Ils défileront à nouveau samedi pour réclamer "vérité et justice". Un an après le décès d'Adama Traoré au cours de son interpellation à Beaumont-sur-Oise, l'enquête a connu de nombreux revirements. Bavure policière, pathologie sanguine ou malformation cardiaque : de nombreuses hypothèses ont été avancées pour expliquer la mort de ce jeune homme de 24 ans, dont les circonstances sont encore floues.    

Le déroulé de l'interpellation


Le 19 juillet 2016, Adama Traoré est interpellé à Beaumont-sur-Oise (Val-d'Oise) en compagnie de son frère, Bagui Traoré. Les gendarmes souhaitent entendre ce dernier dans le cadre d'une enquête sur une affaire d'extorsion de fonds. Adama Traoré s'enfuit alors, avant d'être arrêté par les gendarmes. Ils le plaquent au sol pour l'immobiliser par "plaquage ventral", une technique d'arrestation qui consiste à maintenir une personne face au sol, tête tournée sur le côté.

Adama Traoré est alors embarqué dans le véhicule des militaires pour être emmené à la gendarmerie de Persan, quelques kilomètres plus loin. C'est une fois arrivés dans l'enceinte que les secours sont appelés. Les pompiers puis le SAMU constatent alors que le jeune de 24 ans est en arrêt cardiaque.


VIDEO. Adama Traoré, un décès encore inexpliqué
 

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La cause de la mort au centre de l'enquête


Pour la famille d'Adama Traoré, leur proche a été victime d'une "bavure policière". Un an après les faits, l'enquête n'a toujours pas déterminé avec précision ce qui a causé le décès du jeune homme. Les différentes autopsies réalisées ne relèvent pas de marques de violences.

Le procureur de Pontoise, depuis déchargé de l'affaire que le parquet de Paris a repris en octobre dernier à la demande de la famille, a d'abord évoqué "une infection très grave touchant plusieurs organes" qui n'aurait pas été détectée. Cette thèse a été démentie par les expertises qui ont suivi.

La dernière en date établit que la mort serait liée à un "état asphyxique aigu". Pour la famille, cette conclusion est la preuve que les gendarmes seraient responsables du décès, à cause notamment de la technique d'immobilisation utilisée lors de l'interpellation. Les médecins, néanmoins, soulignent qu'Adama Traoré présentait plusieurs symptômes dont une anomalie cardiaque qui pourrait être impliqués dans une décompensation liée à un "épisode d'effort ou de stress". 



La question est de savoir ce qui a causé cet état asphyxique : une fragilité du coeur, les moyens employés lors de l'interpellation, un facteur encore inconnu ou une conjonction de plusieurs de ces éléments. Elle n'est à ce jour pas encore tranchée.

L'état des procédures en cours


Une enquête a été ouverte à la suite du décès d'Adama Traoré pour pour « violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner ». A ce jour, il n'y a pas eu de mise en examen et les gendarmes doivent encore être auditionnés

En parallèle, la famille Traoré a déposé trois plaintes. La première, avec constitution de partie civile (ce qui permet de saisir directement un juge d'instruction et demander l'ouverture d'une information judiciaire), reprend les mêmes faits mais vise nomément les gendarmes qui ont plaqué le jeune homme au sol lors de l'interpellation.

La seconde, déposée juste après les faits pour « faux en écriture publique », concerne l'un des procès verbaux dressés par une gendarme sur le déroulé de l'arrestation. Le document statue qu'Adama Traoré avait tenté de s'interposer à l'interpellation de son frère et serait l'auteur de violences contre un gendarme.



Enfin, la famille a déposé une troisième plainte en septembre pour "non assistance à personne en danger". Cette dernière accusation vise le comportement des gendarmes à l'arrivée au commissariat. Ces derniers affirment avoir placé le jeune homme en position latérale de sécurité après avoir constaté sa perte de connaissance à la sortie du véhicule. Cette version est contredite par l'un des pompiers, qui affirme qu'Adama Traore était encore menotté, face contre le sol, à l'arrivée des secours. 

Le travail d'investigation est d'autant plus délicat que l'affaire est sensible. En marge des violences qui ont éclaté à plusieurs reprises à Beaumont-sur-Oise, les flous du dossier (décès déclaré tardivement, exagérations des conclusions des expertises) ont entretenu une méfiance vis-à-vis du processus judiciaire.