"Aberration écologique", manque à gagner… Faut-il interdire les terrasses chauffées à Paris ?

Depuis le 1er janvier, la Ville de Rennes interdit les terrasses chauffées. Alors que certains voient en ces radiateurs en plein air une « aberration écologique », faut-il prendre la même mesure à Paris ? Les restaurateurs craignent une baisse de leur chiffre d’affaires.

« Une terrasse chauffée de 3 mètres sur 4, toute la journée » consomme autant qu’« une grosse cylindrée qui parcourt 350 km » d’après Jacques Boutault, maire EELV du 2e arrondissement de Paris.
« Une terrasse chauffée de 3 mètres sur 4, toute la journée » consomme autant qu’« une grosse cylindrée qui parcourt 350 km » d’après Jacques Boutault, maire EELV du 2e arrondissement de Paris. © M. Caillaud / France 3 PIDF
Les terrasses chauffées feront-elles long feu dans la capitale ? Jugés trop polluants, les radiateurs installés à l’extérieur des cafés et des restaurants participent au réchauffement climatique. De quoi attirer de nombreuses critiques, notamment parmi les consommateurs.

« C’est une aberration écologique de dépenser de l’argent pour chauffer le ciel », juge l’un d’entre eux. « A la fois c’est idiot de chauffer la rue, estime un autre client. Et en même temps c’est agréable de pouvoir prendre son café matinal. » « C’est hyper confortable, après je pense qu’on peut trouver d’autres manières de se chauffer avec les plaids », avance une autre.

Dégâts écologiques, contre risque de manque à gagner

Du côté des professionnels, la perspective d’une interdiction fait surtout craindre un manque à gagner, certains évoquant une perte de 30 % de chiffre d’affaires. « On a l’impression qu’on nous tombe encore dessus avec ce genre de réforme écologique, il y a quand même beaucoup d’autres problèmes écologiques dans le monde, s’interroge Alexis Mottret, gérant d’un café. C’est bien qu’on fasse tous l’effort, mais demain est-ce qu’on aura encore le droit de se chauffer chez nous ? »

« Est-ce que c’est la priorité ?, défend un autre gérant, Julien Gamber. Dans ce cas-là faisons tout alors : retirons le carburant pour les voitures, retirons les usines qui polluent… » A Rennes, la Ville a décidé d’interdire les terrasses chauffées depuis le 1er janvier. Une mesure défendue à Paris depuis plus de 10 ans par Jacques Boutault, maire EELV du 2e arrondissement, actuellement en pleine campagne pour son parti en vue des municipales.

Interdire les radiateurs pour les 15 000 terrasses parisiennes ?

« On sait qu’une terrasse chauffée de 3 mètres sur 4, toute la journée, elle consomme autant qu’une grosse cylindrée qui parcourt 350 km, avance l’élu EELV. Donc on ne peut pas à la fois dire : "Il faut moins rouler, moins utiliser sa voiture", surtout à Paris, tout en continuant à chauffer plein pot en extérieur. » En une année, les 15 000 terrasses de la ville consommeraient plus d’électricité que les habitants d’un arrondissement parisien. Mais à l’approche des élections, la mairie dit préférer prendre du temps pour se concerter avec les commerçants.

Un choix qu’Olivia Polski, adjointe à la mairie de Paris en charge du commerce (PS), défend : « C’est aussi pour ne pas en rajouter à une période qui est compliquée économiquement pour eux. Les restaurateurs et les hôteliers ont une baisse de près de 50 % de leur chiffre d’affaires sur le mois de décembre, c’est colossal. Et économiquement, on ne veut pas mettre ces commerçants en difficulté. » Vu le contexte économique et politique brûlant, les terrasses chauffées ne risquent donc pas de disparaître du paysage parisien cet hiver.
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