Paris : l'usine LafargeHolcim du Port de Javel déverserait également des eaux polluées dans la Seine

L'entreprise LafargeHolcim est dans le collimateur de la justice depuis un dépôt de plainte pour des rejets d'eaux polluées dans le Seine au niveau du port de Bercy. Le cimentier déverserait également du béton dans la Seine à hauteur du pont Mirabeau dans l'ouest de la capitale.
La cimenterie LafargeHolcim accusée de polluer la Seine
La cimenterie LafargeHolcim accusée de polluer la Seine © IP3 PRESS/MAXPPP
Des rejets d’eau souillée provenant du nettoyage des camions toupies ou du lavage du quai de chargement et déchargement, des bassins de rétention des eaux usagées à ciel ouvert, des nappes de pollution blanche flottant dans la Seine au pied du cimentier LafargeHolcim situé à côté du pont Mirabeau dans le XVe arrondissement de Paris. Voilà ce que peut apercevoir très régulièrement de sa fenêtre Maryse Fourcade, le vice-présidente de l’Association des riverains du port de Javel, qui regroupe une centaine de co-propriétaires du quartier.
 
La cimenterie LafargeHolcim, port de Javel à Paris
La cimenterie LafargeHolcim, port de Javel à Paris © DR

Rejets dans la Seine sous le Pont Mirabeau

L’association de riverains dénonce depuis longtemps les nuisances et les risques de pollution dus à l’activité du cimentier LafargeHolcim et affirme avoir déjà alerté la mairie de Paris ou la préfecture de région. Photos à l'appui.

Aminata Niakaté, conseillère de Paris EELV élue dans le XVe arrondissement fait le même constat : "On observe sous les cuves des rigoles creusées qui déversent des eaux usées dans la Seine. L’association nous a régulièrement signalé des nappes de pollution flottant aux abord de l’usine. Les camions sont nettoyés et les eaux sales se déversent également dans la Seine".
 
Des nappes blanchâtres au pied de la cimenterie Pont de Mirabeau
Des nappes blanchâtres au pied de la cimenterie Pont de Mirabeau © Capture d'écran

Pour Maryse Fourcade, le problème de pollution est plus large que les rejets dans la Seine. "Cette centrale à béton se situe au pied du pont Mirabeau au milieu d’une zone urbaine très dense. Elle a été constuite en 1964. Au quotidien, c’est extrêmement pénible. Il y a des nuisances liées aux allées et venues incessantes des camions qui transportent le béton prêt à l’emploi sur les chantiers. Il y a 16 camions toupies sur le site qui effectuent  5 à 7 rotations par jour. Ils défilent à grande vitesse dans les rues du quartier. Cela occasionne des problèmes de sécurité pour les cyclistes et les piétons mais aussi de la pollution atmosphérique car les camions roulent au diesel", explique t-elle.

Une nouvelle usine de béton LafargeHolcim en projet

Mais c’est surtout le projet d’une nouvelle centrale à béton qui inquiète les riverains du pont Mirabeau. "En 2017, l’amodiation (acte juridique par lequel une autorité publique ou un particulier affecte à une entreprise privée ou collectivité, un terrain pour une durée limitée, ndrl) confiée au groupe Lafarge par Haropa-Port de Paris est arrivée à expiration. On s’attendait tous à ce que l’usine soit déménagée et reconstruite dans un site à l’écart des habitations. Mais non! Le permis de construire a été accordé", regrette Maryse Fourcade.

"Aujourd’hui nous demandons que la nouvelle usine soit déplacée. Nous n’en voyons pas l’utilité d’autant plus que la mairie de Paris a annoncé utiliser moins de béton pour respecter les accords de Paris. Il existe deux autres usines du même type au-delà du périphérique appartenant à d’autres groupes industriels. Pourquoi en construire une troisième ? Si elle doit être construite autant que ce soit loin de toutes habitations" plaide l'élue.

L'association a écrit à la préfecture d’Île-de-France mais n’a pas reçu de réponse du préfet. Elle a d’ores et déjà attaqué une décision préfectorale autorisant l’extension du périmètre de sécurité nécessaire à la nouvelle usine. Elle réclame également une concertation avec les riverains. Un combat que soutient l’élue écologiste, Aminta Niakaté estimant que la ville de Paris devrait modifier le Plan d’urbanisme local de la zone empêchant toutes installations industrielles futures.

Enquête judiciaire et administrative concernant l'usine LafargeHolcim de Bercy

Hier, Europe 1 révélait, vidéo à l’appui, des fuites d’eau chargée de ciment de micro-fibres de plastique dans la Seine provenant d’une cuve percée quai de Bercy dans le XIIe. 

Le parquet de Paris a ouvert une enquête pour "déversement de substances nuisibles par personne morale", "jet ou abandon par personne morale de substances nuisibles" et "utilisation de produits phytosanitaires sans respecter les conditions d'utilisation". Le parquet a confié l’enquête judiciaire à l'Office français de la biodiversité et à la brigade fluviale.
 
Communiqué de presse
Communiqué de presse © Préfecture de police de Paris, capture d'écran

Dans un communiqué de presse conjoint, la préfecture de police et la préfecture de région annoncent ce matin avoir lancé une enquête pour déterminer l’origine de la pollution. "Une visite de l'inspection des installations classées pour la protection de l'environnement a eu lieu mardi 1er septembre" précisent-ils, ajoutant que, pour l'heure, cette pollution n'a eu "aucun impact sur l'eau de consommation humaine".
Les préfectures de police et de région assurent que la Direction régionale et interdépartementale de l’environnement et de l’énergie contrôle et inspecte ce site au titre de l’inspection des installations classées pour l’environnement (ICPE). "La dernière, en février 2019, n’avait pas décelé d’infractions" peut-on lire également dans le communiqué de presse.

Maryse Fourcade se dit pas surprise par ces vidéos qui ont déclenché bon nombre de réactions politiques et des investigations judiciaires et administratives. La vice-présidente de l’association des riverains ne croit pas non plus en "un acte de malveillance" comme l’a plaidé hier, mardi 1 er septembre, le cimentier dans un document, se défendant des accusations de pollution volontaire. "Je n’ai pas de preuves mais je ne crois pas que cela soit des actes de malveillance. On les connait, on les pratique, on connait leur cynisme, leur irrespect des engagments pris",  soutient-elle. Et d’ajouter : "Nous avons une confiance très limitée dans leurs déclarations".

Un point de vue partagé par Aminata Niakaté. "Dans le XVe arrondissement cela fait des années qu’ils sont victimes d’actes de malveillance", ironise t-elle.


 
Poursuivre votre lecture sur ces sujets
environnement santé société pollution justice