Migrants : des familles vivent "entassées" dans un tunnel piéton près de la porte du Pré Saint-Gervais

Publié le
Écrit par P. de Baudouin
Le tunnel Sigmund Freud, situé entre la porte du Pré-Saint-Gervais et la porte Chaumont.
Le tunnel Sigmund Freud, situé entre la porte du Pré-Saint-Gervais et la porte Chaumont. © Pré Solidaire

Des associations dénoncent les conditions dans lesquelles vivent actuellement des familles à la rue, installées dans le tunnel Sigmund Freud, qui relie le XIXe arrondissement de Paris et le Pré Saint-Gervais (Seine-Saint-Denis).

"La chute des températures met ces personnes dans des situations de danger de mort", alerte Yazid Arifi, membre de l’association citoyenne "Nous sommes Pantin". Depuis plusieurs mois, de nombreux migrants vivent "entassés" dans un tunnel piéton situé entre la porte du Pré-Saint-Gervais et la porte Chaumont, au nord-est de Paris. "Tous les jours, il y a des arrivées, raconte Yazid Arifi. Ils se réfugient dans le tunnel pour éviter la pluie."

Les migrants sont originaires d’Afghanistan, d’Irak, d’Iran ou encore d’Ethiopie. "Ce sont des enfants, des pères, des mères, souligne Yazid Arifi. La population est très mouvante, c’est compliqué de savoir combien ils sont. A quelques centaines de mètres, il y a la même problématique à la porte de la Villette et à la porte de Pantin." Dans le tunnel Sigmund Freud, les familles dorment dans des tentes. "Il fait froid, c’est humide et sale, décrit Yazid Arifi. Il y a un seul accès à des toilettes publiques. Il y a un vrai enjeu sanitaire."

Yazid Arifi, qui explique que les migrants "vivent des maraudes et du soutien citoyen", dénonce "l’inaction politique" et "l’absence quasi-totale de réponse de la part des autorités". Pour alerter les élus, des associations ont organisé une manifestation dimanche dernier, entre la mairie du Pré Saint-Gervais et la mairie du XIXe arrondissement de Paris, en passant par Pantin.

Un drame humanitaire se joue aux portes de Paris

Yazid Arifi, membre de l’association "Nous sommes Pantin"

"Passer par les trois villes était une manière d’inciter symboliquement les exécutifs locaux et le gouvernement à agir, affirme le membre de "Nous sommes Pantin". Pas d’aide administrative, pas de gymnase ouvert, pas d'aide logistique aux équipes des maraudes, pas de prise de position politique… Presque rien n’a été fait. Il y a des mises à l’abri de façon extrêmement ponctuelle, par exemple pour des femmes enceintes. On a aussi besoin d’une réponse au niveau national. Un drame humanitaire se joue aux portes de Paris, le gouvernement doit prendre ses responsabilités."

"Les municipalités ont tendance à se renvoyer la responsabilité, déplore Yazid Arifi. Le maire du XIXe arrondissement, François Dagnaud (PS), pointe même du doigt les associations de bénévoles."

"On est dans un cycle dont on ne sort jamais"

Contactée, la mairie du XIXe se défend : "L’hébergement d’urgence relève d’une compétence exclusive de l’Etat. Nous n’avons pas du pouvoir sur tout. Notre rôle est d’alerter et accompagner les services de l’Etat, nos agents sont présents pendant les mises à l’abri. Nous demandons ces mises à l’abri, et une hausse du nombre de places en hébergement d’urgence."

"On est dans un cycle dont on ne sort jamais, poursuit la mairie. Les associations mettent en place des actions de visibilisation, suivies par des mises à l’abri, puis par une reconstitution des camps." La municipalité déplore également une "injustice qui touche les quartiers populaires" : "On ne bénéficie pas de mises à l’abri express, comme c’est le cas place des Vosges ou place de l'Hôtel-de-Ville. Ailleurs, les services de l’Etat prennent tout leur temps."

"On sert de porte-voix des personnes à la rue mais aussi des habitants, ajoute par ailleurs la mairie. Il y a également le problème de la liberté de circulation. Les riverains doivent pouvoir passer dans le tunnel." La mairie précise avoir compté 45 tentes, lors d’une mise à l’abri organisée par la préfecture le 27 octobre dernier.

Du côté de "Nous sommes Pantin", Yazid Arifi explique que les associations travaillent pour mieux coordonner les dons de nourriture et de vêtements. "Il y a aussi un besoin de soins médicaux. Et au-delà des mises à l’abri, les familles ont besoin de perspectives, avec une aide à l’apprentissage de la langue ou des formations professionnelles. Ces personnes sont privées de tout projet d’avenir", déplore-t-il.

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