L'histoire de l'Américain qui croyait s'être fait voler son iPhone à la Gare du Nord...

Publié le Mis à jour le

C'est une histoire rocambolesque que l'écrivain et journaliste Adam Gopnik a raconté sur les ondes de la BBC le 31 juillet dernier. En voyage à Paris, il s'est retrouvé sans portable, croyant se l'être fait voler par un pickpocket autour de la Gare du Nord. Mais il était loin de la réalité...

Vivez le Festival Interceltique : Le Festival Interceltique de Lorient 2022
J'aurais pu en faire une revue de web. Mais l'histoire méritait mieux que d'être publiée dans un petit coin de notre site, cachée entre la question d'actu et les partenariats de notre belle station régionale. Alors j'ai décidé de vous la raconter. Et de vous la traduire. Car c'est à Adam Gopnik qu'on la doit. Adam Gopnik, écrivain, essayiste et journaliste américain, connu de l'autre côté de l'Atlantique pour ses contributions pour The New Yorker (notamment la série "Paris to the Moon" rédigée entre 1995 et 2000). On l'entend également régulièrement au micro de BBC Radio 4, précisément lors du rendez-vous hebdomadaire A Point of View. Et c'est d'ailleurs dans le dernier numéro de A Point of View qu'Adam a déroulé le récit de ses déboires dans notre capitale, un récit ponctué d'une leçon philosophique sur le regard de l'Autre. Ou peut être devrions nous dire "les autres"...

Tout a commencé quand Adam s'est rendu compte qu'il avait perdu son téléphone portable. Il ne savait pas exactement quand, où ni comment cela était arrivé. Il séjournait quelques jours à Paris avec son épouse, dans un petit hôtel non loin de la Gare du Nord. La Gare du Nord, un lieu vers lequel "tous les smartphones convergent comme s'ils subissaient un pouvoir d'attraction" raconte Adam. Avec eux, les pickpockets... "capables de vous subtiliser un smartphone du fond de la poche de votre pantalon rien qu'en y pensant". 

Personne ne lui avait demandé de signer une pétition, ne s'était frotté à lui ou l'avait bousculé...


Alors Adam cherche... Où cela a-t-il bien pu se passer ? Ils avaient bien emprunté un taxi depuis la Gare du Nord pour se rendre à Saint-Denis, "une banlieue aujourd'hui crasseuse qui jadis couronnait les rois de France (sic)". La seule chose qu'il savait, c'est qu'en rentrant à l'hôtel, il n'avait plus son téléphone. Adam a tout de suite pensé qu'il se l'était fait voler par un pickpocket autour de la Gare du Nord. il ressasse les endroits traversés, les gens croisés... Mais rien. Personne ne lui avait demandé de signer une pétition, ne s'était frotté à lui ou l'avait bousculé, aucun enfant n'avait tiré sur sa manche pour obtenir quelques pièces...  

Les vols à la tire, pourtant, Adam connaît... Il les a étudié, un an plus tôt, lors d'un séjour à Paris justement, pour la rédaction d'un article sur le phénomène. "Un fait qui ramène, souvent injustement, mais inexorablement, aux Roms", écrit Adam. "Même si la question des vols n'est pas une question d'origine", nuance-t-il. L'écrivain se pose alors la question des préjugé sur les autres. Du regard qu'on a sur l'Autre avec un grand A.

Lors de leur dernière soirée à Paris, alors qu'Adam et son épouse viennent de finir de préparer leurs bagages et qu'ils discutent avec leurs hôtes, l'Américain reçoit un courriel écrit dans un Anglais plutôt approximatif :
"Bonjour. Je suis en fait la fille du chauffeur de taxi que vous avez pris à Paris et nous avons trouvé votre téléphone entre deux sièges dans le taxi. Comment pouvons-nous vous redonner votre téléphone ? Caroline Chong."

Adam répond immédiatement qu'ils repartaient le lendemain matin et il s'organise avec mademoiselle Chong pour que M. Chong puisse les rencontrer au pied de l'immeuble, redonne le téléphone, accepte une récompense et les emmène à l'aéroport dans son taxi. Cette discussion a dû se faire, raconte Adam, en trois langue : en traduction entre Français et Anglais d'un côté, puis en Mandarin pour le père de Mlle Chong. "Génial. Mais bien sûr ça n'a pas fonctionné", explique Adam. Car M. Chong n'attendait pas Adam et son épouse au pied de l'immeuble à Paris, mais à l'aéroport... "Une discussion trilingue a ses limites", en conclut Adam avec le sourire.

La patience de M Chong

Mais l'histoire ne s'arrête pas là...  M. Chong -contrairement à sans doute de nombreux autres chauffeurs taxis- n'a pas abandonné l'affaire et attendait à l'aéroport. Mais comment le retrouver alors qu'Adam ne se souvenait pas du tout de sa tête ? Lors du voyage en taxi de la Gare du Nord à Saint-Denis, il ne l'avait pas vraiment regardé... 
Finalement, il se sont reconnus... "Oh oui, bien sûr, vous !". ("Même si ne nous regardons pas, nous nous voyons", écrit l'Américain). Et c'est alors qu'Adam retrouve son fond d'écran, ses photos, sa musique... La récompense ? M. Chong n'en a pas voulu... Et ce qu'Adam croyait au début être "une histoire sur l'aspect tragique de l'immigration en France s'est avéré être un de ses moments de gloire". "Ainsi il n'y a pas de communautés, de races, mais des cas particuliers qui se mélangent et qui peuvent, parfois, se regrouper dans les gares..." 

Adam conclut non sans humour : "Dès que nous sommes rentrés de Paris, j'ai voulu raconter aux enfants mon histoire et en profiter pour en tirer une morale... Mais c'est alors que ma femme m'a coupé en disant "Papa a raison, il y a une leçon a tirer de tout cela, c'est qu'il faut toujours vérifier le siège d'un taxi avant d'en sortir..." 

>> SON - Ecoutez le récit d'Adam Gopnik sur BBC Radio 4 dans le lecteur ci dessous :