Quand le jazz est toujours là au Sunset Sunside

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Écrit par Jean-Baptiste Pattier

L’incontournable club de jazz parisien, le Sunset Sunside, célèbre ses 40 ans cette année. Retour sur une histoire passionnante avec des anecdotes et des souvenirs inoubliables. Pour marquer l’événement, le club propose 40 concerts avec des musiciens emblématiques.

Les trompettistes Chet Baker, Wynton Marsalis ou l’immense bassiste Jaco Pastorius… Les plus grandes légendes du jazz ont joué dans la mythique cave voutée du Sunset Sunside. Aujourd’hui, Rhoda Scott, l’organiste aux pieds nus, est une habituée du club de la rue des Lombards.

Avant d’être reconnus à l’international, de nombreux artistes sont passés par là et font partie désormais des fidèles. Encore et toujours, de jeunes musiciens s’y produisent dans l’espoir d’être repérés et de voir leur carrière décoller. "Chaque soir, on vit des émotions énormes et le public sort avec des étoiles dans les yeux !", se réjouit Stéphane Portet, le propriétaire du Sunset. Et ça fait 40 ans que ça dure !

Du café restaurant au club de jazz

Avant les solos de saxophones, les envolées au piano et l’euphorie d’un quartet, ce lieu était un bar restaurant. "Tout commence quand mon père rachète ce troquet en 1976 situé à quelques mètres des Halles. L’établissement s’appelait 'Les diables verts' en référence aux petits chariots utilisés par les épiciers ou les restaurateurs qui venaient acheter les denrées dans le plus grand marché de France", raconte Stéphane Portet.

Papa n’était pas un spécialiste du jazz, c’est le jazz qui est venu à lui !

Stéphane Portet, propriétaire du Sunset Sunside

Quand les Halles ferment, le quartier est en pleine rénovation urbaine et Jean-Marc Portet achète ce qui deviendra "une cantine pour les stars". Après leurs spectacles, Bernard Lavilliers, Véronique Sanson, Jacques Higelin, Coluche ou encore la troupe du Splendid se plaisent à venir dîner dans cet endroit chaleureux. La cave est même transformée en bar américain.

"Puis un jour mon père ferme le restaurant pour travaux. À sa réouverture, une nouvelle clientèle s’empare du lieu, beaucoup de motards, de bikers tatoués. Rien à voir avec l’esprit initial. Les musiciens des vedettes de variétés continuent de venir et un soir ils motivent mon père à créer un club de jazz. Ce sont les musiciens qui ont choisi leur repère. Papa n’était pas un spécialiste du jazz, c’est le jazz qui est venu à lui !", s’exclame Stéphane Portet. Ainsi est né le Sunset en 1982.

40 ans d’instants mémorables

Étudiant en école de commerce dans les années 80 à Paris, Stéphane Portet passe de nombreuses soirées au Sunset. "Je venais écouter de la bonne musique et boire des whisky coca gratuits. Il y avait les plus grands noms comme le violoniste Didier Lockwood. J’ai passé des nuits blanches exceptionnelles, c’était une vie incroyable", sourit-t-il.

En 1993, venu pour aider son père qui avait des difficultés à recruter du personnel, il finit par rester et reprend la direction du Sunset. "Je ne remercierai jamais assez les frères Belmondo, grandes références du jazz, ils m’ont tant appris. J’ai fermé le restaurant et c’est devenu une nouvelle salle de concerts. Avec la cave, le Sunset a donc deux lieux de spectacles en un avec 100 places chacun ce qui en fait un club de jazz unique."

Le jazz c’est la liberté et l’impro, musiciens connus ou jeunes talents

Stéphane Portet

Il se souvient de moments magiques comme lorsque le trompettiste américain Wynton Marsalis vient s’assoir discrètement à une table. Il commande plusieurs cognacs quand les frères Belmondo le reconnaissent. "S’en suit un bœuf de 3 heures, tout le monde voulait jouer avec lui."

Dans les années 2000, Dominic Miller, guitariste de Sting et grand jazzman vient jouer au Sunset. Sting en personne débarque dans la salle, le plus discrètement possible, pour venir écouter son musicien. "Miller l’invite à chanter quelques titres. Sting se pose au pied de la scène, sur un pouf, tout recroquevillé comme un gamin, et il a chanté trois titres. Le public était médusé de voir une immense star avec autant d’humilité. Toute la rue des Lombards était au courant, l’effervescence cette nuit-là est inoubliable", se remémore le propriétaire du club.

Un jazz bien vivant

Aujourd’hui, une amitié est née avec le contrebassiste star israélien Avishaï Cohen. Avant une notoriété mondiale, il est venu jouer au Sunset et dès qu’il revient à Paris il essaye de passer rue des Lombards. Le grand Christian Scott, jeune trompettiste de La Nouvelle-Orléans a fait ses premiers concerts en France au Sunset.

La trompettiste Airelle Besson, victoire du jazz et prix Django Reinhardt, a également fréquenté ce lieu. "La chanteuse Imany a fait ses premières scènes aussi chez nous, une fois tous les mois pendant un an. Sans compter tous les bœufs où tous les artistes se mélangent. Le jazz c’est la liberté et l’impro, musiciens connus ou jeunes talents, ils donnent toujours le meilleur d’eux-mêmes pour des heures de bonheur."

Je vis jazz, je transpire jazz

Stéphane Portet

Pour ne rien rater et être toujours à la pointe, Stéphane Portet ne cesse de consulter les programmations en France et à l’étranger, New-York, Londres, La Nouvelle-Orléans. Il écoute toute la jeune scène du jazz et s’enthousiasme : "je vis jazz, je transpire jazz, j’ai envie de promotionner le jazz français, faire grandir le public du jazz !"

40 concerts avec 40 légendes

Pour célébrer les 40 ans du Sunset Sunside, 40 concerts sont proposés jusqu’au début du mois de février. Toute la programmation est à découvrir sur le site internet du club.

La grande fête aura lieu le 28 janvier au théâtre du Châtelet avec Rhoda Scott, Jean-Jacques Milteau, Sylvain Luc, Stéphane Belmondo et plein d’autres artistes incontournables.

Au-delà de cet événement, le Sunset a mis en place plusieurs initiatives pour attirer le jeune public comme le "jazz et goûter" tous les dimanches pour les enfants dès 2-3 ans et leurs parents. Ce sont des concerts thématiques avec cake, bonbons et boissons où sont interprétés les musiques de Walt Disney, les standards de Ray Charles, Ella Fitzgerald…

Pour les autres spectacles, une réduction de 10 euros est proposée pour les moins de 25 ans "Je me bats pour attirer les jeunes vers cette musique plus que jamais vivace avec du jazz électro, pop ou world. C’est un voyage permanent au Sunset",  se félicite Stéphane Portet. Et il y a encore tant de nouveaux horizons à découvrir dans la cave tamisée de ce club de jazz !