"Empaquetage" de l’Arc de Triomphe : le monument toujours ouvert au public pendant le chantier

Débutée mi-juillet, l’installation de "l’Arc de Triomphe empaqueté", œuvre posthume de Christo, se poursuit. Ouverture au public, ravivage de la flamme chaque soir sur la tombe du Soldat inconnu... Ce chantier d’envergure doit respecter plusieurs contraintes.

Le projet de Christo et de son épouse Jeanne-Claude, conçu dès 1961, est sur le point de se réaliser. Alors que l'œuvre sera visible du samedi 18 septembre au dimanche 3 octobre 2021, le chantier continue. A terme, le monument - haut de 50 mètres - sera entièrement recouvert par 25 000 m2 de tissu recyclable en polypropylène argent bleuté.

"Des structures métalliques ont notamment été installées pour protéger les groupes sculptés, explique Laure Martin, présidente du projet de l'Arc de Triomphe empaqueté. Le tissu, quand il sera installé, sera ceinturé par 3 000 m de corde rouge, également en polypropylène. Le dessin avait déjà été déterminé par Christo. Une fois le principe fixé, des études d’ingénierie très poussées ont été menées pour mettre au point l'ensemble."

Un chantier complexe, souligne Laure Martin : "Les contraintes sont d'abord liées au monument historique qu’est l’Arc de Triomphe : c’est un emblème de la Nation, un chef d'œuvre d’architecture, un lieu de mémoire mais aussi un lieu touristique. Pendant toute la période de réalisation du projet, du premier jour du montage jusqu’au dernier jour du démontage, le lieu doit rester ouvert au public, avec un accès à l’intérieur du monument et à la terrasse."

Autre particularité de l’opération : le chantier s’arrête tous les jours de 18h à 19h, "pour respecter la solennité de la cérémonie quotidienne de ravivage de la Flamme de la Nation devant la tombe du Soldat Inconnu".

L'œuvre est réalisée à titre posthume sous la supervision de Vladimir Javacheff, neveu de Christo, et avec le soutien du Centre des monuments nationaux, l’artiste étant décédé le 31 mai 2020. "Cela implique une grande responsabilité, pour honorer le souhait de Christo, mais c’est aussi en même temps un hommage", indique Laure Martin.

Un budget de 14 millions d'euros, intégralement autofinancé

Une fois l’installation complétée, l'œuvre, éphémère, ne sera visible que pendant 16 jours. "C’est le principe même de l’intervention de Christo dans des espaces urbains ou ruraux, souligne-t-elle. On emprunte un bâtiment, le projet ne peut pas perdurer. Aussi, tout est intégralement autofinancé, grâce à la vente d'œuvres originales de Christo. Il n’y a aucun financement public. Le budget est important [14 millions d'euros, NDLR] donc tout est temporaire."

"Aussi, le souvenir que les gens gardent de ces moments d’exception est d’autant plus fort, poursuit Laure Martin. L’idée est de renouveler notre perception de l’espace, de souligner les grandes lignes architecturales… De donner à revoir différemment des lieux que parfois nous ne regardons plus, ou dont nous oublions le caractère exceptionnel. Christo avait usage de dire : cacher, c’est révélé."

A noter que l’Arc de Triomphe est loin d’être le premier projet imaginé par Christo dans la capitale. L’artiste avait en effet érigé dès 1962 un "mur provisoire de tonneaux métalliques" à Saint-Germain, en réaction à l’édification du Mur de Berlin. Après ce Rideau de fer, avait suivi en 1985 l'"empaquetage" du Pont-Neuf. "C’est la même compagnie, les Charpentiers de Paris, qui travaille sur l’Arc de Triomphe", note d’ailleurs Laure Martin, qui avait participé au projet du Pont-Neuf.

Si aujourd’hui, le projet de l’Arc de Triomphe suscite parfois des moqueries ou des critiques sur les réseaux sociaux, Laure Martin estime cela "inévitable" : "C’était similaire pour le projet du Pont-Neuf. Il n’y avait pas de réseaux sociaux à l’époque, mais la question de la rumeur était déjà présente. Ça fait partie du processus, il n’y a jamais une adhésion totale. Nous respectons la liberté de parole de chacun, mais nous regrettons que l’autofinancement du projet, avéré, ne soit pas pris en compte, ou cru. Évidemment ça nous chagrine, mais que voulez-vous faire ? On mène un travail d’information, mais les préjugés ont toujours existé… Une fois l'œuvre réalisée, je pense qu’un certain nombre de personnes très hostiles évolueront."

A noter que le démontage du projet est prévu du 4 octobre au 10 novembre.

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