Affaire Sarah Halimi : sa sœur va porter plainte en Israël pour tenter d'obtenir un procès

La sœur de Sarah Halimi, sexagénaire juive tuée en 2017 à Paris, veut porter plainte en Israël pour obtenir un procès contre son meurtrier. La justice française a considéré qu'il ne pouvait être jugé pour ce crime compte-tenu de l'abolition de son discernement lors des faits.

Sarah Halimi a été rouée de coups par un homme musulman qui récitant des versets du Coran avant de la jeter par-dessus le balcon de leur HLM de Belleville.
Sarah Halimi a été rouée de coups par un homme musulman qui récitant des versets du Coran avant de la jeter par-dessus le balcon de leur HLM de Belleville. © CHRISTOPHE PETIT TESSON/EPA/Newscom/MAXPPP

Le 14 avril dernier, la Cour de cassation a certes entériné le caractère antisémite de ce meurtre mais a confirmé l'impossibilité de traduire en justice du meurtrier en raison de l'abolition de son discernement au moment des faits.

Une décision qui a suscité une très forte émotion dans la communauté juive et au-delà, accompagnée d'un vif débat sur la responsabilité pénale des personnes atteintes de troubles psychiatriques sur fond de consommation de drogues.

La sœur de Sarah Halimi, une sexagénaire juive tuée en 2017 à Paris, veut désormais porter plainte en Israël pour tenter d'obtenir un procès et une condamnation contre le meurtrier.

Pas d'extradition possible

Mes Francis Szpiner et Gilles-William Goldnadel ont ainsi annoncé mercredi vouloir "saisir la justice israélienne d'une plainte à l'encontre de Kobili Traoré au nom d'Esther Lekover, sœur de la victime", la loi pénale d'Israël pouvant s'appliquer à des crimes antisémites commis à l'étranger et dénoncés par un citoyen israélien, ce qui est le cas de leur cliente.

Cependant, si un tel procès pouvait avoir lieu, la France n'extrade pas ses ressortissants.

"Mes Goldnadel et Szpiner déplorent d'être contraints de diligenter cette procédure mais ils ne sauraient accepter un déni de justice qui heurte la raison et l'équité bien au-delà de la communauté juive de France", ont conclu les deux avocats dans un communiqué.

Le 4 avril 2017, Kobili Traoré, 27 ans, est en proie à une "bouffée délirante", selon les sept experts psychiatriques qui l'ont examiné, lorsqu'il fait irruption chez sa voisine de 65 ans Lucie Attal, aussi appelée Sarah Halimi.

Aux cris de "Allah Akbar", le jeune homme musulman la roue de coups en récitant des versets du Coran avant de la jeter par-dessus le balcon de leur HLM de Belleville, dans l'est de Paris.

Mesures de sûreté pour 20 ans

Le 19 décembre 2019, après un débat contradictoire lors d'une audience publique, la cour d'appel de Paris a reconnu le caractère antisémite du crime mais déclaré M. Traoré irresponsable pénalement et ordonné son hospitalisation assortie de mesures de sûreté pour 20 ans.

Saisi d'un recours, la Cour de cassation a confirmé le 14 avril son irresponsabilité pénale, estimant que loi "ne distingue pas selon l'origine du trouble mental qui a fait perdre à l'auteur la conscience de ses actes".

"Décider de prendre des stupéfiants et devenir alors 'comme fou' ne devrait pas à mes yeux supprimer votre responsabilité pénale", a commenté dimanche le président de la République Emmanuel Macron qui a demandé une évolution législative.

La défense de M. Traoré argue que le jeune homme vivait le soir des faits sa première crise psychiatrique, imprévisible contrairement aux effets habituels de l'ivresse cannabique ou alcoolique.

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