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Scopitone Nantes : interview du programmateur du festival Cédric Huchet

Born Ruffians sera en concert le dimanche 22 à Stereolux / © D.R.
Born Ruffians sera en concert le dimanche 22 à Stereolux / © D.R.

A quelques heures de l'ouverture du festival des cultures électroniques et des arts numériques, le programmateur Cédric Huchet nous dit tout ou presque sur cette douzième édition...

Par Eric Guillaud

Quels sont les grands moments de cette douzième édition qui débute, on le rappelle, mardi 17 septembre ?

Cédric Huchet. Il y a des installations immanquables à commencer par Cycloïd-E, cette espèce de bras articulé présenté dans les Halles Alstom, un contexte architectural vraiment approprié à ce dispositif. On ne saurait non plus passer à côté de Lotus Dome, une oeuvre présentée au château, fantastique de rêverie, de poésie de contemplation, qui prend un contre-pied très intéressant sur l'art numérique et sur des choses qui touchent à la robotique et donc à des termes, à des concepts, un peu plus barbares. Côté installation, il y a encore l'oeuvre du collectif Lab[au] au Lieu Unique qui propose un recyclage des lettrages d'information qu'on pouvait voir il y a quelques années de ça dans les aéroports et les gares.
Sur la partie spectacles ou performances, il y a bien évidemment les deux soirées sous les Nefs avec notamment Vitalic et une scénographie monumentale conçue par les gens de 1024 qui sont des habitués du festival et qui avec un gros gros travail de lumières asservies, des lumières automatiques pilotées par des moteurs, dessinent une chorégraphie lumineuse à l'échelle des Nefs. On pourrait aussi citer des artistes comme Jackson & his Computer band, des ovnis avec là aussi un gros travail de scénographie ou encore le duo Diamond Version... Il y a enfin le concert du groupe Born Ruffians le dimanche, c'est une date événement parce qu'il s'agit d'artistes qui tournent très peu et en l'occurrence font très peu de dates en France.
Born Ruffians

Sans oublier le retour de Sexy Sushi...

C.H. Et le retour de Sexy Sushi, oui, un groupe qui était passé à scopitone il y a quelques années et qui a fait beaucoup de chemin, un groupe d'origine nantaise exilé aujourd'hui à Paris et qui commence à faire beaucoup beaucoup parler de lui. Il est en tête d'affiche de la soirée de samedi sous les Nefs avec une jauge assez impressionnante et dans un cadre architectural fascinant, l'un des ovnis un peu explosifs et l'un des fers de lance légitimes de cette douzième édition.

Quel est le fil conducteur de cette édition ?

C.H. Il n'y a pas de thématique donnée mais une convergence des formes et démarches artistiques qui va traiter de la robotique, de la cybernétique et de ce qu'on appelle l'art cinétique, c'est à dire tout qui concerne des installations, des formes artistiques, tournant autour du mouvement. A travers ces oeuvres, vont aussi se poser toute une série de questionnements et de réflexions à travers des conférences, des tables rondes et des workshops sur la technologie dans notre quotidien, dans notre société, sur le rapport homme machine, sur les interfaces des nouveaux outils numériques et sur le thème du rapport de l'homme au robot d'une manière générale.
La femme

Le déplacement des nuits électro des Halles Alstom vers Stereolux marque-t-il la fin d'une époque ?

C.H. Ça préfigure très certainement une évolution du festival, quant à sa place dans la ville, quant aux lieux qu'il investit, aux formes des soirées proposées. Faire les nuits électro à Stereolux n'était pas, au premier abord, une grande nouveauté pour le public mais en même temps, on va utiliser Stereolux pleinement avec les deux salles qui vont tourner simultanément, avec des formats artistiques mélangeant Djs, sets électro et performances orientées sur les lives audiovisuels. Donc on est là sur des croisements et des mélanges qu'on n'avait peut-être pas autant dans les nuits électro précédentes. Ça préfigure aussi ce qu'on essaie d'échafauder pour les années à venir sur d'autre lieux, d'autres espaces, un parcours un peu tentaculaire et mouvant qui, au gré des évolutions de la ville, peut s'emparer de tel ou tel lieu emblématique, ou hybride, ou insolite, pour faire vivre le festival.
Château Marmont

Comment conjugue-t-on expérimentation, défrichement et ouverture au grand public ?

