Sans-abris atteints du coronavirus : "il faut éviter une hécatombe"

Christophe Robert, à la tête de la Fondation Abbé Pierre, lance un cri d'alarme sur la situation à laquelle font face les sans-abris. Le gouvernement a annoncé des centres d'hébergement pour les sans domiciles atteints du coronavirus.

La Fondation a fait la commande de milliers de tickets services pour que les plus démunis puissent accéder à l'aide alimentaire.
La Fondation a fait la commande de milliers de tickets services pour que les plus démunis puissent accéder à l'aide alimentaire. © IP3 PRESS/MAXPPP
Pour que les sans-abris ne soient pas les oubliés, Christophe Robert, délégué général de la Fondation Abbé Pierre, alerte sur leur situation d'extrême fragilité.

Le gouvernement a annoncé le 21 mars dernier la création de quatre centres d'accueil et d'hébergement des sans-abris en Île-de-France. D'autres devraient être créés sur tout le territoire français.

Les centres d'hébergement pour les sans-abris atteints du coronavirus sont-ils une bonne réponse ?

Christophe Robert : C'était une demande très forte. Les centres d'hébergement traditionnels ne sont pas des lieux médicalisés ou que très rarement, il s'agit de faire l'action sociale. Le fait de pouvoir avoir du personnel soignant est fondamental pour ces personnes, mais aussi fondamental pour ne pas créer des foyers de contagion.

Je sors d'une réunion avec le ministre du Logement, Julien Denormandie. Six centres en France sont en services (dont 4 en Île-de-France, ndlr) de 300 places. 80 centres vont être créés à l'avenir.

Les sites ont été identifiés. On espère que cela va pouvoir s'accélérer. Il faut faire vite, c'est la question de la rapidité qui désormais est importante. C'est essentiel car on ne peut pas laisser seuls les acteurs du logement d'urgence.
Christophe Robert, délégué général de la Fondation Abbé Pierre, en janvier 2020.
Christophe Robert, délégué général de la Fondation Abbé Pierre, en janvier 2020. © IP3 PRESS/MAXPPP


Quelles sont les autres solutions possibles ?

Aujourd'hui, il y a des personnes à la rue qui n'ont aucune solution. Il y a 2.000 chambres d'hôtels qui sont mobilisées pour une semaine supplémentaire. La situation est très dangereuse. Il en faudrait dix fois plus, très vite.

Nous avons demandé que des dizaines de milliers de places soient disponibles. Il y a les personnes à la rue mais aussi ceux dans des bidonvilles, des squats.

Il y a des discussions avec les groupes hôteliers. Il semble que des réseaux hôteliers soient plutôt contributifs. Il y a des places qui sont identifiées, tout l'enjeux c'est de les mobiliser. Il faut aussi un accompagnement, ce sont des personnes qui ont vécu des choses très difficiles et pour qui se retrouver confinées du jour au lendemain peut être compliqué.

Pourquoi cette situation est inédite ?

Chaque année, en hiver, on connaît des périodes de tension très forte. On savait depuis des années qu'on était sur un terreau fragile. Mais avec cette épidémie, c'est tout le réseau qui est fragilisé par le virus. Ce sont nos forces vives qui sont attaquées, c'est très nouveau. La crise sanitaire vient se surajouter, et c'est cela qui est très difficile à gérer. Il faut absolument éviter une hécatombe.

Les bénévoles comme les équipes salariales ont fortement diminué. Des personnes gardent leurs enfants, c'est normal. D'autres sont confinées et sont à risque car les bénévoles sont souvent des retraités. Tout l'enjeux c'est d'optimiser la capacité d'agir en mobilisant toutes les forces. Et dans des villes comme Paris, la masse de problématiques est telle que c'est un énorme enjeu.
 
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