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Un fait divers s'invite dans la campagne

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Policiers, magistrats et politiques sont troublés par l'inculpation d'un policier en Seine-Saint-Denis

Par Christian MEYZE

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Un appel à ne plus faire d'interpellations

Des policiers en colère de Seine-Saint-Denis ont appelé jeudi leurs collègues en France "à ne plus faire d'interpellations" afin "de se faire entendre" après la mise en examen, la veille, de leur collègue ayant tué un délinquant multirécidiviste lors d'une interpellation dans ce département.

Le message a été reçu jeudi par plusieurs policiers, sur leur téléphone portable notamment, a-t-on appris auprès de certains d'entre eux.

Il s'agit d'un "appel", est-il expliqué, afin de "ne plus faire d'interpellations" - notamment celles visant les étrangers en situation irrégulière - ni de contraventions.

L'"appel" est signé d'un "collectif" de policiers en colère de Seine-Saint-Denis, dont il est difficile de mesurer l'audience et qui échappent à toute emprise syndicale, ont indiqué ces sources.

Lors de la manifestation, une délégation des trois syndicats de gardiens de la paix a été reçue dans la soirée de mercredi, au ministère de l'Intérieur.

C'est logiquement Claude Guéant, le Ministre de l'Intérieur, qui a réagi en premier:

"Je comprends l'émotion des policiers de Seine-Saint-Denis, qui exercent un métier d'une extrême difficulté. Il appartient à la justice de faire la lumière sur ce qui s'est passé", a déclaré le ministre dans un communiqué.
"Le policier mis en examen bénéficie naturellement de la présomption d'innocence et se verra accorder le soutien juridique de l'administration".

Mais très vite, dans la nuit, c'est l'UMP, par la voix de son secrétaire national Bruno Beschizza qui assurait de "son soutien aux policiers de la Seine-Saint-Denis après la mise en examen de leur collègue pour homicide volontaire, une qualification qui, selon lui, "peut apparaître incompréhensible dans le cadre de l'interprétation de la légitime défense".
"Certains juges, quand ils ont face à eux certains policiers, oublient le principe de présomption d'innocence pour n'appliquer que la présomption de culpabilité", poursuit M. Beschizza, ajoutant que "le scandale en Seine-Saint-Denis, ce sont les voyous qui bénéficient trop souvent, eux, de la culture de l'excuse".

                                 RECUPERATION POLITICIENNE

Des propos qui déclenchent évidemment une réaction des magistrats. Le président de l'Union syndicale des magistrats (USM, majoritaire), Christophe Régnard, a regretté  la nouvelle polémique police/justice déclenchée par la mise en examen du policier.
"Je ne comprends pas cette polémique, ou plutôt je ne la comprends que trop. C'est
un grand classique".
Dans le contexte électoral de l'entre-deux-tours, "j'espère que personne cette fois ne va utiliser cette affaire pour mettre en cause le travail des juges et opposer une nouvelle fois police et justice".

Le Syndicat de la Magistrature évoque lui ouvertement la tentation de "récupération politicienne de bas étage, qui se fait en affaiblissant une nouvelle fois l'autorité judiciaire, en mélangeant les rôles et en prenant le risque de salir un peu plus l'image de la police dans son ensemble"

Dans la matinée de jeudi, François Hollande indiquait qu'il souhaitait voir les policiers bénéficier d'une "protection administrative" lorsqu'ils sont mis en examen, avec maintien de leur salaire et défense assurée par l'administration, tout en précisant que l'indépendance de la justice ne devait pas être remise en cause.

                               PRESOMPTION DE LEGITIME DEFENSE

Marine Le Pen a apporté son soutien aux policiers qui protestent contre la mise en examen de leur collègue.

Nicolas Sarkozy, quant à lui, en visite jeudi matin en Seine-Saint-Denis, s'est déclaré "favorable à l'idée d'une "présomption de légitime défense pour les policiers", sans en évoquer concrètement les contours, mais en demandant une "évolution juridique" dans un sens plus protecteur pour les gendarmes et policiers.

Dores et déja, une pétition circule, à l'initiative du syndicatAlliance (second syndicat de gardiens de la paix) appelant à un "droit à la présomption de légitime défense" pour les policiers afin de "mieux protéger policiers et gendarmes".

Un autre sydicat, le Syndicat national des officiers de police (Snop - majoritaire chez les officiers) "rappelle que, dans notre pays, les règles de légitime défense ne sont pas identiques pour l'ensemble des forces" de l'ordre.
Le syndicat fait valoir que les gendarmes "peuvent faire usage de leurs armes après sommations" ce qui n'est pas le cas des policiers. Il demande une "même loi" pour les deux forces.

A quelques jours du second tour de l'élection présidentielle, la place et le rôle de la police dans la société et sa perception par les citoyens s'invitent donc une fois encore dans le débat.

Sarkozy et Hollande reçoivent une délégation de policiers

Les deux candidats à l'élection présidentielle, Nicolas Sarkozy et François Hollande,
ont décidé chacun de recevoir jeudi des délégations de policiers après la mise en examen d'un des leurs pour homicide volontaire

 Nicolas Sarkozy a reçu jeudi à la mairie du Raincy (Seine-Saint-Denis) une délégation de policiers. La rencontre, qui n'était pas publique, s'est achevée peu après 14H00. Auparavant, le président-candidat s'était déclaré favorable à une "présomption de légitime défense" pour les policiers.


 Son rival socialiste, François Hollande, devait recevoir à 17H30 à son QG de campagne parisien "une délégation de policiers et de leurs représentants, suite aux événements de ces dernières heures", a indiqué son équipe dans un communiqué.



 

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