Avec Java, le rap-musette entre à l'Élysée-Montmartre

Publié le Mis à jour le
Écrit par Marc Taubert
R.wan à gauche (chanteur) et Pepouse (bassiste), membres de Java.
R.wan à gauche (chanteur) et Pepouse (bassiste), membres de Java. © MT - France 3 Paris Ile-de-France

Après plus de 10 ans de pause, le groupe parisien Java se reforme et termine sa tournée avec un concert à l'Élysée-Montmartre ce mardi 7 décembre.

Quoi de mieux qu'un bar pour rencontrer les membres du groupe Java ? Autour d'une bouteille de vin ponctué d'un digeo, R.wan et Pépouse, respectivement chanteur et bassiste du groupe, racontent comment ils ont inventé le rap-musette, mélange de hip-hop et de musique française.

"À l'époque, en France dans le rap, tout le monde pense à pomper les Américains comme les gens l'avaient fait dans le reggae. On s'est demandé ce que l'on était. On n'allait pas chanter le ghetto parce qu'on n'en vient pas, on ne va pas singer les Américains parce qu'on sera toujours moins bien. Qu'est-ce qu'on fait ? On a décidé d'adopter la même démarche", raconte R.wan.

Au lieu de reprendre du jazz et de la soul, les membres du groupe vont redonner des lettres de noblesse au musette, ces bals populaires où l'on danse au son de l'accordéon, notamment la java. "Mais quand on sort ça, c'est l'avènement de la deuxième génération d'immigrés, pour qui la culture française est une sorte de repoussoir. Il y aura besoin de temps pour que les gens comprennent que ce que l'on fait, ce n'est pas une caricature de hip-hop, c'est du hip-hop", poursuit-il.

Rappeurs blancs

Encore collégien au célèbre collège Henri IV, R.wan y rencontre Fixi, accordéoniste qui donnera ce son et l'identité au groupe. Les deux se font virer, se perdent de vue, puis se rencontrent à nouveau dans le même Ve arrondissement, à la sortie d'une station de métro.

R.wan, vitriot d'origine, écume désormais les bars de Paris, y apprend l'argot du Titi parisien et devient taggeur. Après plusieurs tentatives de création de groupe, le groupe Java prend son envol.

"Aujourd'hui il y a des blancs comme Orelsan qui cartonnent, c'est acté. À l'époque, ce n'est pas encore dans la culture. On est arrivé avec une identité, c'était franchouillard, dans le bon sens du terme. Il y a un travail sur le rythme du rap, sur les rythmes ternaires, ce qui ne c'était que très peu fait, et une culture du groove", se souvient-il.

"Quand tu es en haut, tu ne vois plus aucun Parisien"

Les quatre membres du groupe, avec Alexis Bossard (le batteur), sortent trois albums studio et parcourent la scène française et certaines étrangères jusqu'en 2010. "On s'est arrêté parce qu'on s'est embrouillé. On a recommencé parce que l'on a quand-même inventé un genre, même si l'on n'invente jamais rien en musique. J'ai eu envie de revenir à ce style-là", explique R.wan.

C'est de nouveau son duo avec l'accordéoniste Fixi qui remet le groupe sur les rails. Quand ce dernier participe à son récent album solo La Gouache, ils décident de refaire une tournée, tout en essayant d'éviter de tomber dans le piège des "vieux groupes qui se reforment pour la thune".

Mais après autant de temps, que raconter ? Le Paris d'antan a bien changé. R.wan, d'ailleurs, n'habite plus en région parisienne, il s'est installé dans le Tarn et Garonne pour y ouvrir un bar : "Quand on écrit Sexe accordéon et alcool, il faut finir avec un bar. J'en avais marre. Je ne voulais pas faire comme ceux qui achètent un appartement à crédit et aujourd'hui sont millionnaires. Je voulais essayer autre chose. Même si je suis un Parisien pur jus, je fantasmais sur la campagne".

Et quand il vient à Paris, il aime aller à Montmartre. "Lorsque tu es en haut, tu ne vois plus aucun Parisien. Tu as cette espèce de flux de touristes, ils font une sorte de barrière. Ils sont super contents parce qu'ils sont en vacances, et c'est génial. Mon arrière-grand-père est de Montmartre. Il vendait des meubles. Il a tout perdu aux emprunts russes", se souvient-il. Et de conclure : "Avec Java, je chante un Paris qui n'a jamais existé."

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