3 ans après, la douleur des proches des victimes de la rue Erlanger toujours aussi vive

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Écrit par Marc Taubert avec Frédérique Hovasse et AFP

L'incendie criminel s'était produit dans la nuit du 4 au 5 février 2019 rue Erlanger dans le XVIe arrondissement. 10 personnes avaient été tuées et 47 blessées.

C'est l'incendie le plus meurtrier dans la capitale depuis 2005. Dans la nuit du 4 au 5 février 2019, un incendie s'était déclaré au deuxième étage d'un immeuble, rue Erlanger dans le XVIe arrondissement, peu après 0h30 avant de se propager rapidement à l'ensemble des huit étages.  

Depuis, chaque année, les victimes et leurs proches se réunissent sur les lieux. "On a tous besoin de se reconstruire. Le fait que l'on soit reconnu victime, qu'elle soit reconnue coupable, on a besoin de cela pour passer une étape, essayer de tourner une page", explique Claire Mussy, une victime.

"Toi qui aimes les flammes, ça va te faire tout drôle"

Peu de temps avant le début de l'incendie, un voisin avait appelé la police pour se plaindre du bruit causé par cette femme. Cet homme, par ailleurs pompier, l'avait ensuite recroisée dans le hall, une fois reparties les forces de l'ordre venues lui demander de cesser son tapage nocturne.  

Elle lui avait alors lancé: "Regarde-moi droit dans les yeux. Toi qui aimes les flammes, ça va te faire tout drôle quand ça va exploser", selon le récit du voisin aux enquêteurs.

Selon l'accusation, après le départ des policiers, elle avait "positionné un morceau de bois, un linge et des morceaux de papier" au pied de la porte de son voisin pompier et y avait mis le feu à l'aide d'un briquet.

Des extincteurs à tous les étages

Pascale Gorgatchev a perdu sa fille Adèle. Elle bat désormais pour faire évoluer la réglementation incendie dans les immeubles et veut saisir la ministre du Logement. Un simple extincteur situé à chaque étage aurait pu éviter le drame :  

"Il ne faut pas que cela se reproduise. Il y a la pyromane qui a mis le feu, c'est monstrueux, et puis il y a eu beaucoup de défaillances, notamment dans les secours. Il faut qu'il y ait des progrès. L'humain n'est pas parfait, mais au moins que cela serve à quelque chose et que cela ne se reproduise pas de cette manière-là".

L'accusée renvoyée aux assises

Essia B., qui habitait cet immeuble, avait été interpellée en état d'ébriété et après avoir consommé du cannabis alors qu'elle tentait de mettre le feu à une voiture dans une rue voisine.

Quelques jours auparavant, elle était sortie d'un séjour de deux semaines en hôpital psychiatrique, le treizième en dix ans. Mise en examen et placée en détention provisoire, elle doit être jugée pour "destruction par incendie ayant entraîné la mort et (...) des blessures" ainsi que pour "destruction par incendie de biens (...) de nature à créer un danger pour les personnes".  

Les magistrats instructeurs ont estimé qu'elle était responsable pénalement, elle sera donc jugée.