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95% des laboratoires médicaux d'Île-de-France en grève contre les baisses budgétaires

En Île-de-France, la quasi-totalité des laboratoires médicaux s'affiche en grève, une première depuis 2012. / © France3 IDF/L.B.
En Île-de-France, la quasi-totalité des laboratoires médicaux s'affiche en grève, une première depuis 2012. / © France3 IDF/L.B.

Depuis lundi, la quasi-totalité des laboratoires médicaux privés de la région ferment leurs portes au public les après-midis. Ils protestent ainsi contre les économies que leur demande l'Assurance maladie. Des baisses de tarifs qui pourraient entraîner des fermetures.

Par Loic Blache

Vous vous en êtes sans doute aperçu si vous avez fait un examen cette semaine dans le laboratoire médical de votre quartier : une affiche "en grève" et une pétition à signer sur place. Depuis lundi, selon les syndicats, 95% des laboratoires protestent contre les économies que veut leur imposer l'Assurance maladie pour les trois prochaines années (plus de 400 millions d'euros). Une grève qui se caractérise par la fermeture des établissements au public tous les après-midis.

Ces baisses de coûts ne sont pas nouvelles. Depuis six ans, la CNAM, Caisse nationale d'Assurance maladie, les leur impose : alors que les dépenses de santé devraient augmenter de 2,5% chaque année du fait notamment du vieillissement de la population, la Caisse ne veut pas qu'elles dépassent 0,25%. Résultat, depuis 2012, certains examens ont été déremboursés et d'autres ont vu leur prix baisser. Des décisions qui ont forcé les laboratoires médicaux à se réorganiser, notamment en regroupant leurs plateaux techniques où s'opèrent les analyses et les diagnostics. En une décennie, le prix des examens a ainsi baissé de 25%, soit 1 milliard d'euros d'économies.
 

Vers la fermeture de sites de prélèvement ?

"On est arrivé au bout du système", reconnaît aujourd'hui Jean-Claude Azoulay, médecin biologiste et vice-président du Syndicat national des médecins biologistes (SNMB), le syndicat historique. "La seule solution pour réduire encore les coûts, ce serait de réduire l'offre", et donc de fermer certains sites de prélèvement.

En Île-de-France, un autre syndicat, le Syndicat des biologistes (SDB), avance ainsi le chiffre de 200 fermetures de sites sur les 800 que compte la région dans les prochaines années. Un chiffre important (25%) qui, s'il s'avère exact, pourrait toucher certains territoires déjà atteints par la désertification médicale. Alors même que les laboratoires médicaux franciliens prennent en charge, chaque jour, près de 90.000 patients.

"Maintenant on arrive au maximum de ce qu'on peut faire", assure Alexandre Guiard, pharmacien biologiste dans les Hauts-de-Seine. Regrouper encore plus les plateaux techniques ? "Les délais de rendu des diagnostics seront rallongés", continue le pharmacien. Dématérialiser les résultats d'analyse sur Internet ? "Ce serait une dégradation du service alors que les patients sont très demandeurs d'une explication de leurs résultats." Et une fermeture de sites pourrait avoir pour conséquence, outre la désertification déjà évoquée et des licenciements, un report sur les services des urgences alors même que les urgentistes sont -eux aussi- en grève pour demander plus de moyens.
 

L'Assurance maladie maintient sa position

Sur Internet, les syndicats du secteur ont donc fait appel à leurs patients. Une pétition en ligne affiche plus de 28.000 signatures. "Les retours sont positifs : les biologistes sont motivés par la grève et les patients nous soutiennent", se réjouit Jean-Claude Azoulay.

De son côté la CNAM n'envisage pas pour le moment de modifier ses demandes. "Les efforts d'économies attendus pour 2020 (170 millions d'euros) sont conformes à l'équilibre qui s'est appliqué lors des six dernières années, sans impact sur l'implantation des laboratoires et de leurs sites de prélèvement dans les territoires", explique Cécile Fize, en charge de la communication de la CNAM.

La grève doit durer jusqu'au mardi 1er octobre, date d'une nouvelle réunion de négociations. Les syndicats n'excluent pas une poursuite -plus dure- du mouvement en décembre si les discussions n'aboutissent pas.

Les laboratoires médicaux français en chiffres

La France compte 450 laboratoires médicaux, pour environ 4.000 sites de prélèvement. Le secteur fait travailler 48.000 salariés et voient passer 500.000 patients chaque jour.

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