A Paris, la pièce de théâtre “Et si on ne se mentait plus ?” sur le chemin de la vérité à la Belle Époque

Les Inspirés dans la pièce "Et si on ne se mentait plus ?". / © Steven Herteleer
Les Inspirés dans la pièce "Et si on ne se mentait plus ?". / © Steven Herteleer

Comment représenter cette période qu'est la Belle Époque au début du XXe siècle ? La pièce "Et si on ne se mentait plus ?" met en scène cinq personnes de l'intelligentsia du début du siècle aussi soudées que les doigts de la main. À travers eux, le récit d'un temps insouciant et romantique.

Par Didier Morel

Le théâtre de la rue du Rocher porte le nom de l'un d'entre eux et c'est justement un bel écrin pour découvrir Tristan Bernard et ses quatre amis. Les habitudes de ces hommes de lettres qui s’appelaient entre eux "les Mousquetaires" ? Se retrouver chaque semaine pour un copieux déjeuner bien arrosé au 26, place de Vendôme, chez Lucien Guitry. Son fils Sacha résume ainsi leur amitié : "Si le plafond s’écroulait sur les Mousquetaires, le lendemain il ferait presque nuit à Paris."
 

"Mettre un peu de poivre dans le sel de la vie !"

Au tout début du siècle, en octobre 1901, pendant une période de relative insouciance entre deux guerres, la pièce fait revivre ces moments fraternels où l'alcool coule à flot et les répliquent fusent. Premiers d'entre eux, Alphonse Allais et ses célèbres aphorismes : "Je voulais juste mettre un peu de poivre dans le sel de la vie !"

On le découvre très étourdi et inventeur. Vous apprendrez ainsi qu’il est le premier à avoir l'idée du café instantané, pour réveiller les soldats au front. Tout aussi en verve, leur hôte pour ces repas arrosés, Lucien Guitry, toujours à fleuret moucheté : "Tirer dans le cœur c’est bien plus radical que de tirer dans le portefeuille, n’est-ce pas ?"

Surnommé aussi Divan le terrible, pour ses nombreuses conquêtes féminines, il est aussi un comédien célébré et courtisé par ses deux amis auteurs : Alfred Capus, dont l'ambition est d'entrer à l'Académie française, "le commun des immortels" (mais aussi directeur du Figaro depuis tombé dans l'oubli) face à l'auteur reconnu de Poil de Carotte, Jules Renard. "Dis quelquefois la vérité, afin qu'on te croie quand tu mentiras."
"Les Mousquetaires" attablés, dessin de Sacha Guitry (de g. à d. : Tristan Bernard, Jules Renard, Alfred Capus et Lucien Guitry. Malgré ses absences fréquentes, Alphonse Allais avait toujours son couvert dressé) / © DR
"Les Mousquetaires" attablés, dessin de Sacha Guitry (de g. à d. : Tristan Bernard, Jules Renard, Alfred Capus et Lucien Guitry. Malgré ses absences fréquentes, Alphonse Allais avait toujours son couvert dressé) / © DR
 

Une réflexion autour de l'amitié

Car tel est le thème central de la pièce "Et si on ne se mentait plus ?" : une réflexion sur ce qui est le plus important dans l'amitié, savoir ne pas tout se dire, quitte à se mentir un peu pour préserver les liens fraternels. Un écho aux liens entre les cinq comédiens du collectif des Inspirés. Ils se sont rencontrés pendant le cours d’art dramatique de Jean-Laurent Cochet et il s'agit ici de leur première création théâtrale.

Une pièce écrite par deux d'entre eux : Emmanuel Gaury et Mathieu Rannou. "C’est en lisant les Mémoires de Sacha Guitry que nous avons découvert l’histoire de cette amitié. Ces cinq personnages extraordinaires étaient inséparables. Ils se retrouvaient chaque jeudi midi pour des déjeuners ardents, passionnants et truculents. Pour porter cette histoire à la scène, nous avons confronté nos héros aux dilemmes classiques de l’amitié au masculin : le succès, l’argent et les femmes..."

Garanties sans postiche, les barbes sont élégantes et bien taillées, à l'image de la mise en scène. Une première création réussie donc, et comme l'affirme Alfred Capus jusqu'à la fin : "Tout s'arrange" … ou presque car cette décennie est unique pour ces cinq auteurs qui quitteront la vie les uns après les autres au cours du nouveau siècle naissant. "À quoi bon prendre la vie au sérieux puisque de toute façon nous n’en sortirons pas vivant ?", conclut Alphonse Allais. Vive le spectacle par conséquent !
 

Informations utiles :

A voir au Théâtre Tristan Bernard,  64 rue du Rocher - Paris VIIIe,
Du jeudi au samedi à 19h jusqu'au 1er juin 2019.
Tarifs : de 18 à 29 euros (11 euros pour les étudiants et -26 ans).

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