Procès de Réda Kriket : un projet d'attentat djihadiste déjoué avant l'Euro-2016 devant les assises

En mars 2016, trois mois avant l'Euro de football, une filière djihadiste avait été démantelée, avec la découverte d’un arsenal de guerre à Argenteuil. Sept hommes sont jugés à partir de ce lundi pour association de malfaiteurs terroriste criminelle.

Des policiers à Argenteuil, le 25 mars 2016, après la découverte de l’arsenal.
Des policiers à Argenteuil, le 25 mars 2016, après la découverte de l’arsenal. © ETIENNE LAURENT/EPA/MaxPPP

L’accusé principal, Réda Kriket, préparait-il un second 13-Novembre ? Le jeudi 24 mars 2016 dans un appartement d'Argenteuil (Val-d’Oise), la police découvre un arsenal d’une "ampleur inédite" dans l’histoire de l’antiterrorisme. Cinq kalachnikovs, un pistolet-mitrailleur, sept armes de poing, de nombreuses munitions… Réda Kriket, qui loue le logement depuis plusieurs mois sous une fausse identité, a aussi stocké de quoi confectionner des dizaines d’engins explosifs.

Le 30 mars 2016 lors d’une conférence de presse, François Molins, alors procureur de la République de Paris, estime que la France est passée à deux doigts d’un bain de sang : "La découverte de cette cache a permis d’éviter la commission d’actions d’une extrême violence par un réseau terroriste prêt à passer à l’acte, ainsi que le démontrent les armes, les engins explosifs, dont certains déjà prêts à l’emploi, les téléphones neufs, qui pouvaient être destinés à coordonner l’exécution des projets criminels, ainsi que les passeports volés, permettant de dissimuler des identités et de circuler librement en France et en Europe."

Dans l’appartement, les expertises révèlent deux autres ADN : celle d’Abderrahmane Ameuroud, interpellé en Belgique le 26 mars 2016, et celle d’Anis Bahri, arrêté le lendemain à Rotterdam.

Réda Kriket, lui est né à Courbevoie (Hauts-de-Seine). Petit délinquant passé au braquage, l’homme commence à fréquenter le milieu djihadiste à son arrivée en Belgique en 2013. Il participe alors à l’une des plus grosses filières de recrutement de combattants pour la Syrie. Avec notamment à ses côtés Abdelhamid Abaaoud, l'un des organisateurs présumés des attentats de Paris et Saint-Denis le 13 novembre 2015.

"Les préparatifs d'une action terroriste imminente"

Après les attentats de Paris, puis ceux de Bruxelles quatre mois plus tard, c’est donc le démantèlement d’une nouvelle filière terroriste franco-belge. La "cellule d'Argenteuil" est soupçonnée d'avoir été mandatée par le groupe Etat islamique pour commettre un attentat en France.

Ça s’inscrit très clairement dans le schéma de projets d’attentats qui sont commandités par l’Etat Islamique

Jean-Charles Brisard, président du Centre d’analyse du terrorisme

"Ça s’inscrit très clairement dans le schéma de projets d’attentats qui sont commandités par l’Etat Islamique, analyse Jean-Charles Brisard, président du Centre d’analyse du terrorisme. On sait que l’un des complices de Réda Kriket était en contact avec deux individus hauts placés au sein de l’Etat Islamique, membres du service des opérations extérieures. Ceux qui ont précisément mené les attentats de Paris et Bruxelles."

Le procès permettra peut-être d’en savoir plus sur les cibles visées. Si aucune cible précise n’a été identifiée, la découverte de l’arsenal montrait "à l'évidence les préparatifs d'une action terroriste imminente", avait affirmé François Molins. D’après l’accusation, la cellule – démantelée quelques semaines avant l'Euro-2016 – "semblait s'inscrire (...) en cohérence avec les attentats et projets d'attentats perpétrés en Europe depuis 2015".

De son côté, Réda Kriket a toujours nié avoir eu pour projet de commettre un attentat : l’homme a assuré au cours de l’enquête qu’il voulait gagner de l’argent en revendant les armes. Au total, sept hommes sont jugés à partir de ce lundi devant la cour d'assises spéciale de Paris, pour association de malfaiteurs terroriste criminelle. Réda Kriket est aussi renvoyé pour usage de faux document administratif.

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