Quelle reconversion pour l'usine PSA d'Aulnay ?

© Martin Bureau/AFP Photos
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Cinq ans après la fermeture de son usine emblématique d'Aulnay-sous-Bois, le constructeur automobile PSA a achevé jeudi la vente de son site.180 hectares qui doit accueillir de nouvelles activités mais à l'heure actuelle des interrogations demeurent sur le nombre et le type d'emplois attendus.

Par France 3 Ile de France avec AFP

Une page qui se tourne: jeudi, l'Etablissement public foncier d'Ile-de-France a conclu un accord de 105 millions d'euros pour le rachat des 107 hectares que PSA détenait encore après avoir cédé, en mars, une surface de 75 ha à la Société du Grand Paris.

Peugeot avait ouvert en 1970 cette usine qui employait 6.000 ouvriers et a incarné durant de nombreuses années la réussite de l'automobile française. Jusqu'à ce que le constructeur annonce en 2012 l'arrêt de la production, dans le cadre d'un vaste plan de suppression de 8.000 postes en France, dont 3.000 sur ce site de banlieue au nord de Paris.



Dévoilé mardi, le projet de reconversion de la friche, d'une surface équivalente à une soixantaine de Stade de France, comporte un volet industriel et un volet urbain comme la création d'un quartier d'habitations ayant vocation à être rattaché à la ville d'Aulnay.

Quelle reconversion pour l'usine PSA d'Aulnay


La CGT s'est félicitée que l'Etat soit, même pour une durée limitée, à la manoeuvre, rappelant "n'avoir eu de cesse d'exiger la maîtrise publique de ces terrains pour une véritable réindustrialisation". "Il faut maintenant un Etat stratège avec une vision globale, et un grand débat public qui dépasse le cadre de la ville d'Aulnay", a estimé Hervé Ossant, secrétaire de l'union départementale CGT. Car pour la centrale de Montreuil, qui avait mené une grève dure à l'hiver 2013 contre la fermeture de l'usine, les pouvoirs publics doivent saisir "l'opportunité" offerte par la reconversion de ce terrain plus vaste que la Défense pour créer un maximum d'emplois, dans un département sinistré sur le plan industriel. Entre 2008 et 2015, le nombre de demandeurs d'emplois a bondi de 75%, à 165.130, pour un taux de chômage de 13,1%, bien supérieur à la moyenne nationale. Les promoteurs du projet, au premier chef le maire LR d'Aulnay, Bruno Beschizza, l'assurent: sur les 75 hectares qui sont déjà en cours de reconversion, 1.100 emplois devraient être créés, principalement dans la logistique.

"Loin du compte"


Mais pour la CGT, si l'installation du centre de maintenance du futur Grand Paris Express, "avec plus de 400 emplois qualifiés" à la clé, est une bonne nouvelle, la perspective de voir le site se transformer en une méga-aire logistique, avec
l'arrivée prochaine de Carrefour et Chronopost, l'est moins. La position stratégique du site, entre les aéroports de Roissy-Charles-de-Gaulle et du Bourget, et sa desserte par trois autoroutes, en attendant le supermétro, en fait l'emplacement idéal pour les acteurs de la logistique et de la grande distribution, qui doivent répondre à l'explosion du e-commerce.



Or, la logistique est une "activité qui consomme beaucoup de foncier, sans créer énormément de valeurs et d'emplois. Elle est aussi très polluante", relève Hervé Ossant. En outre, "avec la numérisation, on s'oriente vers de grands hangars avec des robots dans un futur plus ou moins proche", fait remarquer Wilfried Serisier, chercheur à l'université Paris 8, qui relève une "tendance de fond" à l'implantation de sociétés de e-commerce en Seine-Saint-Denis, à l'instar de Ventes Privées sur le territoire de Saint-Denis.

Ancien député PS de la circonscription et conseiller municipal à Aulnay-sous-Bois, Daniel Goldberg rappelle que PSA s'était engagé à 1.500 reclassements internes et autant d'emplois créés sur place, dans le cadre d'un "plan de revitalisation du site". Cinq ans après, "on est loin du compte", confirme Philippe Julien, l'ancien secrétaire CGT de PSA Aulnay. "Des centaines d'anciens salariés d'Aulnay sont encore au chômage" et ne trouveront de toute façon pas à s'employer auprès d'entreprises de logistique qui veulent "des jeunes". Ce n'est pas l'avis de PSA: "le plan d'aménagement a déjà permis l'implantation d'entreprises avec le maintien et la création de 1.500 emplois", selon un porte-parole de PSA.

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