Cette plainte avec constitution de partie civile contre X pour "actes de torture commis par personnes dépositaires de l'autorité publique, en réunion, avec usage d'armes" et avec la circonstance aggravante du mobile raciste a été envoyée mardi au doyen des juge d'instruction du tribunal d'Evry. Ce type de plainte permet d'obtenir la désignation quasi automatique d'un juge d'instruction, statutairement indépendant.

Un jeune homme de 19 ans dénonce dans la nuit de lundi à mardi, au micro de franceinfo "de la torture" de la part de policiers du commissariat de Juvisy-sur-Orge (Essonne), lors de sa garde à vue.

Les faits remontent à la nuit du 9 au 10 mai. Mahedine Tazamoucht a passé la soirée avec deux copains à écouter de la musique et à boire des verres dans la voiture de l'un d'eux sur un parking à deux pas de son domicile. Il rentre chez lui vers 3h du matin.

Ne trouvant pas ses clefs, il revient à la voiture. Entre temps, trois policiers sont arrivés, ont contrôlé ses amis. Les fonctionnaires le menottent au sol, lui ôtent ses chaussures et lui pulvérisent le visage de gaz lacrymogène, sans lui avoir signifié de contrôle, selon le jeune homme. Selon la plainte consultée par l'AFP,  il accuse trois policiers de l'avoir notamment "projeté violemment au sol" et d'avoir utilisé une bombe lacrymogène "au niveau du visage", entraînant de "graves difficultés respiratoires", dès l'interpellation.

"Coups de taser"

Dans le véhicule, un fonctionnaire aurait tenu ensuite des propos racistes, comme "bougnoule" et "sale arabe"", assure le jeune.

Au commissariat, le jeune électricien est menotté sur une chaise et reçoit, selon ses dires, "des coups à répétition au visage". Il crache alors "beaucoup de sang". "Ils me marchaient sur les pieds avec leurs bottes" ajoute-t-il.

Il reçoit "des coups de pied avec la pointe de leurs chaussures au tibia". Mahedine raconte avoir eu "mal aux mains à cause des menottes qui étaient serrées jusqu'au sang". "C'était de la torture, c'était des coups gratuits."

Je suis encore sous le choc. Je suis marqué partout au visage. Je n'entends plus de l'oreille. J'ai un hématome du tympan.

Mahedine, 19 ans

Le jeune homme témoigne encore de "coups de taser au bras, dans le cou". Il dit avoir pleuré de douleur et être "tombé inconscient". Un policier, inquiet, ne le voyant plus bouger lui a touché le pouls avant de le jeter en cellule.

"Je suis encore sous le choc. Je suis marqué partout au visage. Je n'entends plus de l'oreille. J'ai un hématome du tympan", détaille Mahedine. Lui qui n'arrive plus à trouver le sommeil se demande "pourquoi" cette violence. "Il n'y a aucune raison apparente, si ce n'est mon visage qui ne leur a pas plu."

"Que justice soit faite"

Après ces soupçons de violence, le parquet d'Evry a ouvert lundi une enquête préliminaire. L'IGPN, la police des polices, est chargée d'enquêter sur les faits et devrait entendre prochainement les fonctionnaires mis en cause.

Mahedine est sorti de garde à vue sans que lui soit signifiées de poursuites et espère "que justice soit faite". "Ces policiers-là ne peuvent plus travailler dans ce métier, ce n'est pas possible", s'indigne le jeune homme.

Le jeune homme a obtenu quatre jours d'ITT (incapacité totale de travail) à la suite d'un examen médical réalisé au cours de sa garde à vue. Une trentaine de lésions sur le corps avaient également été notées.

"De 1986 à 2022, rien n'a changé", a réagi son avocat Me Arié Alimi, faisant référence à l'affaire Malik Oussekine, matraqué à mort par des policiers. "On torture dans les commissariats de la République, et on se le permet sur les Arabes parce que pour eux les Arabes sont des sous-hommes", a-t-il lancé. Selon la plainte, son client a subi "incontestablement des violences d'une telle intensité qu'elles caractérisent le crime de tortures", commises par des policiers, ajoute Maître Arié Alimi.