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La Marne en chansons - Rencontre avec un historien de la mémoire ouvrière

Lina Margy, la première interprète du Petit vin blanc en 1943. / © Marion David - France 3 Paris Île-de-France
Lina Margy, la première interprète du Petit vin blanc en 1943. / © Marion David - France 3 Paris Île-de-France

Raconter l'histoire des bords de Marne à travers les chansons, c'est ce que propose l'exposition Si la banlieue m'était chantée. De Jean Gabin à Charles Trenet, en passant par Bourvil et Francis Lemarque, tous les grands ont célébré cette rivière et ses guinguettes.

Par Didier Morel

A l'origine de l'exposition à la Maison de l'Histoire et du Patrimoine à Champigny (Val-de-Marne), Claude Pennetier, un chercheur au CNRS et spécialiste de l'histoire sociale au XXe siècle. Avec son association Itinéraires et Histoire Ouvrière en Val-de-Marne - IHOVAM, créée il y a 20 ans, elle organise des visites commentées de Si la banlieue m'était chantée. Interview.
Exposition Si la banlieue m'était chantée - Maison de l'Histoire et du Patrimoine à Champigny (94) / © AD94
Exposition Si la banlieue m'était chantée - Maison de l'Histoire et du Patrimoine à Champigny (94) / © AD94

Des chansons de guinguettes mythiques ?

"Ces chansons sont inscrites dans nos mémoires collectives autour du mythe des bords de Marne. En fait, c'est une période qui débute très tôt dans le XIXe siècle et qui continue jusqu'à la Seconde Guerre mondiale, et ensuite elle se prolonge avec la nostalgie. Par exemple, la chanson du Petit vin blanc a été écrite pendant la guerre en 1943. Elle a eu ensuite un grand succès à partir de la Libération. Elle a été éditée à un million d'exemplaires et on continue de le chanter de nos jours.

Toutes ces chansons parlent d'amour avec un côté coquin.

Et une certaine liberté que l'on vient chercher dans les forêts, dans les prés. Et puis c'est en même temps le reflet de la distance qui est prise par rapport à Paris. La capitale au XIXe siècle et début du XXème, c'est une ville qui est un peu triste. C'est la ville du travail, c'est la difficulté du logement. On vient chercher le bon air en banlieue grâce à la voie de chemin de fer qui part de la Bastille en direction de l'Est parisien. A l'époque déjà, Aristide Bruant chante : "Pour quelques sous je prends le chemin de fer…" C'est ce thème du train conduisant vers la banlieue qui est très fort, là où on rencontre le grand air le plaisir de l'activité, de la pêche, du sport mais aussi la chanson et la guinguette, le lieu où l'on danse et on chante."

Dans quel contexte ?

"Le contexte, c'est le Front populaire que l'on retrouve dans le cinéma avec la Belle équipe et la chanson Quand on s'promène au bord de l'eau. Elle dit bien : "Du lundi jusqu'au samedi, je travaille pour le propriétaire, pour le percepteur et pour la boulangère. Et le dimanche alors là, c'est la liberté la plus complète, c'est le jour qui est attendu."
Bande-annonce du film la belle équipe de Julien Duvivier - 1936
Il y a l'opposition de l'Est parisien, qui est plus populaire, de par les gens qui le fréquentent avec les rupins, comme on dit à l'époque. Eux vont à Deauville, au bord de mer ou alors ils vont dans les guinguettes huppées de l'Ouest parisien. Il y a vraiment ce clivage qui est très net au moment du Front populaire. Car à ce moment-là, le monde ouvrier prend confiance en lui-même lors du développement de la grande industrie, de l'automobile, de l'aviation. Être ouvrier dans l'aviation, c'est quelque chose d'important. C'est donc tout un monde plein de vie."

Et après la Libération ?

"Dans les années soixante même si les bords de Marne ont toujours une bonne notoriété, cela devient déjà un peu plus nostalgique. Mais on continue à faire la fête à Nogent avec la reconduction chaque année de la fête du petit vin blanc.
Couverture de partition musicale »Viens à Nogent » par Annie Cordy - 1954 / © AD94
Couverture de partition musicale »Viens à Nogent » par Annie Cordy - 1954 / © AD94
Il y a même une construction mémorielle qui finit par devenir l'identité de ces villes, comme à La Varenne. C'est d'ailleurs là où vivait Francis Lemarque, le grand chanteur de Paris, mais il n'a pas exclu les bords de Marne qu'il a aussi beaucoup chantés. Etonnamment d'ailleurs, quelqu'un comme Georges Brassens adorait chanté à la Varenne, quand on lui demandait une chanson qui n'était pas de lui."
La Marne en chansons
Reportage avec Michel Riousset, historien des Bords de Marne. Sa famille s'est installée à Joinville-le-Pont depuis quatre générations. il a grandi au son des chansons des guinguettes. - France 3 Paris Ile-de-France - Didier Morel & Marion David avec archives

Chansons et société en Val-de-Marne du XIXe siècle à nos jours

Maison de l’Histoire et du Patrimoine
15 rue de la Prévoyance à Champigny-sur-Marne
Entrée libre du 13 mars au 18 décembre 2019

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