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Ballon sur Bitume, le documentaire francilien sur la culture unique du foot de rue

Serge Aurier, Riyad Mahrez, Gradur, Ousmane Dembélé... Ils ont tous accepté, avec beaucoup d'autres, de participer à ce documentaire unique tourné en une dizaine de jours en mai et juin 2016, sur les terrains de Paris 14e et 20e, Argenteuil, Aulnay-sous-Bois, Sevran ou encore Le Kremlin-Bicêtre.

Par Cécilia Sanchez

Un terrain, des potes, un ballon. Sans oublier la "sape" et le rap. C'est l'essence de la culture street foot, plus libre que le "foot à 11" traditionnel, ses règles strictes et ses limites. 

Loin d'être un style isolé, les stars déjà établies ou montantes du football (Serge Aurier, Riyad Mahrez, Check Keïta, Landry N'Gala...), du rap (Gradur...) et de l'humour (Ohplai...) ont baigné dans la culture street foot, où le terrain sans format ni traçage est plus qu'un terrain, mais le "cœur du quartier", où petits et grands des immeubles voisins se réunissent, jouent, rient, organisent des barbecues et taguent les noms de leurs proches disparus. 

Plus qu'une culture, un ADN

Les deux réalisateurs du documentaire "Ballon sur Bitume", Jesse Adang et Syrine Boulanouar, sont tous deux issus de cette culture. Jesse a grandi à Villiers-le-Bel et à Sarcelles, a joué au foot avec le petit frère de l'international algérien Riyad Mahrez, a baigné dans le rap, touche toujours le ballon dans la rue "comme ceux qu'on voit dans le doc" et "kiffe la sape". "C'est mon ADN, comme celle de toute l'équipe."

Dans l'aventure, qui a commencé il y a deux ans au sein du média et agence Yard, Nike a été un soutien décisif. Partenaire financier et passerelle indispensable vers les grands joueurs. Nike a laissé l'équipe mener son projet, avec "une totale liberté" et aucun sportif n'a refusé de participer. Même le défenseur du PSG Serge Aurier, que Jesse a rencontré après l'affaire Periscope et ses ennuis avec la police. "Il aurait très bien pu se fermer, mais justement, il a voulu montrer qu'il est juste un être humain. Il doit donner l'exemple malgré lui, parce que les jeunes le prennent comme modèle."

© Ballon sur Bitume
© Ballon sur Bitume

Et comment briser la glace avec des joueurs, aux discours post-match rodés ? "On a le même langage, les mêmes codes. En 2 ou 3 blagues, on s'arrêtait plus." D'où une richesse en anecdotes dans le documentaire, garantie par leur relation privilégiée et leur identité commune. "On se reconnaît en eux, et eux se reconnaissent en nous." Et la plupart des joueurs reste très attachée à son origine. Serge Aurier raconte comment il revient à Sevran "dont il est fier", "jouer avec ses potes, mais jamais en défense."

Des joueurs ultra-techniques

Là, sur le terrain synthétique, la liberté et l'ambiance sont décuplées. "On arrivait sur le terrain, ça criait de partout !" se souvient Riyad Mahrez. Avec Ben Arfa, ils illustrent cette génération de joueurs qui a appris des gestes techniques, issus de la rue, qui font tout leur style : passements de jambe, virgules, sombrero, petit pont... Mais pour garder sa place sur le terrain, il faut pas seulement être bon technicien, mais aussi "avoir le swag" ou la "deg" pour "dégaine", à laquelle le documentaire consacre une partie. 

Et ce style se propage, puisque "Paris est un vivier de joueurs énorme, donc forcément, ça a une influence sur le football international", analyse Ferhat Cicek, entraîneur-éducateur de football, qui a fait ses débuts sur le "plateau", un terrain du 14e arrondissement de Paris. "Les petits vont piller à l'entraînement et dispersent le style dans les différents centres de formation."

© Ballon sur Bitume
© Ballon sur Bitume

Cette culture à part entière, Jesse Adang et Syrine Boulanouar la raconte à travers les yeux de ceux qui ont grandi avec. Même s'ils abusent un peu des plans au ralenti, les interviews offrent parfois de belles tranches de rire. Et les retours sont positifs, qu'ils viennent des jeunes rencontrés pour le documentaire que des "CSP+ qui lisent Les Inrocks", explique Jesse Adang. "En ce moment, je sais que la mode est au street-wear, mais c'est difficile de rassembler plusieurs catégories socio-culturelles autour d'un sujet, pour lequel il faut être initié."

Quant à une suite, Jesse Adang n'a pas encore de projet défini, mais ne s'interdit pas, avec Yard, de "prendre les gens à contre-pieds". Il a un seul "regret" : que PNL manque au documentaire. "Encore une fois, pas parce qu'ils sont à la mode, mais parce que ce groupe reflète vraiment la jeunesse actuelle."
 


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