Violences conjugales : parole contre parole, les judokas Margaux Pinot et Alain Schmitt livrent leur version des faits

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Écrit par Emmanuelle Hunzinger avec France 3 PIDF
Margaux Pinot en Juin 2019 aux Jeux européens.
Margaux Pinot en Juin 2019 aux Jeux européens. © SERGEI GAPON / AFP

Poursuivi pour des faits de violences conjugales sur la championne olympique Margaux Pinot, le judoka et entraîneur Alain Schmitt a été relaxé par le tribunal de Bobigny. Depuis, le parquet a fait appel et le combat se poursuit sur les réseaux sociaux et par avocats interposés. Aujourd'hui, Alain Schmitt et Margaux Pinot ont tous deux témoigné devant la presse.

Le judo Français n'est pas épargné par les affaires de violences conjugales. Aujourd'hui, la judokate Margaux Pinot, médaillée d'or à Tokyo avec l'équipe de France et son ex-entraîneur Alain Schmitt sont sortis de leur silence chez leur avocat respectif.

Rappel des faits

La jeune judokate de 27 ans accuse Alain Schmitt, son compagnon et ex-entraîneur au sein du club l'Étoile Sportive du Blanc-Mesnil, de lui avoir asséné des coups, tiré les cheveux mais aussi d'avoir tenté de l'étrangler lors d'une altercation dans l'appartement de la jeune femme dans la nuit de samedi 27 à dimanche 28 novembre.

Ses appels au secours ont alerté certains voisins, chez qui elle a trouvé refuge avant l'arrivée des policiers peu après 2 heures du matin. Elle souffre d'ecchymoses et d'une fracture au nez.

Son agresseur, Alain Schmitt a été arrêté peu après les faits au Blanc-Mesnil en état d’ivresse. Placé en garde à vue, il a été jugé en comparution immédiate au tribunal correctionnel de Bobigny.

Des versions contradictoires

Lors de l'audience, les juges ont entendu des versions contradictoires. Présentant lui aussi un visage contusionné, Alain Schmitt a nié "à 100%" les faits qui lui étaient reprochés. À la barre, il a démenti avoir porté le moindre coup à sa compagne, décrivant plutôt une bagarre entre amants comme une "tornade", à base de prises de judo et déclenchée par Margaux Pinot.

"C'était pas un combat de judo, c'était des coups de poing", a protesté la judokate à la barre.

Estimant "n'avoir pas assez de preuves de culpabilité", le tribunal correctionnel de Bobigny a relaxé Alain Schmitt dans la nuit de mardi à mercredi.

Au procès, le ministère public avait dénoncé "des violences très graves, même pour un primo-délinquant", de la part d'Alain Schmitt, et requis à son encontre un an de prison avec sursis.

Quelques heures après la relaxe, le parquet de Bobigny a annoncé faire appel de cette décision.

Les réseaux sociaux

Hier après-midi, mercredi, Margaux Pinot s'est exprimée sur les réseaux sociaux indignée suite à la relaxe de son agresseur.

"Que vaut leur défense calomnieuse face à mes blessures, et le sang jonchant le sol de mon appartement ? Que manquait-t-il ? La mort au bout, peut-être ?", s'est-elle insurgée en publiant une photo de son visage tuméfié."

"J'ai cru mourir, j'ai réussi à m'enfuir pour me réfugier chez mes voisins qui ont immédiatement appelé la police", poursuit-elle. 

Alain Schmitt, contre-attaque

Dénoncé comme un homme violent malgré sa relaxe, l'entraîneur de judo a contre-attaqué ce jeudi au cours d'une conférence de presse aux côtés de ses avocats, Maîtres Malik Behloul et Caroline Wassermann. Il évoque un "lynchage médiatique" et nie à nouveau les coups dont l'accuse sa compagne.

"Il y a eu un appel (du parquet), c'est la justice. Ils ont le droit de le faire et ils l'ont fait. Maintenant, ce que je ne respecte pas par contre, c'est le lynchage médiatique qui a été fait autour de ça. Instagram, Twitter, c'est tout sauf un tribunal", a-t-il dénoncé, un énorme bleu sur la partie supérieure droite du visage.

Aux côtés de son avocat, il a livré sa version des faits. Selon lui, Margaux Pinot ne supportait pas l'idée de son départ en Israël où il devait y entraîner la sélection nationale féminine, une offre qu'il dit "avoir acceptée pour fuir une relation" qu'il a présentée comme "instable et en dents de scie".

Pour Alain Schmitt, sa compagne aurait déclenché une dispute en lui reprochant de "l'abandonner". Le ton serait monté, les insultes et provocations auraient fusées de part et d'autre. Puis la jeune femme se serait jetée sur lui et ils se seraient alors battus comme dans un combat de judo.

"C’est parti dans tous les sens, à droite, à gauche, on a cogné dans les murs, dans un radiateur. Ensuite, on a cogné une porte, elle m’a fait tomber sur elle dans une autre chambre, ensuite on s’est relevé, on a pris un mur, à nouveau, et ensuite dans le couloir on est retombé au sol", a décrit Alain Schmitt.

Selon Me Caroline Wassermann, avocate d'Alain Schmitt, la judokate a "des problèmes comportementaux, en tout cas n’est pas la blanche colombe qu’on peut imaginer et qu’effectivement, si des magistrats indépendants, qui ont pris le temps de lire les pièces, d’interroger après une garde-à-vue qui a duré deux jours, ont décidé de relaxer Alain Schmitt, c’est pas par hasard."

Margaux Pinot parle à son tour

Accompagnée de son avocat, Maître Rachid Madid, le visage toujours tuméfié, la jeune femme a de son côté témoigné en fin d'après-midi ce jeudi. Elle a rappelé les faits, la volonté de son entraîneur de mettre fin à leur relation et leur violente altercation. "J'étais couchée sur le lit et il a commencé à me donner des coups de poing. (...) A un moment, je me suis dit, soit tu arrives à te dégager de là, soit t'es morte".

Pour son avocat, "le tribunal est passé à côté de cette procédure, est passé à côté de la vérité. Nous voulons rétablir la vérité dans ce dossier et rétablir mademoiselle Pinot dans son honneur." (...) "Elle est traitée de menteuse et cela est inacceptable", a-t-il ajouté.

Indignations du monde du Judo

La relaxe d'Alain Schmitt a secoué le judo Français. "On a été abasourdi par la relaxe", a déclaré le président de la Fédération française de judo Stéphane Nomis.

"Je n'ai pas les mots pour exprimer tout ce qui se passe dans ma tête et mon corps en tant que femme face à ce que ma coéquipière Margaux Pinot a subi", a tweeté la porte-drapeau de la délégation française aux Jeux olympiques de Tokyo.

"Nous sommes tous profondément touchés par ce que vient de subir notre coéquipière Margaux Pinot", a abondé le triple champion olympique Teddy Riner.

Après la décision du tribunal de Bobigny, la Fédération israélienne de judo a annoncé mercredi avoir suspendu tout contact avec Alain Schmitt, médaillé de bronze aux Mondiaux de 2013.

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