Eboueur licencié après avoir été photographié assoupi : l’affaire renvoyée

Adama Cissé, limogé après la publication à son insu sur Twitter d’un cliché le montrant allongé en tenue de travail, conteste aux prud'hommes son licenciement. Alors qu'une décision était attendue ce vendredi, l’affaire a été renvoyée.

Des éboueurs à Paris, en mars 2020 (illustration).
Des éboueurs à Paris, en mars 2020 (illustration). © ERIC PIERMONT / AFP

Adama Cissé, qui conteste son licenciement aux prud'hommes de Créteil (Val-de-Marne), va devoir attendre encore plusieurs mois avant une décision. Ce vendredi 19 juin, l’affaire a en effet été renvoyée à une audience ultérieure : les conseillers prud'homaux n’ayant pas pu se départager, il reviendra à un juge départiteur – un magistrat professionnel – de trancher.

"Ce n’est ni une bonne, ni une mauvaise nouvelle, explique à France 3 Paris Île-de-France Me Joachim Scavello, l’avocat de l’ancien éboueur. Le départage prouve que la question a posé débat entre les conseillers, et donnera une assise au jugement. Le seul hic, c’est le calendrier : ça ne risque pas de tomber avant la fin de l’année 2020, voire début 2021." Toutes indemnités confondues, Adama Cissé demande l'annulation du licenciement pour "faute grave" ainsi que 31 000 euros à son ex-employeur : Polysotis, une filiale de Derichebourg.

Les faits remontent au 12 septembre 2018 : l’ex-agent de propreté, qui travaille depuis huit ans pour l’entreprise, fait une pause pendant une tournée de collecte des déchets dans la capitale. Après avoir enlevé ses chaussures de sécurité en raison de douleurs au pied gauche, il s'allonge sur le rebord d'une vitrine, pieds nus et vêtu de sa tenue verte et jaune.

C’est alors qu’une internaute le prend en photo à son insu et poste le cliché sur Twitter, avec comme commentaire : "Ce soir à 17 h 40 rue Jean Lantier 75 001 Paris… Voilà à quoi servent les impôts locaux des Parisiens : à payer les agents de propreté à roupiller, on comprend pourquoi Paris est si dégueulasse !!!". Le tweet en question a depuis été supprimé.

Adama Cissé, au chômage depuis la crise du coronavirus

Un mois plus tard, en octobre 2018, Adama Cissé est licencié pour "faute grave". "Cette attitude révélant votre volonté de vous assoupir durant votre service a fait l'objet d'une sévère réclamation de notre client", lui explique alors son employeur, la société Polysotis, lui reprochant d'avoir "quitté [ses] chaussures de sécurité".

Lors de l’audience devant les prud'hommes en janvier dernier, Polysotis assurait que l’éboueur n'avait pas été licencié pour "faire un exemple" ou en raison du tweet – évoquant tout de même une "atteinte à l’image" de l’entreprise. Son avocate Gaëlle Le Breton avait notamment communiqué deux pièces mettant en cause Adama Cissé : un avertissement pour non-respect des règles de sécurité et une notification d'absence injustifiée.

L’employeur aurait dû prendre un peu de recul par rapport à l’émotion et au jeu des réseaux sociaux.

Me Joachim Scavello (avocat d'Adama Cissé)

"Cette affaire est représentative de l’air du temps, et je trouve ça dommage, explique aujourd’hui Me Joachim Scavello. Des gens postent des choses à la recherche de buzz… Je peux comprendre la logique, mais je ne l’approuve pas. L’employeur aurait dû prendre un peu de recul par rapport à l’émotion et au jeu des réseaux sociaux." L’avocat invoque entre autres le droit à l'image, et conteste le fait que la photo puisse être considérée comme une preuve acceptable de la faute grave supposément commise par son client.

Âgé de 37 ans, l’ex-agent de propreté est aujourd’hui au chômage. Depuis son licenciement, il a retrouvé un CDD avec une promesse de CDI. Mais après deux mois d’embauche, le contrat n’a pas été prolongé dans le contexte de crise sanitaire, en mars dernier. "Il n’y a pas eu de suite au CDD malheureusement, avec le confinement et le Covid", raconte Me Joachim Scavello. Adama Cissé, qui "essaye de rebondir depuis plusieurs mois" selon l’avocat, est ainsi à la recherche d’un nouvel emploi.

 

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