Abus sexuels dans l'Église : "L'Église va être secouée par le rapport Sauvé, mais elle prend conscience"

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Écrit par Marc Taubert avec Tania Watine

Le rapport Sauvé estime à environ 3 000 pédocriminels présents ces 70 dernières années dans l'Église. Pour lutter contre, le diocèse de Versailles a mis en place en 2016 une cellule d'écoute des victimes d'abus sexuels.

La prise de conscience a été rude. En 2016, le Conseil permanent de la Conférence des évêques de France a enjoint tous les diocèses de se doter de cellules d'écoute des victimes d'abus sexuels dans l'Église. Leur rôle est de recueillir les témoignages de victimes et de les accompagner dans leurs démarches.

"La plupart des dossiers qui ont été ouverts sont assez anciens. Souvent, le prêtre est décédé, la victime a pu faire une démarche en justice mais les faits étaient prescrits. Il y a avant tout une demande d'écoute, d'exprimer ce qu'il s'est passé et ce que les personnes ont subi. Et c'est très important qu'elles se manifestent", raconte Anne Sudan, membre de la cellule d'écoute du diocèse de Versailles.

Aide dans les démarches des victimes

Cette dernière, avocate de formation, a rejoint la cellule en 2018. Elle estime à une quinzaine le nombre de saisies. "Quand les cellules d'écoute ont été créées, on pensait que les victimes souhaiteraient d'avantage rencontrer les cellules d'écoute et pas forcément un prêtre ou un évêque. Dans les faits, ce n'est pas forcément le cas. Souvent les victimes veulent rencontrer un évêque car c'est un de ses prêtres qui a été l'auteur d'actes déviants", poursuit-elle.

Dans les faits, outre cette écoute, la commission a aidé les victimes dans leurs démarches juridiques. Une fois, à la demande d'une victime d'abus, la cellule l'a mise en relation avec un prêtre agresseur. "L'Église va être secouée par le rapport Sauvé, mais elle prend conscience", indique Anne Sudan qui confesse que "personne ne pourrait aujourd'hui dire, en étant responsable, que cela ne se reproduira pas".

"Encore une fois abandonnée par l'Eglise"

De son côté, Camille de Metz-Noblat, fondatrice de l'association Camille de Metz-Noblat, poursuit la lutte auprès des victimes d'abus sexuels.

Interrogée dimanche à la sortie d'une messe au Chesnay dans les Yvelines par France 3 Paris Ile-de-France, elle regrettait le manque de considération envers les victimes : "J'avais devant moi une personne victime dans son enfance. Mais à l'homélie, alors que les textes portaient sur le sujet des enfants, il y a eu cette phrase célèbre du Christ citée qui dit : 'laissez venir à moi les enfants'. Mais il n'y a pas eu un mot sur le sujet des abus dans l'Église pendant cette homélie alors que cette phrase a servi à tant de criminels pour abuser des enfants".

Et d'ajouter : "Cela m'a scandalisé, je me suis mise à la place de cette personne victime. Encore une fois, elles sont abandonnées par l'Église".

Cette dernière, interrogée par l'AFP à propos de la délicate question des réparations financières, affirme que : "C'est propre à chaque personne et chaque histoire". "Certains vont juste vouloir que leur statut de victime soit reconnu. D'autres vont de psychothérapies en psychothérapies et disent que l'Église doit payer".

Le rapport Sauvé doit aborder ce sujet et la responsable associative espère que l'Église suivra les recommandations à apporter. En attendant, elle a lancé une pétition en ligne avec d'autres associations qui ont été membre de la Commission Indépendante sur les Abus Sexuels dans l'Eglise (CIASE) (dont le rapport sera présenté ce mardi 5 octobre). Cette pétition appelle "à faire avancer l’Église" et "à faire en sorte que ses dirigeants prennent leurs responsabilités à tous les niveaux et sans délai".