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Fin de la trêve hivernale : des milliers de familles menacées d'expulsion en Île-de-France

Des militants de la Fondation Abbé Pierre ont installé un paillasson géant devant le ministère du Logement pour protester contre la fin de la trêve hivernale. / © Floriane Olivier - France 3 Paris - Île-de-France
Des militants de la Fondation Abbé Pierre ont installé un paillasson géant devant le ministère du Logement pour protester contre la fin de la trêve hivernale. / © Floriane Olivier - France 3 Paris - Île-de-France

Dernier jour de tranquillité pour des milliers de familles menacées d'expulsion de leur logement. La trêve hivernale prend fin ce dimanche 31 mars au soir, après cinq mois d'interruption.

Par MT/AFP

Pendant cette "trêve" qui courait depuis le 1er novembre, un locataire ne pouvait pas être expulsé de son logement, sauf si un relogement décent était prévu pour lui et sa famille ou si les locaux faisaient l'objet d'un arrêté de péril. Des procédures d'éviction ont toutefois pu être lancées.
A 81 ans, Monique a déjà reçu la visite des huissiers dans son appartement parisien qu'elle ne peut plus payer. Avec une dette locative de 50.000 euros, cette retraitée qui vit avec 1.200 euros par mois pour un loyer de 900 euros avoue "ne plus dormir". "Je m'enfonce", dit-elle, en racontant son "angoisse" de se retrouver à la rue. "Je me mettrais sur un banc et j'attendrais", imagine-t-elle.
 

Record d'expulsions

En 2017, 126.000 décisions d'expulsion ont été prononcées, dont plus de 120.000 pour impayés locatifs (+49% depuis 2001), selon le dernier bilan annuel de la Fondation Abbé Pierre (FAP).

La même année, 15.547 ménages ont été expulsés avec le concours de la force publique, dernière étape si aucune solution n'est trouvée. "Un record historique", déplore la FAP. "La multiplication des expulsions entre en contradiction avec la politique du 'Logement d'abord' affichée par le gouvernement", estime la Fondation, en référence au plan de l'exécutif qui vise à favoriser l'accès direct au logement très social.
Fin de la trêve hivernale : l'angoisse des bénéficiaires d'hébergement d'urgence
Intervenants : Kader, auxiliaire socio-éducatif - Emmaüs Solidarité; Bruno Morel, directeur général d'Emmaüs Solidarité - France 3 Paris - Île-de-France - Valentine Ponsy, Anaëlle Blanchard et Ann-Sarah Sfez
"Avec une augmentation de 46 % en 10 ans, ce sont au total près de 300.000 personnes qui ont été effectivement expulsées manu militari au cours de cette décennie", relève la Fondation. En sachant qu'avant même l'intervention de la police, "bon nombre de ménages quittent leur domicile sous la crainte de la procédure ou la pression du propriétaire ou de l'huissier", précise la FAP.
 

Trouver des solutions de relogement

Samedi, des personnes menacées d'expulsion ou qui ont subi une expulsion ont manifesté à Paris à l'appel de "gilets jaunes" et de l'association Droit au logement (DAL).

Dénonçant "la flambée de loyers", "la spéculation immobilière", "la précarité énergétique", cumulées à "une baisse du pouvoir d'achat des classes populaires et moyennes", les associations exigent que plus aucune expulsion ne se fasse sans solution de relogement.

Elles insistent également sur la nécessité de construire massivement des logements sociaux accessibles aux petits revenus et demandent l'encadrement des loyers dans les grandes métropoles.
 

Des hébergements d'urgence fermés

La fin du mois de mars marque aussi la fermeture des places d'hébergement ouvertes pendant les mois d'hiver. Les associations estiment à au moins 8.000 le nombre de personnes risquant de se retrouver à la rue à partir de dimanche soir.

Elles s'inquiètent aussi cette année de voir le phénomène amplifié par la possible remise à la rue de centaines de migrants en Île-de-France, si la transformation administrative de leurs centres d'hébergement d'urgence (CHUM) aboutit à les priver d'un lit.

Mercredi, le ministère du Logement a annoncé que 6.000 places supplémentaires ouvertes pendant l'hiver, dont 1.400 à Paris, seraient pérennisées, portant à 145.000 le nombre de places d'hébergement pour les sans-abri ouvertes toute l'année.
 

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