Street art : aux Invalides, des pochoirs de C215 en mémoire des résistants

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Alors que le musée de l'ordre de la Libération accueille jusqu’au 8 mai une exposition de Christian Guémy, alias C215, le street artiste a également peint des portraits dans le quartier. L’occasion de redécouvrir le parcours des compagnons de la Libération.

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Quelques bombes de différentes couleurs, une combinaison de pochoirs pour chaque couche… Pour peindre le visage d’Hubert Germain, dernier représentant de l’ordre des compagnons de la Libération, C215 ne prend que quelques minutes. "Ça va très vite, tout est dans la conception des pochoirs, explique le street artiste. Pour créer les portraits, je découpe le papier à la main. C’est un travail optique, l'œil assemble l’image avec une patte graphique. Ensuite les pochoirs sont refabriqués par mon assistant avec une machine, qui permet d’obtenir la taille souhaitée et de reproduire les modèles."

Le visage de l’ancien combattant, inhumé au Mont-Valérien à Suresnes (Hauts-de-Seine) le 11 novembre dernier, est graffé sur une boîte aux lettres du boulevard de La Tour-Maubourg (VIIe arrondissement) juste en face du musée de l'ordre de la Libération.

Sur une autre face de la boîte, on trouve le portrait d’un autre compagnon de la Libération : le militaire centrafricain Dominique Kosseyo, tirailleur au service de la France libre pendant la Seconde Guerre mondiale.

Dans le quartier, C215 a réalisé au total une vingtaine de portraits. André Malraux boulevard des Invalides, Winston Churchill avenue de Tourville, Pierre Brossolette place Vauban… Comme pour Hubert Germain et Dominique Kosseyo, les visages sont peints sur du mobilier urbain. A la sortie du métro La Tour-Maubourg, on trouve ainsi le portrait de la résistante Marcelle Henry.

A l’intérieur du musée, l’exposition qui "cherche à faire vivre la mémoire" des compagnons de la Libération est à découvrir dans une salle, située à deux pas du manteau porté par Jean Moulin pour son célèbre portrait en noir et blanc.

"Jamais je n’aurais imaginé que l'ordre de la Libération coopère un jour avec un artiste graffeur… J'avais tort"

La plupart des portraits sont associés à des objets sélectionnés pour "ressentir l’époque" et correspondre aux sujets. Pour le visage de Romain Gary, le support est par exemple un blouson d’aviateur. Sur une vieille carte, on peut par ailleurs observer le portrait de Félix Éboué.

Sur un mur,  un peu plus loin, C215 a peint le visage de la résistante Simone Michel-Lévy. Et à quelques mètres de là, l’artiste a graffé le portrait de Charles de Gaulle sur une pochette de vinyle. Le Général a créé l’ordre de la Libération en 1940 (il s’agit du deuxième ordre national français, après la Légion d’honneur).

"C’est un ordre de chevalerie extrêmement restreint, 1038 hommes et femmes ont été distingués, rappelle Vladimir Trouplin, conservateur du musée. L’ordre avait été créé dans une opposition politique au maréchal Pétain, dès novembre 1940. Et le général de Gaulle a toujours voulu que cet ordre garde un caractère exemplaire, donc il y a eu peu de nominations. Un tiers d’entre elles ont eu lieu à titre posthume."

Accueillir des portraits peints à la bombe et au pochoir au sein du musée n’allait pas forcément de soi, comme le souligne le général Christian Baptiste, délégué national de l’ordre de la Libération : "J’avais bien sûr déjà vu du street art sur les murs, je ne marche pas en me bouchant les yeux. Certains m’étaient indifférents, d'autres m'agaçaient et me semblaient plus être du saccage urbain que de l'art urbain. J’avais quand même remarqué des choses intéressantes, sur du mobilier urbain. Mais jamais je n’aurais imaginé que l'ordre de la Libération coopère un jour avec un artiste graffeur… J'avais tort."

"Notre mission ici est de s'adresser à toute la population, avec une cible particulière sur les jeunes, ajoute le général. Nous sommes ouverts à toute forme d'expression artistique respectueuse de la réalité de l'histoire et du parcours de ces compagnons." De son côté, C215 espère qu’"on se souviendra encore très longtemps" des compagnons de la Libération. "Je ne sais pas faire grand-chose dans la vie à part des portraits, j'espère leur donner un peu de visibilité dans l'espace public", souligne l’artiste.

"Entre Ombres et Lumière", exposition à voir du 7 février au 8 mai 2022 au musée de l’Ordre de la Libération.

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