C.H. L'un n'exclut pas l'autre ! On essaie d'avoir des propositions qualitatives assez fraîches, assez innovantes, selon les courants du moments, selon les tendances, voire parfois assez inédites quand il s'agit de premières françaises ou de créations. C'est important pour le festival, pour le public, pour les artistes, mais à travers ce croisement ou ce mélange des formes et donc forcément derrière ce mélange de publics on a essayé de faire en sorte que les gens moins aguerris à ces formes-là aient quand même envie de découvrir, envie de se risquer un peu à passer le porte d'un lieu d'exposition ou de performance.
L'expérience montre que depuis quelques années déjà le public vient en nombre, revient en nombre d'une année sur l'autre, et repart en général plutôt content, en tout cas plutôt surpris dans le bon sens du terme. Et c'est ça aujourd'hui que ce public moins expérimenté vient chercher. il comprend qu'il se passe des choses intrigantes, singulières, et qu'on peut à la fois venir danser, boire un verre, profiter d'une exposition, jouer avec un dispositif ou se laisser surprendre par une performance un peu hors norme. C'est ce qu'on entend du grand public. Il ne sait pas trop ce qu'il vient voir mais il repart avec plein d'expériences dans la tête...
Disclosure

Avec le temps, Scopitone est-il devenu une grosse machine, une institution ?

C.H. C'est toujours une grosse machine par rapport à d'autres petits événements mais il y a d'autres festivals plus importants en France ou ailleurs. D'une année sur l'autre, le festival a souvent pris le risque de modifier sa forme, la jauge du public ou encore le lieu comme cette année ou en 2007. Alors on essaie toujours d'équilibrer les choses entre les propositions gratuites, les propositions payantes qui sont nécessaires à la survie du festival, entre des choses pointues et d'autres plus grand public, des choses surprenantes et des choses plus attendues mais s'il était vraiment une grosse machine et une institution on s'ennuierait tous et l'énergie serait moins là. Or, l'énergie est toujours là et fait en sorte que ça bouillonne, que ça surprenne et que ça donne envie de revenir ! Je pense que Scopitone a gagné aujourd'hui une certaine reconnaissance de la part des publics qu'on évoquait tout à l'heure. Le festival est là, il est guetté, il est attendu...
thomas Azier

Quel artiste êtes-vous particulièrement fier d'avoir programmé cette année?

C.H. Question très difficile ! On est particulièrement fier d'avoir fait venir Disclosure parce qu'ils ne font que 4 dates en France. Et on a été agréablement surpris d'apprendre qu'ils tenaient à venir au festival cette année alors qu'ils sont partis sur des sphères d'événements beaucoup plus gros. Je crois d'ailleurs que le lendemain ou le surlendemain, ils partent directement au Japon pour plusieurs grosses dates. On pourrait aussi citer Daito Manabe qui fait l'ouverture officielle du festival, un artiste japonais qui est déjà venu à Scopitone, une référence absolue en matière d'arts numériques à la fois sur les installations et les performances, et puis... et puis... il y a  Thomas Azier qui est vraiment un petit ovni à sa façon. C'est le petit protégé de Woodkid qui était venu l'an passé à Scopitone et qui avait marqué d'une salle bien comble le festival. Thomas Azier est dans ces mouvances un peu hors normes qui donnent un grand souffle d'air frais aux musiques électroniques...

Interview réalisée le 5 septembre


Toutes les infos sur le festival ici-même

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