Jef Aérosol, pionnier du street-art, au cœur d'une exposition parisienne

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Écrit par Méryl Loisel

Depuis quarante ans, les pochoirs de Jef Aérosol s’affichent sur les murs de la capitale. A l’occasion de cet anniversaire, une exposition d’œuvres inédites lui est consacrée à la galerie Mathgoth, dans le XIIIe arrondissement de Paris, jusqu’au 5 novembre.

C’est une exposition hors-norme. 600 m2 entièrement consacrés à Jef Aérosol, figure incontournable du street-art. L’artiste y célèbre 40 années de création, durant lesquelles ses pochoirs, représentant des visages ou des silhouettes en noir et blanc et signés d’une flèche rouge, ont parcouru le monde.

Sa carrière artistique a débuté en 1982, dans les rues de Tours. "Le pochoir était une méthode assez pratique, pour peindre rapidement et partout dans l’espace public. Tout comme l’est la bombe aérosol. Mais le fait d’utiliser le pochoir en le rendant plus réaliste, en partant de photos, c’était quelque chose d’assez nouveau à l’époque", raconte l’artiste. "Il me semble qu’il y a aussi un caractère d’urgence dans cette peinture au pochoir, dès qu’on est dans la rue, la nécessité d’aller vite s’impose. J’aime bien ce côté urgent qui n’est pas sans rappeler la musique que j’écoute, le rock’n’roll, le punk. Et c’est aussi la rencontre et le partage avec les gens que l’on croise."

A l’image de ses passions, l’exposition parisienne, créée conjointement avec la galerie Mathgoth, plonge ainsi les visiteurs dans l’univers du street-artiste, grâce à deux espaces distincts qui mettent en lumière les différents aspects de son travail avec des oeuvres plus personnelles, et inédites.

200 silhouettes dans une jungle urbaine 

D’un côté, les œuvres de l’espace public. 200 personnages sont mis en scène dans une installation recréant l’ambiance de la rue. Des éléments de récupération, une cabine téléphonique, des pneus et vieilles motos, ainsi que des bombes aérosols entourent les cartons peints pour renforcer l’aspect de jungle urbaine. Un accompagnement sonore et musical enveloppe le tout.

En découvrant ce grand espace en longueur, j’ai tout de suite vu une rue, un terrain vague, un chantier, alors j’ai eu l’idée de cette installation ayant ce côté brut et chaos urbain.

Jef Aérosol

"C’est une espèce de foule impossible puisqu’on a Michel-Ange à côté de Jimi Hendrix et d’un petit gamin, des célébrités, des anonymes, des gens d’il y a plusieurs siècles et des gens d’aujourd’hui. Mais cette foule trouve une cohérence par une unité de taille, ils sont tous grandeur nature, et une unité de traitement et de couleur, puisqu’ils sont tous réalisés au pochoir et en noir et blanc", souligne l'artiste.

D’un autre côté, sont présentées des pièces inédites créées dans son atelier à Lille et destinées aux galeries. Elles abordent des thèmes chers à Jef Aérosol, l’enfance, la musique ou encore les paysages urbains. Des photos et documents personnels ainsi que des autoportraits offrent une dimension plus rétrospective à cet espace.

Parmi ces peintures, trône une reproduction d’une de ses fresques monumentales intitulée "Chuuuttt !!!". C’est l’une des plus connues et des plus photographiées de la capitale, un autoportrait de l’artiste avec les yeux grands ouverts et l’index sur la bouche faisant écho au tumulte de la ville. Une œuvre réalisée en 2011, face au centre Pompidou et qui à sa conception, devait être temporaire.

"C’est la première grande fresque que j’ai faite et elle marque un virage pour moi. Je n’imaginais pas une seconde qu’elle allait plaire à ce point et marquer autant le public", se souvient-il. "Elle a permis de générer d’autres projets, des collaborations avec des galeries étrangères notamment. Elle fait partie des grandes étapes de mes quarante années de pochoirs"

A 65 ans, Jef Aérosol compte rester fidèle à ses racines en continuant à peindre ses pochoirs dans l'espace public, en plus de son travail complémentaire en atelier. Une passion plus qu'une recherche de postérité, même après 40 ans de carrière. 

"S’il ne fallait retenir qu’une chose de ces 40 années, ce serait moins les images que tout ce que ça a généré comme rencontres, comme voyages et comme aventures", conclut-il. "La notion de postérité m’importe peu. Pour des fresques, on passe souvent plusieurs jours sur des échafaudages avec mes équipes et du premier coup de bombe jusqu’à l’inauguration, et ce sont toujours de beaux échanges qui restent."

Exposition gratuite à la galerie Mathgoth jusqu'au 5 novembre.

147, avenue de France - Paris 13e

Du mercredi au dimanche de 15h00 à 19h00.

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