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Un clip relayé par l'extrême droite dénonce à tort une “invasion de migrants” à Paris

Manifestation le 3 décembre Gare du Nord à Paris. Capture de la page Facebook Frustrated Paul Revere.com
Manifestation le 3 décembre Gare du Nord à Paris. Capture de la page Facebook Frustrated Paul Revere.com

Depuis plusieurs jours, des sites d’extrême droite de plusieurs pays relayent une vidéo de heurts en marge d’une manifestation Gare du Nord à Paris. Et parlent d’une « invasion de migrants ».

Par A.B

Depuis sa mise en ligne le 3 mars sur Facebook, le clip a déjà été visionné par 1,1 million de personnes, partagé 26 000 fois. Une vidéo particulièrement relayée aux Etats-Unis mais également en Australie, en Allemagne, en Russie ou encore au Royaume-Uni. Pendant plus de 2 minutes, on y voit un affrontement entre manifestants et policiers dans l’enceinte de la Gare du Nord à Paris, sous le titre « Migrants invade Paris Train Station », comprenez « l’invasion des migrants dans une gare parisienne » en français. Des images authentiques mais totalement sorties de leur contexte par des sites d'extrême droite.

D’où vient cette vidéo ?

Plusieurs personnes ont filmé la manifestation du 3 décembre. Des voyageurs, des journalistes indépendants et des militants. L’une de ces vidéos a été reprise sur la page Facebook de Frustrated Paul Revere.com, un américain qui se décrit comme patriote, adepte du détournement d’images. Cette vidéo a également été reprise sur des sites d’extrême droite anglais et russes, puis sur la page Facebook du Parti national-démocrate d’Allemagne (NPD) ainsi que sur celle de Johannes Normann, un activiste de l’Alternative pour l’Allemagne (AfD), le parti d’extrême droite dont 94 membres viennent d’entrer au Parlement.

En réalité, une manifestation antiraciste

Ces images ont été tournées le 3 décembre 2017 dans la gare du Nord à Paris à l’occasion d’un rassemblement organisé par des militants antiracistes qui réclamaient la « Justice pour Massar », un jeune Espagnol d’origine sénégalaise de 20 ans décédé dans des circonstances qui restent encore à éclaircir.

Le 9 novembre, alors qu’il se trouvait dans un couloir de la gare du Nord, Massar Diaw est interpellé par la police des réseaux ferrés car il est soupçonné de vendre des stupéfiants. Après une course poursuite, le jeune-homme est immobilisé au sol par les forces de l'ordre mais fait un arrêt cardiaque. Hospitalisé en réanimation à l’hôpital Lariboisière, il est déclaré en état de mort cérébrale et décède 13 jours plus tard, le 22 novembre.

Très vite, ses proches organisent plusieurs manifestations dans le quartier de Barbès et aux abords de la gare pour dénoncer des violences policières. Ils sont rejoints par des militants antiracistes dont le collectif « Urgence notre police assassine » ou la B.A.N, Brigade anti négrophobie. Le 3 décembre, c’est l’un de ses rassemblements qui a dégénéré. Sans aucun rapport avec une quelconque manifestation de migrants.

Concernant la mort de Massar Diaw, une enquête a depuis été ouverte par l’inspection générale de la police nationale (IGPN) pour tenter d’établir les circonstances exactes des faits. Contactée à l’époque, une source proche de l’enquête nous indiquait que des pochons de crack pourraient avoir obstrué les voies respiratoires de Massar Diaw et causé son décès.

 

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